Vendredi 20 septembre, Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, a annoncé à la presse que seulement 1 175 bachelier-e-s restaient « sans affectation » à l’issue de la procédure complémentaire de Parcoursup. Sur le terrain, dans nos syndicats, partout en France, ce n’est pas ce que nous remarquons. La ministre ment-elle ? Non. Mais les chiffres qu’elle donne ne veulent rien dire ! On comprend mieux l’indigence des statistiques fournies par le « Tableau de bord 2019 »[1], qui permettent au ministère de nous enfumer et qui ont participé à faire démissionner la moitié des membres de son comité de suivi[2].

À quoi correspond ce chiffre de 1 175 bachelier-e-s « sans affectation » ? Il s’agit de celles et ceux qui n’ont pas, à l’heure actuelle, de place dans un établissement d’enseignement supérieur, public ou privé. La ministre masque ainsi :

  • tou-te-s celles et ceux qui ont dû se rabattre vers des établissements privés (et s’endetter pour payer des frais d’inscriptions de plus en plus démesurés) parce qu’ils et elles étaient toujours « en attente » d’être sélectionné-e-s par une formation sur Parcoursup ;
  • tou-te-s celles et ceux qui ont renoncé parce qu’aucune formation ne leur était proposée ou parce qu’ils et elles n’avaient pas les moyens d’aller étudier à des centaines de kilomètres de leur domicile ;
  • tou-te-s celles et ceux qui se retrouvent dans une formation qu’ils et elles n’ont pas vraiment choisi et pour laquelle ils et elles n’ont aucune appétence ni compétence (ce qui revient, de la part des pouvoirs publics, à organiser leur échec).

Parcoursup favorise ainsi – et ce n’est pas un hasard – la privatisation d’une partie de l’enseignement supérieur en organisant l’insatisfaction et en poussant les néo-bacheliers vers les établissements privés, hors de prix et à la qualité variable.

Il convient enfin de mentionner le fait que les personnes en reprises d’études non-sélectionnées ont été  opportunément placées dans une catégorie à part, comptabilité au service non de l’enseignement supérieur mais de la communication de son ministère.

Au final, le bilan de Parcoursup, ce sont des dizaines de milliers d’étudiant-e-s à qui l’on interdit de faire les études de leurs choix, dans des établissements publics. La fédération Solidaires Étudiant-e-s, syndicats de lutte, rappelle son engagement pour un enseignement supérieur ouvert à tou-te-s et à tous les âges, gratuit, public et émancipateur. Elle s’insurge contre cette lente privatisation de l’enseignement supérieur et de la recherche et renouvelle son appel à l’abrogation de la loi ORE qui institue la sélection à l’entrée de la licence et l’inégalité entre les étudiant-e-s au cours de celle-ci, et par conséquent exige l’abandon définitif de Parcoursup.


[1]http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid142122/tableau-de-bord-2019-des-indicateurs-de-parcoursup.html

[2]https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/09/13/vers-une-recomposition-des-comites-de-suivi-de-parcoursup_5509903_3224.html


Article publié le 08 Oct 2019 sur Solidaires-etudiant.org