Mars 3, 2019
Par Lundi matin
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Reposons-nous en silence

Entre les interstices meurtris

De cette routine meurtrière

Car pour nous demain étant un autre hier

L’avenir n’existe que dans la rupture.

L’eau froide dans une baignoire

Le plafond se craquèle

Ils méprisent notre présent

Nous détruirons leur avenir.

Outrage et rébellion.

***

J’ai les pieds qui nagent dans les chaussures de sécurité

La clope fumée sur le parking

Des casiers sans cadenas

Equipe de nuit

Equipe de jour

Outrage et rébellion.

***

Au service de l’attente

Ils attendent mon service

Ils rongent avec les yeux

Les clients

Ils attendent un besoin

Ils ont besoin de mon attente

Ils aiment avec les ongles

Les clients

J’attends l’heure de sortie

J’attends l’heure de sortie

Ils s’impatientent avec les dents

Les clients.

Outrage et rébellion.

***

On supporte les grandes souffrances

On supporte les petites blessures

On supporte tout un vécu

Et même les simples violences

On supporte la pluie derrière la vitre

On supporte la suie comme dernier arbitre

On supporte le bruit de l’aspirateur

Et même les ordres des employeurs

On supporte les mauvaises chansons

On supporte les parfums trop forts

On supporte la lumière de la lune

Et celle du soleil

On supporte les chaussures trop petites

On supporte la tête sur les épaules

On supporte les tortures au tarif

Et de perdre le fil de l’époque

On supporte l’attente et l’ennui

On supporte la guerre pour la paix

On supporte l’argent et l’agent

Et même l’injonction au pacifisme

On supporte la République et l’Etat

On supporte la rue et ses poussières

On supporte les boulots sous écrous

Et même l’avenir d’une carrière

On supporte mensonges et gouvernements

On supporte petits chefs et contremaitres

On supporte les semonces de ses parents

Et même la vérité la plus vraie

On supporte la vie sans aspérités

On supporte la mouche dans le potage

On supporte l’autre sans altérité

Et même une prise d’otage

On supporte être femme ou être homme

On supporte être amoureux ou seul

On supporte être jeune être vieux

On supporte leur Singe et leur Dieu

On supporte la pluie derrière la vitre

On supporte la pluie derrière la vitre

On supporte la pluie derrière la vitre

On ne supporte juste pas

Le fait

De supporter.

Outrage et rébellion.

***

La vitre est sale

Le soleil à peine s’y bloque

Etale des insomnies

Jalousie d’époque

A celle qui dort le moins

A celui qui bois le plus

A celle qui chante bien

Réciproquement

Inversement nananana

On connaît le registre

Saleté de journée de merde

Il fait jour et je suis bloqué

La gueule trop pâteuse

Apathique

Apathie, empathie

Réciproquement

Inversement nananana

Une bière dans le chomâge

Une bouée à l’eau

Boum

Elle perce

Macron supprime l’impôt sur la fortune

Et les travailleurs aidés

Guerre sociale

A celui qui gueulera le plus fort

Qui criera le plus loin

Et inversement Réciproquement nananana

J’en ai marre la vitre est sale

Et le soleil à peine s’y bloque

Bloqué

Outrage et rébellion.

***

« Bon allez, moi, je vais faire un petit tour »

Je promène mon costume trop large

Entre les rayons de lait, d’œufs et de ketchup

Une illusion

Il n’est pas taillé pour les patrouilles, ce costume,

Trop large

Et je suis un patrouilleur.

Flic contre moi-même

Entre les tomates et les clients

Vigile des supermarchés

Vigie bon marché, qui coule,

Dans un monde qui fond

Entre l’huile et la viande

Intérim de la banquise

Je glisse sur les clients.

Voleur de chaque instant

Parce qu’inutile mais bien là

Donc je vole des bribes de récit

En glissant sur les clients

Entre la farine et les cosmétiques

J’accuse ceux de mon espèce

Ceux des costumes trop larges

Mal taillés

Qui flottent entre les spots et l’alcool

Ceux des costumes trop larges

Qui deviennent écume et vapeur

Au lieu de prendre forme ;

Je glisse sur les clients

Qui eux glissent usés et abimés

Entre les rayons et les caisses

Outrage et rébellion.

***

Partir

Pour défaire ce qui nous a fait

C’est l’apanage de ceux qui sont déjà quelque chose.

Nous, ombres titubantes,

D’ici et de là mais pourtant bien d’ici

Même le bistrot du coin

Refuse notre prénom.

On essaie d’exister

Par la force de nos pieds

Par la force de nos choix

Mais la nuit est bien trop froide

Et le soleil le jour prend toute la place

Gelé avant d’être

Humain avant astre

Nous collons

Nous collons

Comme une table de bière

Où s’est répandu la cendre

Et des rires trop lourds

Nous collons trop

Nous collons trop

Et les mouches ne parlent pas

Elles zigzaguent

Outrage et rébellion

***

Un peu aigrie

D’avoir tant douté

J’écris un peu

Sans tout écourter.

Le bruit des trains

Ou celui des voitures

L’étreinte d’une cuite

Aux soirs de rupture.

Bref, le putain de boucan

Cambouis ordinaire des jours

Qui s’enfilent en goutte-à-goutte

Chapelet de chapelure en croûte

J’ai longtemps douté

D’un potentiel espoir

Qui longuement s’éclipse

Pour alourdir l’essentiel :

Pas de doute possible

C’est une vie de chien

Parce que le bruit y est permanent

Une société marchande.

Outrage et rébellion.

***

Un réveil décalé

Chaque idée vient en retard

Marcher avec deux chaussures attachées

Lacets tacites autour des chevilles

Gestes entravés

Car les gens sont des menottes.

Encore une journée si belle

Souffretante qu’un souffle balaie

Dès que le camion poubelle emporte les soirées en bouteilles

Dès qu’une grève s’arrête

Dès qu’un con dit quelque chose

Réaction décalée

Éclipse permanente

Des humeurs enchâssés

Un châssis trop près du sol

Que chaque dos d’âne arrache,

Embûches quotidiennes

Du dentifrice pâteux et dégeulasse

À la pâte à tarte périmée

Qu’on mange tout de même parce qu’on a faim.

Une journée décalée

On baisse la tête pour éviter la matraque

Alors qu’on se douche chez soi…

On répond oui alors qu’on pense non…

On se justifie sans personne pour attaquer…

Les autres sont des menottes

Les autres sont des flingues braqués sur nos tempes

Le temps qu’on s’y habitue

On est déjà mort

Comme le temps de comprendre un poème violent

Un cercueil décalé

Parce que beaucoup rêvent d’une tombe en marbre

Mais elles sont beaucoup trop chères.

Outrage et rébellion.

***

Toujours peur d’être pris en photo

Par le portable de quelqu’un

En face

Sourire sur ma face débile

Bile ridicule

Dans ma gorge

J’ai pas la bonne tête

J’ai pas de belles fringues

Moche

Des boutons

Arrêtez de me regarder.

Outrage et rébellion.

***

Ça sent la fumée

Dès qu’on ouvre la fenêtre

Du bitume ancien

Sous du béton neuf

Des graviers accrochés aux pupilles

Qui nous piquent

Jusqu’à l’oreiller.

Dormir

Pour quoi faire ?

Si demain est brutal

Si le rêve est éventré

Pourquoi dormir ?

Alerte à la pub

Étalée, crue,

Étalée sur notre plus bel espoir

Bon

À quoi ça sert

De se faire pousser les ongles

Pour être belle

Si demain est sécateur ?

Outrage et rébellion

***

C’est mon premier jour et je pisse blanc

Comme avant de jouer une coupe du monde

Au vestiaire

Les urinoirs sont bouchés

Mais pas question de les nettoyer

Je ne toucherai pas à la peur distillée des autres.

Dire qu’hier je tenais la rue

Face à la police :

Parmi les émeutiers,

Combien sont rentrés en transpalette ?

Outrage et rébellion.

***

Une nouvelle semaine commence

Ou serait-ce déjà un nouveau mois ?

Simplement une heure de plus ?

Il paraît que la répétition signe la récidive :

Je suis coupable

Une nouvelle fois

Nous sommes coupables

Des récidivistes multiples

Des éclipses d’ennui qui solticent vos étalages

Entre équipe de nuit et équipe de midi

Des saisons infertiles aux secondes infinies

Intérimaire épineux

Hérissons des grandes surfaces

Comme eux

Nous mastiquons brutalement nos viandes les gencives au sol

Une fois que la lumière a déserté vos journées.

Outrage et rébellion.

***

Le son des sirènes imprimé dans le crâne

J’écoute la chute de mon automne

Tombé en cendres du ciel enfumé

Des bouts de barricades qui se consument

La rage ronge les mains

De tous ces gens qui pourrissent

Comme des pommes oubliées au pied des arbres

Les pierres volent et dérapent

Les voitures brûlent ou détalent

Débris de verre

L’hiver s’annonce chaud

Tant mieux

Outrage et rébellion.

***

Un poème à létalité réduite

Incapable parce qu’incapacitant

Les deux mains derrière la tête

A genou sur le sol meuble de l’époque

Où nos brosses à dent numériques surveillent notre salive

Sensations de brûlures au niveau des glandes lacrymales et des voies respiratoires

Pronostique impatient

Comparution immédiate

Pour nous faire dire
- La violence sociale est un mythe.

Les blindés sortent du brouillard

Le pacte est rompu

Pourquoi personne ne se soulève plus souvent ?

Présent de dernière instance

L’avenir à létalité augmentée

Fourrière de l’imprévu

Des projectiles dotés d’une énergie importante

Poème sublétal

Inaperçu

Avant que le sang ne se répande

Partout sur tes tempes.

Outrage et rébellion.

Winca




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