[D’après le récit de rares habitants de Belleville-Couronnes (20e) présents ce soir-là, une manif sauvage autonome d’une cinquantaine de personnes parties de République avait parcouru dès 21h les rues du quartier. Au son de “le travail on s’en fout, on veut pas bosser du tout” ou encore de “ni loi, ni travail, de la révolte en pagaille !”, elle s’est déroulée en bloquant la circulation, collant et taguant les murs et un Pôle Emploi, avant de finir un peu plus tard par s’en prendre au siège de la CFDT (extincteur et oeufs de peinture, vitre brisée à coups de pierre) au métro Belleville. La patrouille arrivée à ce moment-là n’a pu qu’assister avec impuissance à cette attaque. Le dispositif policier prévu en bas de la rue du Faubourg du Temple a été vain, les manifestants s’étant dispersés un peu plus tôt.]

Les débordements en marge de Nuit debout à Paris se succèdent

AFP, 16/04/2016 à 17:30 (extrait)

Dégradations, heurts avec les policiers : les cortèges sauvages et débordements en marge de la Nuit debout à Paris se succèdent en fin de soirée depuis une semaine, au risque de ternir l’image de ce mouvement citoyen inédit.

Samedi, vers 01H30 du matin, alors que le rassemblement touchait à sa fin et avait rassemblé 3.000 personnes place de la République, une centaine de personnes ont jeté et brûlé palettes et détritus avant de lancer “à de nombreuses reprises” des projectiles sur les forces de l’ordre, selon la préfecture de police.

Celles-ci ont répliqué par des tirs de gaz lacrymogène puis ont repoussé “le groupe de casseurs”, qui s’est dispersé dans le secteur des Buttes-Chaumont, dans le nord-est de la capitale, en commettant “un certain nombre de dégradations“. Deux agences bancaires et un chantier ont notamment été vandalisés sur son passage. Vingt-et-une personnes ont été interpellées pour jets de projectiles, violences sur personnes dépositaires de l’autorité publique, recel de vol, selon la préfecture.

Vendredi, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve avait prévenu que les auteurs de violences en marge des manifestations seraient inlassablement interpellés et poursuivis, après de nombreux incidents qu’il a qualifiés d’intolérables. 151 policiers ont été blessés depuis le début de ces manifestations, avait-il alors indiqué.

Des équipes de nettoyage s’activaient samedi au petit matin pour effacer les traces de la nuit : poubelles renversées, canettes de bière et bouteilles brisées. Une odeur d’alcool fermenté et de brûlé flottait encore sur ce lieu emblématique du centre de Paris.

“C’est toujours le même scenario”, a regretté le préfet de police Michel Cadot lors d’une conférence de presse : d’abord les discussions, les débats pacifiques des nombreux participants, puis le départ du gros de la foule, et enfin l’apparition de “petits groupes violents”, qui cherchent à “agresser” les forces de l’ordre ou à “dégrader” certains commerces, notamment des banques, a-t-il décrit.

Depuis le début de ce mouvement citoyen, lancé au soir du 31 mars contre le projet de loi travail “et le monde qui va avec”, 36 personnes ont été arrêtées en marge de Nuit debout, dont 35 ont été placées en garde à vue, selon la préfecture. Les manifestations des organisations de jeunesse contre le projet de loi travail ont, elles, conduit depuis début mars à 412 interpellations, dont 193 gardes à vue.


Idéal et instinct

« Je veux indiquer à ceux qui sont dépourvus d’idéal et qui sont animés par le seul instinct de la violence qu’ils seront inlassablement interpellés et poursuivis par les forces de police et par la justice ». En déplacement à Orléans (Loiret), le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, a tenu un discours de fermeté contre les auteurs de violences en marge des manifestations contre la loi Travail et des rassemblements Nuit debout.

(Le Parisien, 15 Avril 2016, 13h38)

Biens communs et authenticité

En provoquant les forces de l’ordre, en détruisant les biens communs des Parisiens, mais également en s’attaquant à des enseignes privées, ce sont plusieurs dizaines de casseurs qui s’en prennent toutes les nuits à la concorde de la société parisienne et qui détruisent les conditions d’un débat authentique“, a ajouté Anne Hidalgo [maire de Paris].

Franceinfo, 16 avril 2016 17:35

Vendeurs à la sauvette

De son côté, Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de l’association Droit au logement (DAL) et soutien de Nuit debout « désapprouve ces affrontements ». « Nous ne souhaitons pas que ça dégénère », réagit-il auprès du Figaro. D’ailleurs, « nous rappelons souvent en AG que ce mouvement est pacifiste ». Pour le responsable associatif, la situation aurait dérapé à cause de l’alcool, vendu sur place sur des stands de merguez tenus par des vendeurs à la sauvette. « Nous avons demandé hier (vendredi) à la préfecture de police de les interdire. On nous a répondu que des mesures seraient prises mais pour le moment rien ne semble avoir été fait », déplore-t-il.

(Le Figaro, 16/04/2016 à 17:12)

Délinquance cagoulée

Sur sa page Facebook, François Dagnaud, maire du XIXe, a regretté “le manque de respect” des auteurs de ces actes “pour les quartiers populaires“. L’édile a également dénoncé “cette délinquance cagoulée déguisée en lutte politique” avant d’appeler Nuit Debout à “condamner ces dérives et se démarquer de ces agissements violents et provocateurs“.

(Metronews, 15-04-2016 19:43)