Présenté comme «  le deal du siècle  » par Donald Trump, le «  plan de paix et de prospérité  » dévoilé le 28 janvier au côté du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou est censé solutionner définitivement le conflit israélo-palestinien, sans aucune participation palestinienne et en les réduisant à presque rien.

Le «  plan de paix  » présenté par Donald Trump entérine en réalité l’annexion de toutes les colonies israéliennes de Cisjordanie, de la vallée du Jourdain et le dépouillement de Jérusalem déclarée capitale indivisible de l’État d’Israël. Une fois encore, ce sont leurs terres, leurs maigres ressources et leurs lieux symboliques qui sont arrachés aux Palestiniennes et Palestiniens. En contrepartie  ? Une nouvelle promesse d’un État d’ici quatre ans, des territoires israéliens cédés aux Palestiniens situés en plein désert du Negev et une capitale palestinienne située à Abou Dis, quartier morne et enclavé localisé à trois kilomètres de Jérusalem, séparé par le mur de l’apartheid. Cet hypothétique État palestinien ne maîtriseraît ni ses frontières terrestres ni ses frontières maritimes ni son espace aérien et seuls des tunnels et des ponts lui assureraient une «  continuité  » géographique. Le plan prévoit également le versement de 50 milliards de dollars aux Palestiniennes et Palestiniens si la Palestine reconnait le caractère juif de l’État d’Israël, qu’elle renonce au droit au retour des réfugié·es, supprime le versement de pensions aux familles de prisonnières et prisonniers et désarme le Hamas qui contrôle actuellement la bande de Gaza. Toutes ces propositions violent l’ensemble des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, de la fameuse résolution 242 (1967) à la non moins fameuse résolution 2334 (2016).

En finir avec la cause palestinienne

Derrière ces propositions de l’administration Trump se cachent notamment des objectifs électoralistes. Le premier est de soutenir les promesses électorales de son ami Netanyahou, empêtré dans de nombreuses affaires judiciaires et devancé par Benny Gantz aux élections législatives de septembre 2019. Le second est de se «  débarrasser  » de 260 000 Arabes israéliens vivants dans une des zones qui serait cédée au futur État palestinien. L’ambition, là encore, est électorale car la liste unifiée de gauche, très prisée par la communauté arabe d’Israël était arrivée en troisième position lors de ces mêmes élections et avait soutenue le rival de Netanyahou au second tour.

Ce plan entérine surtout une réalité, celle d’un apartheid bien réel au Proche-Orient qui rappelle de plus en plus celui de l’Afrique du Sud et de ses «  bantoustans  ». Ces zones enclavées et surveillées devaient régler les problèmes politiques, sociaux et démographiques du pays en maintenant dans un territoire unique toute la population noire ne bénéficiant pas des mêmes droits civiques et humains que la population blanche. Ce projet largement condamner dans le monde, avait provoqué le boycott du régime sud-africain.

Si la Ligue arabe, d’abord hésitante, a finalement rejeté le plan Trump-Netanyahou, les monarchies du Golfe, Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Bahrein, Oman, ont entamé un processus de normalisation de leurs relations avec Israël qui va de pair avec la reddition des Palestiniens. Le pouvoir saoudien, particulièrement, a une stratégie, avec ses relais médiatiques et intellectuels, pour délégitimer la cause palestinienne et ainsi préparer l’opinion publique arabe à un revirement complet mettant fin à la solidarité traditionnelle, même de façade, avec ses revendications.
Quant à l’Union européenne, elle l’a timidement et partiellement rejeté mais la France s’est distinguée par la voix de Jean-Yves Le Drian en saluant «  les efforts du président Trump  » qu’elle étudiera «  avec attention  ».

La France salue les «  efforts  » du président Trump

Enfin du côté palestinien, Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, a annoncé la rupture des relations avec Israël et les États-Unis. Effet d’annonce visant à «  sauver la face  » d’un gouvernement critiqué et considéré comme illégitime par une grande partie de la population palestinienne mais impossible à mettre réellement en œuvre, vu la situation politique des Territoires occupés.
Dans ce contexte dramatique pour les Palestiniennes et Palestiniens, la solidarité internationale des sociétés civiles et des mouvements sociaux est cruciale.

Basile (UCL 93 centre)


Article publié le 24 Mar 2020 sur Unioncommunistelibertaire.org