FĂ©vrier 22, 2021
Par Organisation Communiste Libertaire (OCL)
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PANDEMIE ET CAPITALISME

Aides aux entreprises – Les patrons se gavent

Dans son allocution du nouvel an, Macron revenait sur ce fameux « quoi qu’il en coĂ»te Â» pour justifier d’une part les 100 milliards d’euros versĂ©s dans le cadre d’un hypothĂ©tique « plan de relance Â» – un vĂ©ritable chĂšque en blanc sans aucune contrepartie, aucun contrĂŽle -, et d’autre part les 20 milliards d’euros d’aides d’urgences supplĂ©mentaires annoncĂ©s dans le budget 2021. A aucun moment cependant il n’est prĂ©cisĂ© : « quoi qu’il en coĂ»te Ă  qui ? Â» et « quoi qu’il en coĂ»te au bĂ©nĂ©fice de qui ? Â» Si les milliards pleuvent, ce n’est pas partout, et pas pour tout le monde. Ce sont tout particuliĂšrement les grandes entreprises qui sont servies, l’Etat mettant Ă©videmment ses ressources au service des intĂ©rĂȘts du secteur privĂ© et de l’accumulation du capital. Sans rien exiger en retour autre que des « engagements volontaires Â».

Outre les subventions dĂ©jĂ  existantes comme le CICE (crĂ©dit d’impĂŽt pour la compĂ©titivitĂ© et l’emploi) et le crĂ©dit impĂŽt-recherche, les grands groupes ont empochĂ© des dizaines de milliards d’euros depuis le dĂ©but de la pandĂ©mie : aides de l’État pour payer le chĂŽmage partiel, exonĂ©rations ou reports de paiements de cotisations sociales, etc…. Cela va de pair avec la poursuite de la diminution des budgets des services publics et la reprise prochaine des rĂ©formes abaissant la protection sociale (assurance chĂŽmage, sĂ©curitĂ© sociale, retraites..)

Les centaines de milliards dĂ©pensĂ©s par l’Etat au nom du sauvetage de l’économie et de l’emploi ont surtout donnĂ© un rĂ©pit Ă  la machine Ă  profits. Toutes les entreprises du CAC 40 (1) ont ainsi perçu une aide importante liĂ©e Ă  la pandĂ©mie sans aucune conditionnalitĂ©, alors que leurs bĂ©nĂ©fices ne cessent d’augmenter.

L’arrosage de subventions et de prĂȘts garantis pour retarder la casse sociale n’empĂȘche cependant pas fermetures d’usines et/ou licenciements. Les capitalistes et les actionnaires aux coffres-forts bien remplis pour faire face au coronavirus et aux consĂ©quences sur leurs dividendes ont choisi la restructuration des entreprises, les licenciements massifs, les Plans de licenciements dits de “Sauvegarde de l’Emploi” (PSE) et autres Accords de Performance Collective (APC).‹Ces entreprises qui ont reçu ces milliards, et qui sont par ailleurs en bonne santĂ© financiĂšre, annoncent des milliers de licenciements et des dĂ©localisations. Michelin supprime en France 2300 postes d’ici 2023 (plus de 10 % de ses effectifs en France), aprĂšs Bridgeston, Renault, Total, Sanofi (Encart 2), Airbus, Safran, Cargill, Danone, Schneider Electric, General Electric (13 000 suppressions d’emplois dans le monde et un bonus de 38,5 millions d’euros promis au PDG), etc… Dans l’aĂ©ronautique en France, qui a bĂ©nĂ©ficiĂ© d’un premier plan de 15 milliards, 30 000 emplois ont Ă©tĂ© supprimĂ©s… mais le PDG de Safran, que le cynisme n’étouffe pas, y voit au contraire le sauvetage de 30 000 emplois, puisque, dit-il, avant les aides du gouvernement, ce sont 60 000 emplois qui Ă©taient menacĂ©s !

Les salariĂ©.es trinquent – PrĂ©caritĂ© et pauvretĂ© s’accentuent

Alors que le CAC40 rĂ©alise son meilleur chiffre depuis 30 ans, la crise sanitaire du Covid19 a dĂ©complexĂ© les patrons de maniĂšre inĂ©dite. Avec la complicitĂ© du gouvernement, ils licencient Ă  tour de bras et les chiffres de 2020 sont Ă©loquents et dĂ©vastateurs. De mars Ă  dĂ©cembre 2020, 700 plans de plus de 10 licenciements ont Ă©tĂ© enregistrĂ©s visant Ă  plus de 75 000 ruptures de contrats de travail, trois fois plus que dans la mĂȘme pĂ©riode en 2019. A cela, il faut ajouter 5 800 procĂ©dures de licenciement collectif pour motif Ă©conomique hors PSE,- et la liste n’a cessĂ© de s’allonger depuis – (statistiques du ministĂšre du travail – Dares). Sans compter la suppression massive de postes dans les hĂŽpitaux et les services publics. Ces chiffres concernent les salariĂ©.es en CDI et ne disent rien des plusieurs dizaines de milliers d’intĂ©rimaires, de travailleur.ses prĂ©caires qui ont Ă©tĂ© renvoyĂ©s dĂšs le dĂ©but. Rien non plus des innombrables jeunes Ă  la recherche d’un premier emploi ou d’un simple job pour payer leurs Ă©tudes. Sans oublier les travailleur.ses indĂ©pendant.es, petits commerçants, artisans, agriculteurs qui ont dĂ©jĂ  mis la clĂ© sous la porte ou en sont menacĂ©s. Une nouvelle flambĂ©e du chĂŽmage semble inĂ©vitable Ă  court terme, notamment parce que les diffĂ©rentes mesures de soutien vont ĂȘtre supprimĂ©es pour de nombreuses entreprises. Ce sont les petites qui seront les plus touchĂ©es et leurs salariĂ©.es par centaines de milliers. Cette tendance a dĂ©jĂ  commencĂ© depuis le dĂ©but de la pandĂ©mie, mais elle devrait s’accĂ©lĂ©rer brutalement.

La classe ouvriĂšre paie lourdement les consĂ©quences de la crise Ă©conomique historique du capitalisme dont la violence et la vitesse sont augmentĂ©es depuis l’apparition de l’épidĂ©mie de COVID-19. Des millions de femmes, d’hommes, d’enfants, sont confrontĂ©s au chĂŽmage, Ă  la prĂ©caritĂ©, Ă  la pauvretĂ© et Ă  la faim. Jugeons-en par ces chiffres de 2020 :

Un rapport de la ConfĂ©dĂ©ration europĂ©enne des syndicats (CES) indique que la pauvretĂ© au travail a augmentĂ© dans 16 des 27 Etats membres de l’Union europĂ©enne. Les travailleur.ses pauvres y reprĂ©sentent aujourd’hui en moyenne 12 % des salariĂ©.es.

En France, on estime Ă  plus de 10 millions le nombre de ceux.celles qui sont sous le seuil de pauvretĂ© (-1000 euros par mois). La part des travailleur.ses pauvres est passĂ©e en 2020 de 6,5 Ă  7,1 %. Soit une progression de 9 %.

8 millions de personnes, soit 12 % de la population, ont recours Ă  l’aide alimentaire ;

2 millions de personnes survivent grĂące au Revenu de SolidaritĂ© Active (RSA, 564 euros/mois) ; 57 % des allocataires du RSA sont des femmes ; 85 % des familles monoparentales pauvres sont des femmes qui Ă©lĂšvent seules leur.s enfant.s ;

300 000 personnes sont sans-abri (sans domicile fixe), soit un doublement depuis 2012 ;

1 million de nouveaux chĂŽmeur.ses ont Ă©tĂ© recensĂ©s en moins d’un an, soit 6,5 millions de chĂŽmeur.ses (ou 10% de la population active, selon les chiffres officiels) ;

Le taux de chĂŽmage des jeunes est de 21 %. Entre le troisiĂšme trimestre 2019 et la mĂȘme pĂ©riode de 2020, le nombre de chĂŽmeur.ses de moins de 24 ans a bondi de 16 %. Quant au taux d’emploi, il a quatre fois plus reculĂ© dans cette catĂ©gorie que pour l’ensemble de la population.

Ce n’est Ă©videmment pas la violence du systĂšme capitaliste qui est pointĂ©e du doigt par le pouvoir et les mĂ©dias ; c’est la pandĂ©mie qui est prĂ©sentĂ©e comme la seule responsable. Depuis des mois, les gouvernants (2) et les mĂ©dias martĂšlent que l’avenir sera difficile, que les jeunes souffrent et vont souffrir, que c’est inĂ©luctable
 parce que dĂ» Ă  la crise sanitaire. Cette incitation Ă  accepter la situation comme dĂ©passant le cadre du systĂšme capitaliste (celui-ci n’en est pas responsable, ou pas tellement et indirectement) est une façon de nous le faire accepter.

Des entraves Ă  la mobilisation sociale et aux dynamiques collectives

Les fermetures d’entreprises, licenciements, etc., peuvent s’effectuer d’autant plus facilement que les gens sont enfermĂ©s Ă  la maison, que s’imposent l’isolement et la distanciation des liens sociaux, et que les manifestations sont rendues peu Ă©videntes Ă  cause de la pandĂ©mie : contraintes administratives pour circuler, dispositifs sĂ©curitaires sans fin qui entravent Ă©changes, espaces de discussion et potentiel d’actions collectives.

Entre le confinement, le chÎmage partiel ou le télétravail, les salarié.es, qui ont intégré la dureté de la récession, semblent tétanisé.es, malgré la violence de la crise.

Il est dur de se mobiliser dans ce contexte. Comment mobiliser alors que beaucoup sont en tĂ©lĂ©travail ? A quoi bon cesser le travail quand on est au chĂŽmage partiel ou que l’entreprise menace d’arrĂȘter sa production ? Quelle latitude, en pĂ©riode de confinement et de couvre-feu, de porter son combat sur la place publique ?

La peur, celle du risque sanitaire, des contrĂŽles et des violences de la police, est un outil efficace de domestication. Peur aussi de se faire remarquer par trop de contestation, de dĂ©prĂ©cier son CV et, en pĂ©riode de chĂŽmage de masse, de ne pas retrouver de travail. Et rĂ©signation Ă©galement, par conscience d’ĂȘtre privĂ© toujours plus de maĂźtrise sur sa vie et par manque de perspective et d’alternative. Il y a un vrai risque de s’enliser dans les habitudes d’un contrĂŽle social prĂ©sentĂ© comme Ă©tant « pour notre bien Â», dans une logique accentuĂ©e de recherche de protection face au risque quel qu’il soit, avec une demande adressĂ©e Ă  l’Etat pour qu’il assure cette protection mieux qu’il ne le fait. Ceci dans un contexte oĂč la violence du systĂšme capitaliste est comme relĂ©guĂ©e au second plan par la pandĂ©mie, qui apparaĂźt comme la seule ennemie commune Ă  tous.

Et si dĂ©fiance et colĂšre vis-Ă -vis des autoritĂ©s sont fortes au sein de la population, et s’expriment aussi chez les commerçants, artisans et petits entrepreneurs, il est important qu’elles se cristallisent sur des bases de classe et Ă©vitent la confrontation peu rĂ©jouissante peuple contre Ă©lites ou le dĂ©bouchĂ© sur des thĂšses complotistes.

Des résistances cependant

Pour l’heure, presque tout se passe à bas bruit. Il n’y a pas de mobilisation spectaculaire et massive et rares sont les longues occupations d’usine.

Dans les boĂźtes qui licencient, ou qui jouent sur la diminution des salaires, la flexibilitĂ© des horaires…, la colĂšre est sourde, pas forcĂ©ment visible, mais trĂšs prĂ©sente. Certes, pour le moment, la mobilisation est modeste. Des mouvements sporadiques, des foyers de contestation surgissent ici et lĂ  dans des entreprises menacĂ©es par un plan social ou dans des secteurs professionnels. Mais le plus souvent ces mobilisations restent dispersĂ©es, localisĂ©es Ă  l’entreprise concernĂ©e.

GrĂšves, pour exiger des primes, comme Ă  Ikea ; ou pour des augmentations de salaire (coursiers, agents des Ă©coles ; travailleurs de l’entrepĂŽt STEF de Montauban ; grĂšves contre des licenciements ou pour des plans sociaux plus favorables (General Electric ; usine de verre de Cognac, usine Delpierre-Bas Rhin) ; ou contre des projets de privatisation RATP, EDF ; contre la suppression de postes (raffinerie Total de Grandpuits – cf Encart 3) ; Schneider Electric, avec la grĂšve des salariĂ©s de Lattes, au sud de Montpellier contre l’arrĂȘt dĂ©finitif du site, alors que le groupe est bĂ©nĂ©ficiaire de 2,4 milliards d’euros en 2019, et qu’il investit en Hongrie avant mĂȘme d’avoir finalisĂ© le PSE)…

Vers plus de tensions sociales ?

Des manifestations rĂ©siduelles mais tenaces ont persistĂ©, cet automne et ce dĂ©but d’hiver, sur tout le territoire. Elles ont portĂ© plutĂŽt sur des thĂšmes globaux de sociĂ©tĂ©, assez idĂ©ologiques : respect des libertĂ©s, climat, anti-racisme, solidaritĂ© avec les migrant.es, contre les violences policiĂšres… On y a observĂ© le retour, dans une certaine mesure, des GJ, et la prĂ©sence assez importante de jeunes. Ces occupations de la rue, qui transgressent les contraintes et interdits de l’”urgence sanitaire” peuvent apparaĂźtre, comme des actes de rĂ©sistance… Mais ces mobilisations ne sont-elles pas le fait de personnes qui n’en peuvent plus de leur quotidien plutĂŽt que d’un mouvement qui tend Ă  s’organiser ?

Certes, les manifestations contre la loi sĂ©curitĂ© globale constituent une relativement bonne surprise en montrant qu’il y a des personnes dĂ©terminĂ©es Ă  manifester leur colĂšre. Mais elles restent bien en deçà des rĂ©actions qu’on pourrait attendre face Ă  la politique hypersĂ©curitaire qu’installe le gouvernement en profitant de la pandĂ©mie. Au fil des samedis, les partis et syndicats gĂšrent et encadrent de plus en plus ces mobilisations, qui se font d’ailleurs moins massives, tandis que la police s’emploie Ă  dĂ©courager de manifester. Entre ces deux pressions, on imagine mal que ce mouvement puisse durer
mĂȘme si la coordination contre la loi SĂ©curitĂ© globale appelle Ă  manifester le 30 janvier…

A partir de la mi-janvier, on assiste à de nombreux mouvements de grùve et à un nombre important d’appels à manifester.

Le 19 janvier, plus d’un agent sur quatre Ă©tait Ă  nouveau en grĂšve chez EDF contre le projet Hercule destinĂ© Ă  dĂ©manteler et privatiser en partie l’entreprise, et une nouvelle journĂ©e d’action est prĂ©vue le 28 janvier. Le 21 janvier, le monde de la santĂ© et de l’action sociale s’est rassemblĂ© pour rĂ©clamer des revalorisations salariales. La veille, des Ă©tudiant.es sont descendus dans la rue afin de dĂ©noncer les consĂ©quences de la crise sanitaire sur leur vie quotidienne. Le 23 janvier, une manifestation nationale contre les licenciements s’est dĂ©roulĂ©e Ă  Paris Ă  l’appel de la CGT du voyagiste TUI (4). Le 26 janvier, ce sont les enseignant.es et les personnels de l’éducation qui sont appelĂ©s Ă  cesser le travail. Le 19 janvier, les assistant.es d’éducation, particuliĂšrement prĂ©carisĂ©s, se sont Ă  nouveau mobilisĂ©s, aprĂšs une premiĂšre journĂ©e de grĂšve en dĂ©cembre. Enfin, le 4 fĂ©vrier, une journĂ©e de mobilisation interprofessionnelle est organisĂ©e par la CGT, Solidaires, la FSU et des organisations de jeunesse, contre les licenciements, pour les salaires….

Des pistes autres que purement sectorielles, ou syndicales, sont aussi Ă  mettre en avant et Ă  dĂ©velopper. Certaines, d’ailleurs, voient le jour.

D’une part, l’appel, lancĂ© en dĂ©cembre par les salariĂ©s des TUI, Ă  se regrouper, sous forme de coordination, pour construire une riposte commune a Ă©tĂ© entendu par de nombreuses Ă©quipes syndicales et militantes (cf. Encart 5). Cette initiative est Ă  suivre pour voir si elle permet de faire renaĂźtre Ă  une large Ă©chelle la conscience de la nĂ©cessitĂ© d’un mouvement d’ensemble pour faire face Ă  la politique anti-sociale du gouvernement et du patronat.

D’autre part, dans l’aĂ©ronautique de la rĂ©gion occitane, l’idĂ©e de fĂ©dĂ©rer des salariĂ©.es autour d’un collectif fait son chemin, ainsi que la volontĂ© de se regrouper avec d’autres salariĂ©.es de diffĂ©rentes entreprises. Ceci pour Ă©chapper Ă  la mollesse, voire Ă  la collaboration des syndicats avec le patronat.‹Ainsi un “collectif de travailleurs en lutte de l’aĂ©ronautique et d’ailleurs s’est constituĂ© rĂ©cemment, Ă  l’initiative de travailleurs qui ne donnent aucun crĂ©dit aux organisations syndicales reprĂ©sentatives ni aux partis politiques. Il est ouvert Ă  toute personne qui se sent concernĂ©e et qui dĂ©sire agir et lutter collectivement contre les attaques patronales et les mystifications syndicales. ” Voici des extraits d’un de leurs textes : ‹ ” Face Ă  l’offensive du patronat, il n’y a aucune riposte, les organisations ouvriĂšres ne proposent rien. Les syndicats, prĂ©tendument en charge de la dĂ©fense de nos intĂ©rĂȘts signent des accords honteux sans mĂȘme demander leur accord aux salariĂ©s concernĂ©s (pas d’assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale, pas de consultation). Pire mĂȘme, ils se mobilisent comme chez Daher, le 1 octobre, dĂšs 6 h du matin, pour annuler une grĂšve et bloquer les tentatives de rĂ©sistance et d’auto-organisation des salariĂ©s. ‹La classe des exploiteurs montre encore une fois, et ce n’est pas nouveau, sa capacitĂ© Ă  utiliser toutes les opportunitĂ©s (et le Covid en est une) pour enfoncer la classe des exploitĂ©s. A nous de trouver les solutions pour y mettre un terme. La crĂ©ation de collectifs autonomes, de comitĂ©s de lutte rĂ©ellement indĂ©pendants, peut ĂȘtre un moyen, mĂȘme si on sait que la tĂąche sera rude et longue.”

Le gouvernement s’inquiĂšte d’un risque de tensions sociales au printemps, au moment de la fin des aides, ou plus tard quand le couvercle sanitaire sera levĂ©. Que la colĂšre sociale ne soit pas circonscrite Ă  tel ou tel endroit, ou tel ou tel secteur, qu’elle ne soit pas canalisĂ©e par les syndicats, c’est de cela dont ont peur les patrons et le gouvernement. Ă  notre souhait pour, plus que de changer ce monde, virer les capitalistes !

16/01 – CJ Sud-Ouest

Notes :

1 – Les bĂ©nĂ©fices des grandes entreprises du CAC 40 et les dividendes explosent et les fortunes des milliardaires s’envolent. A titre indicatif, le salaire moyen des patrons du CAC 40 est de 5,5 millions d’euros environ par an. En 2020, ils ont distribuĂ© 30,3 milliards de dividendes..

2- Le ministre de l’économie Le Maire n’a pas laissĂ© planer de doute sur le fait que la crise va durer. « Nous avons devant nous un virus qui persiste, a-t-il dit, le 7 janvier, lors d’un Ă©change avec l’Institut Montaigne. Nous aurons plus de faillites en 2021 qu’en 2020 (
), nous avons une transition sur l’emploi qui va se solder par des destructions d’emplois pendant un certain temps et qui vont ĂȘtre difficiles Ă  amortir. Â»

Et selon l’OFCE (Observatoire français des conjonctures Ă©conomiques), de nombreuses entreprises qui ont pu Ă©viter la faillite en 2020 grĂące aux aides de l’Etat ne pourront y Ă©chapper en 2021. 180 000 emplois seraient menacĂ©s par les faillites Ă  venir en 2021.

3- Le 17 novembre, Castex formait le vƓu que « le tĂ©lĂ©travail survive Ă  la crise. Bien sĂ»r, on ne pourra pas tĂ©lĂ©travailler tout le temps, mais nous avons soulevĂ© un chantier qui doit progresser Â».

4- TUI est un grand voyagiste europĂ©en regroupant les marques françaises : Nouvelles FrontiĂšres, Marmara, Look Voyages, Passion des Ăźles, Aventuria… Toutes disparues Ă  ce jour Ă  coups de rachats, plans sociaux et dĂ©localisations, un total de 1800 salariĂ©s sacrifiĂ©s. Les travailleurs CGT de ce voyagiste ont constituĂ© un collectif d’organisations qui a lancĂ©, le 15 dĂ©cembre, un appel Ă  une manifestation nationale Ă  Paris, le 23 janvier, contre tous les licenciements.


Primes à l’embauche de jeunes, bonnes à prendre pour les patrons



Fin juillet 2020, alors que le contingent annuel de 750 000 jeunes s’apprĂȘtait Ă  entrer sur le marchĂ© du travail, l’exĂ©cutif a lancĂ© le plan « un jeune, une solution Â», dotĂ© de plus de 7 milliards d’euros, Ă  destination des employeurs. Les primes Ă  l’embauche jeunes (220 000 ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© versĂ©es) et les aides pour les contrats d’alternance seront prolongĂ©s au delĂ  du 31 janvier

Dans une tribune publiĂ©e dans le JDD au dĂ©but de l’annĂ©e 2021, trente cinq patrons lancent un appel enthousiaste : « Nous appelons Ă  une mobilisation collective pour la jeunesse française Â». Ils promettent l’embauche de 100 000 jeunes d’ici la fin du mois de janvier dans le cadre du dispositif « un jeune, une solution Â», une mesure qui peut rapporter aux employeurs 4000 € sur une annĂ©e pleine pour une embauche Ă  temps complet. Or, au mĂȘme moment, certains des signataires altruistes de la tribune sont engagĂ©s dans des plans de licenciement. C’est le cas d’Accenture, une entreprise spĂ©cialisĂ©e dans le conseil et les technologies, dĂ©cidĂ©e Ă  rĂ©duire de 25 000 ses effectifs dans le monde. C’est aussi le cas de la SociĂ©tĂ© GĂ©nĂ©rale qui a annoncĂ© dĂ©but novembre la suppression de 700 nouveaux postes, aprĂšs les 750 dĂ©jĂ  supprimĂ©s en 2019. C’est encore le cas de Schneider Electric en prise avec la fermeture de deux de ses sites Ă  Saumur (Maine-et-Loire) et Lattes (HĂ©rault). Chez Carrefour, ce sont 3 000 dĂ©parts dans le cadre d’une rupture conventionnelle collective lancĂ©e en 2019. Pour le groupe BPCE, qui chapeaute la Caisse d’Épargne et la Banque Populaire, 11 000 suppressions d’emploi sont prĂ©vues. A cette liste de patrons altruistes, on peut ajouter Total, qui lui aussi licencie…Les entreprises publiques signataires de la tribune n’ont pas un meilleur bilan. Pour EDF : 7 000 « incitations au dĂ©part Â» entre 2017 et 2019. Pour la SNCF, 7 000 pertes d’emploi, selon son dernier bilan social 2019. Sensiblement la mĂȘme chose Ă  La Poste : moins 8 860 postes en 2019. Une aide de 4 000€ est toujours bonne Ă  prendre !

Autre mesure “en faveur” des jeunes ou plutĂŽt Ă  destination des entreprises : il est prĂ©vu la signature de 440 000 contrats d’apprentissage (87 000 de plus qu’en 2019) entre juillet 2020 et fĂ©vrier 2021 pour lesquels les entreprises touchent entre 5000 et 8000 € de financements publics.


« L’appel des TUI Â» – ( Travel Union International) a rĂ©sonnĂ© dans les rues huppĂ©es de Paris.

Cela a Ă©tĂ© dit lors des rĂ©unions de prĂ©paration de la manif contre les licenciements du 23 janvier : « On en a marre de trimballer notre cul derriĂšre des camions entre RĂ©publique et Bastille Â», « Il faut que la peur change de camp Â» ! Outre l’objectif d’unir un maximum de salarié·es en lutte contre les fermetures et les licenciements et le plus de soutiens possible, l’idĂ©e Ă©tait aussi de porter la colĂšre sous les fenĂȘtres de celles et ceux qui sĂšment la misĂšre : AssemblĂ©e nationale, ministĂšre du travail, siĂšge du Medef. Contre toute attente, le parcours de la manif a Ă©tĂ© acceptĂ© par la prĂ©fecture. Il faut dire que les rĂ©sident·es de ces lieux ne risquaient pas d’ĂȘtre dĂ©rangé·es puisqu’ils et elles Ă©taient probablement en train de skier Ă  Courchevel. Quoi qu’il en soit, la Canaille a tĂątĂ© le bitume des rues bourgeoises du 7Ăšme arrondissement dans lesquelles ont rĂ©sonnĂ© les slogans de lutte parfois anticapitalistes et toujours dĂ©terminĂ©s. Nous n’étions pas plus de 2000 personnes encadrĂ©es de toutes parts par les cognes sur le pied de guerre, mais notre cortĂšge avait de la gueule : les salarié·es en lutte de TUI (600 licenciements sur 900 employé·es), Total Grandpuits, SKF Avallon (141 licenciements), General Electrics (753 suppressions de postes), Cargill (183 licenciements), Renault (4600 suppressions de postes), Monoprix, Sanofi, Transdev, de l’hĂŽtellerie, du ministĂšre du travail et de l’emploi, de La Poste, de la RATP, de l’enseignement
 Les Gilets Jaunes Ă©taient Ă©galement de la partie ainsi que plusieurs variantes du trotskisme. LFI a fait son p’tit show mĂ©diatique et son champion a prĂŽnĂ© « une interdiction des licenciements pendant toute la pĂ©riode de la pandĂ©mie [
] Â». La prĂ©cision a son importance quand on sait que, pour plusieurs des sociĂ©tĂ©s qui licencient, les plans de rĂ©duction de personnel Ă©taient prĂ©vus AVANT la pandĂ©mie. À part l’OCL, les Anars n’étaient pas lĂ©gion, le mot d’ordre « Contre les licenciements Â» en rebutait peut-ĂȘtre plus d’un·e.

On peut dire que cette premiĂšre Ă©chĂ©ance de « l’appel des TUI Â», qui s’est donc muĂ© en appel contre les licenciements, est plutĂŽt une rĂ©ussite au vu du black-out quasi total des mĂ©dias et surtout de l’absence de soutien de la confĂ©dĂ©ration CGT. À ce titre, la liste des signataires est Ă©loquente : plus de 40 syndicats de boĂźtes ou de secteurs CGT, quelques SUD, UNSA et FO ont signĂ© alors que 7 fĂ©dĂ©rations de SUD et seulement 2 de la CGT l’ont fait. Quant aux confĂ©dĂ©rations, seule Solidaires a signé  La fĂ©dĂ©ration CGT mĂ©tallurgie n’a mĂȘme pas relayĂ© l’appel alors que de nombreuses boĂźtes de ce secteur liquident du personnel : Ford Blanquefort, Renault, Fonderies du Poitou, Jinjiang, Bosch Rodez, SKF etc
 Un des Ă©lĂ©ments positifs de cet appel est justement qu’il est Ă  l’initiative des syndicalistes « de base Â» qui ont passĂ© outre les verrous bureaucratiques. C’est le syndicat CGT de TUI qui a fait le job que la Conf’ ne fait plus depuis longtemps (ou qu’elle court-circuite sciemment), Ă  savoir contacter les sections syndicales des boĂźtes qui liquident le personnel pour unifier les forces. Que l’on se retrouve ou pas derriĂšre le mot d’ordre « Interdiction des licenciements Â», ce qui est en train de se mettre en place, c’est l’unitĂ© des travailleurs et travailleuses contre celles et ceux qui les exploitent et les jettent tout en profitant grassement des subsides de l’Etat (chĂŽmage partiel, CICE, CIR, rĂ©duction de charges, aides des rĂ©gions etc
). Des contacts se sont dĂ©jĂ  nouĂ©s entre les salariĂ©.es en lutte qui ne se seraient jamais rencontrĂ©.es s’ils et elles n’avaient pas pris les choses en main. A la date de rĂ©daction de cette brĂšve, l’audio de bilan de la manif et d’organisation du suivi n’a pas encore eu lieu mais les luttes continuent.

Les salarié·es de la raffinerie de TOTAL Grandpuits sont en grĂšve reconductible depuis le 4 janvier ! Sur ce site que la direction du groupe veut verdir, en le transformant en lieu de production de biocarburant tout en dĂ©localisant le raffinage d’hydrocarbures en Afrique, 700 emplois vont ĂȘtre supprimĂ©s dont 500 dans la sous-traitance. Comme chez TUI, les militant·es de ce site n’ont attendu ni l’approbation des dĂ©lĂ©guĂ©s centraux, ni celle de la fĂ©dĂ©ration de la chimie pour engager la lutte. Ainsi, les raffineurs sont en grĂšve active et la reconduction, comme toutes les actions, sont votĂ©es en assemblĂ©e sur le piquet devant la raffinerie. Nous sommes nombreux·ses Ă  espĂ©rer que cette lutte exemplaire fasse tache d’huile et, dans ce but, les raffineurs nous invitent Ă  assister Ă  leurs AG et actions. La connexion a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© Ă©tablie avec les TUI, SUD PTT, SUD rail, des enseignant·es, des Renault qui soutiennent cette lutte en Ă©tant prĂ©sent·es lors des actions, comme le 26 janvier, devant le siĂšge de Total Ă  la DĂ©fense. Une caisse de grĂšve est accessible sur internet. Contre le bulldozer de l’Etat et des patrons, c’est tou·tes ensemble qu’il faut lutter, c’est tou·tes ensemble qu’on va gagner !

Paris, le 26 janvier

Encart 1

Le COVID, une aubaine pour l’essor exponentiel du numĂ©rique

Le COVID aura favorisĂ© tous les secteurs liĂ©s de prĂ©s ou de loin Ă  la numĂ©risation de l’ Ă©conomie mondiale. La pandĂ©mie est devenue une aubaine pour les gouvernants (3) et les patrons de tester Ă  grande Ă©chelle l’introduction du tĂ©lĂ©travail.

Ce choix de dĂ©veloppement technologique rĂ©pond Ă  une optimisation Ă©conomique, Ă  une gestion avec moins d’emplois, plus de contrĂŽles, mais induit aussi une transformation des rapports sociaux.

A nouveau, la crise permet d’accĂ©lĂ©rer les tendances principales. Des habitudes ont Ă©tĂ© prises durant le confinement : tĂ©lĂ©travail, cyber-enseignement, achats en ligne, tĂ©lĂ©consultations, etc. A l’inverse, les “inutiles” et archaĂŻques – secteurs et emplois en voie d’ĂȘtre dĂ©truits par la digitalisation – tendent Ă  disparaĂźtre, remplacĂ©s par des machines (robots, logiciels, etc). Le virus en systĂšme capitaliste accĂ©lĂšre l’élimination des plus faibles, humains fragiles et entreprises de la vieille Ă©conomie.

Encart 2

Deux exemples : Total et Sanofi

Total a reçu, directement ou indirectement, au titre des diffĂ©rentes aides prĂ©citĂ©es la coquette somme de 6,93 milliards. Tout cela pour conduire au licenciement de 1 150 personnes en France, dont 700 emplois Ă  la raffinerie de Grandpuits, et d’autres dans le monde. Total conserve toujours 168 filiales dans des paradis fiscaux et juridiques. Et, pour couronner le tout, l’entreprise a reversĂ© Ă  ses actionnaires prĂšs de 7 milliards, somme Ă©quivalente Ă  l’aide sur fonds publics, dont Total n’avait aucun besoin.

En 10 ans, Sanofi s’est sĂ©parĂ© de prĂšs de la moitiĂ© de ses chercheurs, et ce alors que l’Etat fait bĂ©nĂ©ficier le labo de 100 millions de crĂ©dit d’impĂŽt recherche. Cette annĂ©e l’entreprise a reçu une aide globale de 3,94 milliards. Et, avec cette somme, elle a procĂ©dĂ© au licenciement de 1 000 personnes en France (1 700 dans le monde). La multinationale conserve 24 filiales dans les paradis fiscaux et juridiques. Elle a, elle aussi, Ă©tĂ© gĂ©nĂ©reuse avec ses actionnaires qui ont reçu 4 milliards de dividendes.

Total et Sanofi sont deux exemples significatifs, mais la majoritĂ© des entreprises du CAC 40 a bĂ©nĂ©ficiĂ© des mĂȘmes largesses.




Source: Oclibertaire.lautre.net