Vendredi 16 octobre 2020, Ă  Conflans Sainte Honorine (Yvelines), un professeur d’histoire gĂ©ographie a Ă©tĂ© dĂ©capitĂ© par un fou de dieu. Motif : avoir, la semaine prĂ©cĂ©dente, comme depuis plusieurs annĂ©es, donnĂ© un cours sur la libertĂ© de la presse et la libertĂ© d’expression, en montrant, entre autre, une caricature de Mahomet. Et ce, en laissant la possibilitĂ© aux Ă©lĂšves le souhaitant de quitter le cours.

De cela, il convient, bien sĂ»r, de s’indigner et d’Ɠuvrer pour que de tels actes ne puissent plus se reproduire ou du moins le moins possible. Mais comment ?

Ce qui nous est proposĂ© ici et lĂ , Ă  savoir une mĂ©diatisation outranciĂšre de faits divers dramatiques ; leur instrumentalisation Ă  des fins politicardes via notamment un concert d’appels Ă  toujours plus de rĂ©pression et de stigmatisation de certains croyants
, n’est nullement une solution sauf Ă  vouloir conjuguer toujours autant d’insĂ©curitĂ© au temps implacable de toujours moins de libertĂ©. Car, et oui, c’est comme ça, il y a toujours eu et il y aura toujours des masses d’humains qui, par peur de la mort, dĂ©sir d’éternitĂ© ou recherche de sens, croiront au PĂšre NoĂ«l divin. Ceux lĂ  sont de simples adversaires d’idĂ©e et ils doivent ĂȘtre libres de croire. Les religions, surtout les monothĂ©istes, c’est largement plus craignos car, vu qu’il ne peut y avoir plus de deux crocodiles dans le mĂȘme marigot, le pas des guerres de religion est souvent franchi. D’oĂč la nĂ©cessitĂ© de les mettre en libertĂ© surveillĂ©e. Et quant aux Églises qui dirigent les troupeaux religieux, mettre des barbelĂ©s autour du champ de leur volontĂ© de puissance relĂšve de la lĂ©gitime dĂ©fense. LibertĂ© de croire, surveillance lĂ©gĂšre ou renforcĂ©e des religions et des Ă©glises, fondent le vivre ensemble d’une sociĂ©tĂ© laĂŻque et c’est largement suffisant pour ne cantonner la rĂ©pression qu’à l’indispensable.

Est-il besoin de le prĂ©ciser, ce cadre de la laĂŻcitĂ©, pour nĂ©cessaire et perfectible qu’il soit n’est pas le remĂšde miracle au terrorisme d’origine religieuse. Car il y aura toujours des fous de dieu.

Et, parce que la misĂšre, le chĂŽmage, la ghettoĂŻsation des derniers de cordĂ©e, le racisme, le dĂ©sossage des services publics, l’individualisme forcenĂ© d’un capitalisme vide de sens autre que le profit immĂ©diat, la sociĂ©tĂ© du spectacle, le financement des Ă©coles confessionnelles par des fonds publics
 constituent le terreau sur lequel il prolifĂšre.

Dans ces conditions j’estime que, pour dĂ©fendre efficacement la libertĂ© de la presse et la libertĂ© d’expression, il convient de ne pas se laisser dominer par une Ă©motion lĂ©gitime, de conforter une laĂŻcitĂ© pleine et entiĂšre et d’oser enfin construire un autre futur de vĂ©ritable Ă©galitĂ© sociale.

Jean-Marc Raynaud


Article publié le 19 Oct 2020 sur Monde-libertaire.fr