Mai 3, 2021
Par Attaque
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Lignes de force / dimanche 2 mai 2021

Les affrontements qui ont eu lieu entre le service d’ordre de la CGT et des centaines de manifestant·e·s place de la Nation le 1er mai dernier ont fait couler (heureusement) beaucoup plus d’encre que de sang.

Ces incidents provoquent en outre une avalanche de niaiseries angélistes sur les réseaux sociaux.

Quoique prĂ©sent sur les lieux, et ayant assistĂ© Ă  quelques-uns des Ă©pisodes, je serais bien en peine de dire Ă  propos de quoi et avec qui a Ă©clatĂ© la premiĂšre bagarre. Il est trĂšs plausible qu’à tel moment, tel crĂ©tin avinĂ© ait frappĂ© tel brave cĂ©gĂ©tiste, ouvert et peut-ĂȘtre mĂȘme minoritaire dans son syndicat.

Cela ne change rien Ă  une vĂ©ritĂ© factuelle qu’il semble utile de rappeler aujourd’hui : pour tout·e militant·e rĂ©volutionnaire, le service d’ordre de la CGT constitue et a toujours constituĂ© un danger physique.

Le service d’ordre et plus gĂ©nĂ©ralement les militants de la CGT ont – au fil de dĂ©cennies d’histoire du mouvement ouvrier â€“ intimidĂ©, menacĂ© et agressĂ© physiquement des centaines de militants rĂ©volutionnaires : dans les manifestations, dans les usines et aux portes des usines.

Si la situation a commencĂ© Ă  changer depuis quelques annĂ©es, ça n’est pas – en tout cas pas seulement – parce que les militants estiment plus politique de ne pas systĂ©matiquement cogner sur qui n’est pas d’accord avec eux ou que la CGT aurait fait son autocritique sur ce point (on l’attend !). C’est que le rapport de force a changĂ©, en gros depuis la chute du mur de Berlin. La seule pĂ©riode prĂ©cĂ©dente oĂč la suprĂ©matie militaire de la CGT a Ă©tĂ© remise en cause Ă  la porte des usines et dans certaines manifestations a Ă©tĂ© la pĂ©riode d’activitĂ© de la Gauche prolĂ©tarienne, dont les militants n’hĂ©sitaient pas Ă  rĂ©pliquer, y compris en prenant l’offensive, Ă  la terreur cĂ©gĂ©tiste. Il est arrivĂ© par ailleurs que des cortĂšges « autonomes » armĂ©s (casques et barres) tiennent Ă  l’écart des stalino-cĂ©gĂ©tistes pas si tĂ©mĂ©raires.

Cependant, des incidents violents se produisent rĂ©guliĂšrement. Je me souviens, il y a quelques annĂ©es de deux jeunes militants de la CNT envoyĂ©s Ă  l’hĂŽpital par des gros bras CGT, en dehors de tout affrontement, simplement parce qu’ils avaient eu l’imp[r]udence de remonter un cortĂšge avec leur drapeau syndical noir et rouge Ă  la main. On a vu bien pire, si l’on veut remonter plus loin. Il fut un temps ou pour vendre – plusieurs centaines – d’exemplaires du Libertaire Ă  la sortie des usines Renault de Billancourt, les camarades devaient venir armĂ©s. Au sens strict : un flingue dans la musette.

Tout·e militant·e rĂ©volutionnaire, ouvrier ou non, peut raconter des dizaines d’anecdotes de ce type.

Que s’est-il donc passĂ© samedi dernier et pourquoi parle-t-on soudain de violence ? Uniquement parce que la CGT a dĂ» dĂ©taler, le rapport de force ne lui Ă©tant pas favorable. La faible mobilisation syndicale est en partie responsable de ce renversement du rapport des forces, le « cortĂšge de tĂȘte Â» constituant une part inhabituelle du cortĂšge. Cela s’est dĂ©jĂ  produit ces derniĂšres annĂ©es ; cela se reproduira.

Il faudra plus que l’évocation de la dĂ©portation de militants communistes pour contrecarrer la rĂ©putation effectivement « collabo Â» du service d’ordre syndical. Collabo avec les flics dans les manifestations, collabo avec le systĂšme (y compris dans les usines, lĂ  oĂč les flics ne sont pas prĂ©sents).

[Claude Guillon]

Note d’Attaque : on se rappellera aussi de ce jour de fin mars 2016, quand une partie des manifestant.e.s de ce qui sera appelĂ© le « cortĂšge de tĂȘte Â» ont repoussĂ© le service d’ordre de la CGT, qui voulait garder le contrĂŽle de la manif, avant l’intervention de la BAC Ă  la rescousse des gros bras syndicalisĂ©s (avec une arrestation au passage). Non seulement les staliniens se sont pris quelques coups bien mĂ©ritĂ©s cet aprĂšs-midi lĂ , mais le soir mĂȘme et les semaines suivantes (voir ici ou ici), leurs locaux ont Ă©tĂ© pris pour cible





Source: Attaque.noblogs.org