Affaire Théo : plusieurs commerces vandalisés après la manif de Barbès

Le Parisien |16 février 2017, 21h22

La manifestation contre les violences policières mercredi soir dans le quartier parisien de Barbès a été suivies de déprédations dans les environs de la place de la République. Elles seraient le fait de militants anarchistes.

L’heure était aux réparations ce jeudi dans plusieurs rues commerçantes des environs de la place de la République. Au programme : remplacement de vitrines et nettoyage de graffitis militants. La manifestation « non autorisée » organisée mercredi soir à Barbès (XVIIIe) en soutien à Théo, le jeune homme victime d’une interpellation brutale à Aulnay-sous-Bois, s’est en effet poursuivie par des raids de casseurs dans les XIe et IIIe arrondissements.

Le rassemblement de Barbès, encadré par de très imposantes forces de l’ordre qui ont maintenu les 400 à 500 manifestants sur le carrefour du métro aérien, s’était déroulé dans un climat d’extrème tension. Mais il ne s’est soldé que par des dégradations mineures et quelques poubelles incendiées. Des rassemblements spontanés, intervenus une heure après la dislocation de la manifestation de Barbès, se sont eux traduits par davantage de casse.

Un groupe d’une cinquantaine de jeunes, dont certains casqués ou cagoulés selon des témoins, s’est attaqué au mobiler urbain et à plusieurs commerces. Autour de la rue d’Oberkampf d’abord ; dans le secteur du Marais ensuite. « Ils ne s’en sont pris qu’à deux types de commerces : des agences immobilières et des banques », note un professionnel de la rue de Turenne (IIIe) où une petite dizaine de locaux ont été vandalisés. Le boutique Zadig et Voltaire dont la porte vitrée est étoilée fait figure d’exception.

Les casseurs à l’origine de ces raids n’ont pas pu être identifiés, mais selon les diverses constatations ils seraient issus de la mouvance anarchiste. « Il y avait écrit Vengeance en lettres rouges », commente un ouvrier qui vient de nettoyer la façade d’un immeuble et qui s’attaque un graffiti « mort au capitalisme » tagué sur une vitrine. Plus loin, à proximité de République, un militant anonyme a écrit « justice pour Théo » sur un mur à côté d’une affiche représentant un CRS qui piétine un homme à terre.


Récit de la soirée du 15 février : rassemblement et manif sauvage pour Théo

Indy Nantes, 16 février 2017 (extrait)

Un nouveau rassemblement, pour Théo et toutes les victimes de la police, en solidarité avec Aulnay et tou-te-s les inculpé-e-s, avait lieu ce mercredi 15 février à 18h, à Barbès, dans le XVIIIe arrondissement, sans surprise sous haute surveillance policière.

Quelques centaines de personnes étaient présentes, mais toutes les tentatives de départ en manif sauvage ont échoué. Toutes les rues partant du croisement du métro Barbès-Rochechouart ont été bloquées par différentes sortes de flics anti-émeute, appuyés ici et là par des bacqueux aussi méprisables qu’haïssables.

Après une première tentative sur le boulevard Barbès (vite bloqué par des CRS protégés par des grilles), le rassemblement s’est dirigé à plusieurs reprises sur le boulevard de la Chapelle et sur le boulevard de Magenta, en vain. Des affrontements ont eu lieu avec la police, et si les flics ont mangé quelques projectiles, ils ont surtout réussi à chaque fois à nous repousser en chargeant comme des brutes et en usant pas mal de gazeuses et grenades lacrymogènes. Comme souvent, les lacrymos ont incommodé les manifestant-e-s, les passant-e-s et les habitant-e-s du quartier, sans disctinction.

Pendant tout ce temps, il y a eu quelques rares actions antipub et tags, et beaucoup de slogans criés : “Flics, violeurs, assassins“, “Tout le monde déteste la police“, “La police est raciste“, “Siamo tutti antifascisti“, “Justice pour Théo” ou encore “Pas de justice, pas de paix“. Un feu a aussi été allumé sur le boulevard de la Chapelle, plus tard éteint par les flics eux-mêmes.

Ne réussissant pas à sortir de l’énorme nasse policière, la plupart des manifestant-e-s ont peu à peu essayé d’en sortir. Les flics ont laissé passer les gens au compte-goutte, bien souvent moyennant une palpation et une fouille des sacs. Des bacqueux ont parfois tenté des incursions pour choper des gens, mais à ma connaissance ils ont toujours foiré, grâce à la solidarité des manifestant-e-s et de certain-e-s habitant-e-s du quartier.

Le mot avait tourné qu’un autre RDV était donné à Ménilmontant, aux alentours de 20h, pour envisager quelque chose de plus enthousiasmant.

Là-bas, vers 20h, il devait y avoir environ 200 personnes, dont un peu plus de la moitié ont décidé de partir en manif sauvage, en prenant un chemin semblable à une des manifs sauvages du mardi 7 février. Direction les beaux quartiers, donc. On prend la rue Oberkampf, et l’ambiance monte progressivement. Des poubelles sont renversées, du mobilier urbain de toute sorte est placé en travers de la route pour empêcher les flics de nous suivre facilement.

À peu près les mêmes slogans qu’à Barbès sont criés (avec quelques autres du genre “Un flic, une balle, justice sociale” démontrant une certaine rage). Des tags apparaissent sur les murs (“Révolte pour Théo”, “Mort au capitalisme”, “Nik la police”). Sur un bus, une pub pour devenir gardien de prison est détournée à la peinture comme il se doit (à vos marqueurs et vos bombes de peinture, ça continue de recruter pour un des pires jobs qui existent sur cette planète…). Des caméras de vidéosurveillance sont repeintes, des journalistes et leurs caméras et appareils photo éloigné-e-s tant que possible.

Plus on avance, plus la détermination collective se fait sentir. Du matos de chantier traîne sur le chemin, de nombreuses vitrines prennent des coups : des banques, des agences immobilières, des magasins de luxe, tout ça sur la rue Oberkampf puis rue des Commines dans le IIIe et sur la rue de Turenne qui prend pas mal de coups… Une autoréduction du magasin de vêtements Melchior y a lieu sous les hourras des manifestant-e-s ! Les chemises volent au milieu de la manif sauvage.

Un peu avant 21h, les sirènes de police se font entendre et les premiers véhicules de flics apparaissent. C’est un peu la panique côté manifestant-e-s, ça se disperse dans tous les sens, et les flics arrivent en nombre d’un peu partout, en scooter, voiture ou fourgon. C’est vraiment chaud, a priori plusieurs interpellations sont à déplorer à ce moment-là. Les flics nous ont chassé-e-s jusque les quais de Seine et sur l’île Saint-Louis !

(…)

Un anarchiste du 93


● Manifestations à Lille et Rouen

Figaro, 16/02/2017 à 07:06

Ce mercredi soir, quelque 500 personnes ont défilé dans les rues de Lille. Partant de la place de la République peu après 18h, les manifestants ont défilé pendant près de deux heures, scandant des slogans tels que « Discrimination partout, justice nulle part » et « Humiliations, contrôles au faciès, y en a marre ». La manifestation se déroulait sans incident lorsqu’un groupe d’une centaine de personnes est retourné dans des ruelles pour y mener un défilé non autorisé. Des poubelles ont été renversées et quelques bouteilles de verre lancées. Plusieurs dizaines de CRS et compagnies départementales d’intervention les ont suivis et ont interpellé une jeune fille à la faveur d’une charge. Les autres manifestants se sont dispersés. Aucun gaz lacrymogène n’a été tiré.

150 personnes s’étaient également réunies ce mercredi soir à Rouen. Ce rassemblement a donné lieu à des débordements, se traduisant par deux blessés légers et 21 interpellations. Les troubles se sont produits dans le quartier Saint-Sever, sur la rive sud de la Seine, peu après un rassemblement organisé près de la station de métro-tram du quartier, vers 17H30. « Assez rapidement, un groupe d’environ 70 irréductibles ont commencé à commettre des dégradations », a indiqué à l’AFP le secrétaire général de la préfecture Yvan Cordier. « Les consignes données étaient de protéger les personnes et les biens », a-t-il précisé, indiquant que les forces de l’ordre ont fait usage de grenades lacrymogènes pour disperser les manifestants.

Deux heures après les heurts, on recensait quatre vitrines brisées, une succursale de courtage d’assurance dévastée, et de nombreuses grandes poubelles renversées et incendiées. En début de soirée, la police surveillait toujours les petits groupes qui s’étaient éloignés de la rue commerçante où ont eu lieu la plupart des dégradations.

[Début de pillage dans un magasin

Les forces de l’ordre ont pris contact avec le centre commercial Saint-Sever, pour leur conseiller de fermer leurs portes. Une demie heure plus tard, un groupe s’en prenait à la banque BNP Saint-Sever. L’établissement la Bred subissait lui aussi des dégradations dans la foulée. Deux commerces ont également fait les frais du passage d’un groupe de manifestants, place Saint-Sever, avec un début de pillage de l’un des magasins. Six premières interpellations avaient alors lieu, suivies de près par six autres, peu avant 19h. Au total, 21 personnes ont été interpellées (14 jeunes hommes et sept jeunes femmes), parmi lesquelles 12 majeurs et neuf mineurs. Les manifestants ont appelé à une nouvelle manifestation, dès vendredi 17 février 2017.

(Normandie actu, 16/02/2017 à 12:38)]

D’autres manifestations se sont déroulées sans incident, comme à Rennes (120 personnes) ou Toulouse (quelques dizaines), selon des journalistes de l’AFP.

Source: http://cettesemaine.info/breves/spip.php?article2144 -