Un nouveau groupe antifasciste a vu le jour depuis quelques jours sur la capitale : à leur invitation, nous avons rencontré quelques militantes de la Jeune Garde Paris, qui ont accepté de répondre à nos questions.

Qu’est-ce qui vous a motivĂ© pour monter un nouveau groupe antifa sur Paris ?

Nous faisons tous.te.s partie de la lutte antifasciste parisienne. C’est un milieu et une lutte que nous avons pu longuement observer et nous avions besoin de changement, d’impulser une nouvelle dynamique antifasciste et de sortir aussi de l’entre-soi existant. Les idĂ©es d’extrĂȘme droite se rĂ©pandent Ă  une vitesse ahurissante, si bien qu’il est nĂ©cessaire de populariser au maximum cette lutte afin de toucher le plus grand nombre de personnes. Il est donc important pour nous de dĂ©passer les clichĂ©s qui rendent sectaire la lutte antifasciste et de recrĂ©er des liens de solidaritĂ© concrets avec les diffĂ©rents acteurs de notre camp social, que ce soit des associations, des collectifs ou encore certains partis politiques.
Le but principal est que chaque personne puisse s’approprier ce combat. Nous voulons ĂȘtre au plus proche de la population afin que notre lutte rĂ©sonne en passant par des tractages, des rencontres avec les acteurs locaux, en Ă©tant prĂ©sent.e.s sur les facs et les autres lieux oĂč s’installe le fascisme. Nous voulons un militantisme de proximitĂ© et au quotidien.

Pourquoi avoir repris le nom de “Jeune Garde” ?

Il a existĂ© des “Jeunes Gardes” par le passĂ© mais, Ă  travers ce nom, nous nous rattachons au militantisme des Jeunes Gardes actuelles qui se trouvent Ă  Lyon et Ă  Strasbourg. Nous nous sommes toujours reconnu.e.s dans le travail qu’elles rĂ©alisent.

Nous avons donc pris le temps de les rencontrer et d’échanger avec elles pour une possible formation de la Jeune Garde Paris. Le projet de ces groupes est de faire reculer l’extrĂȘme droite Ă  travers un militantisme du quotidien. Comme le projet et la pratique nous correspondent, nous avons donc choisi de nous inscrire dans cette lignĂ©e. Comme dit auparavant nous avons besoin de populariser la lutte antifasciste en vulgarisant au maximum ce combat afin qu’il puisse toucher le plus grand nombre.

Votre groupe est majoritairement féminin : hasard ou nécessité ?

Notre groupe est effectivement composĂ© d’autant de personnes de genre fĂ©minin que masculin. MĂȘme si cette composition s’est faite spontanĂ©ment au sein de notre groupe, c’est quelque chose dont nous avons dĂ©jĂ  discutĂ© entre nous. Il peut ĂȘtre compliquĂ©, en tant que femme, de se sentir acceptĂ©e et lĂ©gitime dans la lutte antifasciste notamment Ă  cause de tous les clichĂ©s que vĂ©hiculent la figure de “l’antifasciste”. Bien Ă©videmment, dans les autres groupes existants, se trouvent des femmes, il ne faut pas le cacher, elles sont prĂ©sentes! Cependant, l’antifascisme reste un combat tenu en grande partie par les hommes et ne laissant que peu de place aux femmes. Il est important pour nous que les femmes aient leur place dans ce groupe, qu’elles puissent se rĂ©approprier la lutte antifasciste sur le terrain et qu’elles se sentent surtout Ă  l’aise et lĂ©gitimes dans ce combat. Il se trouve donc que c’est un hasard que cela se soit trouvĂ© ainsi dans notre groupe mais c’est Ă©galement une nĂ©cessitĂ© pour rĂ©ussir Ă  maintenir la lutte antisexiste au sein de l’antifascisme.

Pour vous, l’antifascisme, c’est quoi ?

C’est combattre au jour le jour toutes les idĂ©es vĂ©hiculĂ©es par l’extrĂȘme droite. Être prĂ©sent.e.s quotidiennement de façon Ă  ce que le plus grand nombre s’approprie le combat et puisse Ă  son tour les combattre.
L’antifascisme c’est lutter contre les idĂ©es racistes, xĂ©nophobes, islamophobes, sexistes, antisĂ©mites, transphobes et homophobes qui sont largement partagĂ©es et banalisĂ©es par le discours du Rassemblement National, que ce soit dans les mĂ©dias ou par le biais de diffĂ©rents groupes actifs sur le terrain tels que GĂ©nĂ©ration identitaire, les Zouaves Paris, NĂ©mĂ©sis, la Cocarde Ă©tudiante ou encore l’Action Française.
De plus, pour nous l’antifascisme doit ĂȘtre liĂ© aux luttes sociales. Nous ne vivons pas dans un Etat fasciste mais notre devoir est de faire en sorte que cela n’arrive jamais. Et cette lutte passe par l’autodĂ©fense de notre classe. L’extrĂȘme droite n’a pas besoin d’ĂȘtre au pouvoir pour causer des dĂ©gĂąts, c’est pourquoi nous devons affirmer et lier nos combats aux luttes antiracistes et anti-patriarcales (fĂ©ministes et
LGBTIQI+), ainsi qu’aux luttes Ă©cologistes.

Vos projets pour les semaines, les mois Ă  venir ?

En priorité, nous allons continuer à faire du lien et à travailler en commun avec tous les acteurs de notre camp social. Nous serons constamment dans les rues, dans les quartiers, sur le terrain afin de véhiculer les idées antifascistes auprÚs du plus grand nombre.

Avec l’approche des Ă©lections prĂ©sidentielles de 2022, nous nous focaliserons Ă©galement sur le Rassemblement National qui est la face visible et dĂ©complexĂ©e de toutes ces idĂ©es que nous combattons dans notre quotidien.

Qu’avez-vous envie de dire à des gens qui souhaiteraient vous rejoindre, vous rencontrer ?

Nous souhaitons insister sur ce point, la lutte contre les idĂ©es d’extrĂȘme droite est le combat de tous.te.s. Chacun.e peut ĂȘtre pointĂ©.e du doigt et discriminĂ©.e par ces idĂ©es rĂ©actionnaires. Notre force est donc le nombre. Plus ces idĂ©es rencontreront d’obstacles, moins elles se dĂ©velopperont et se propageront. Nous sommes un groupe de personnes venant de tous horizons, sans Ă©tiquettes politiques. Nous sommes au maximum au contact des gens afin de favoriser le dialogue et l’information.
Chaque personne a son rĂŽle Ă  jouer. S’informer, s’engager et agir (si possible). Être contre l’extrĂȘme droite est un fait, mais agir face Ă  ça en est un autre. Chaque action est nĂ©cessaire. Nous nous engageons Ă  ĂȘtre prĂ©sent.e.s face Ă  ces idĂ©es dans la rue.

Nous serons disponibles au maximum pour échanger des idées et dialoguer. Nous avons créé des réseaux sociaux pour permettre à ces gens qui partagent notre lutte de suivre notre activité.

Fb : Jeune Garde Paris

Insta : jeunegardeparis

Twitter : @jeune_garde


Article publié le 09 Oct 2020 sur Lahorde.samizdat.net