Mars 8, 2022
Par Partage Noir
338 visites
K√ītoku Sh√Ľsui.

Osugi Sakae est n√© en 1885 dans une famille de militaires en poste en divers endroits de la province japonaise. Enfant tr√®s sensible et turbulent, il est expuls√© √† l‚Äô√Ęge de 16 ans d‚Äôune √©cole des cadets de l‚Äôarm√©e de terre √† la suite d‚Äôune bagarre. Venu faire des √©tudes √† Tokyo, il s‚Äôint√©resse provisoirement au christianisme puis, √† l‚Äô√Ęge de 18 ans, entre en contact avec la Soci√©t√© populaire (Heimin-sha), le berceau du socialisme au Japon, et avec K√ītoku Sh√Ľsui (1871-1911), l‚Äôun de ses grands animateurs qui √©tait en train d‚Äô√©voluer vers l‚Äôanarchisme. Quand K√ītoku et onze autres personnes, injustement accus√©s de complot contre l‚Äôempereur, sont ex√©cut√©s en 1911, Osugi √©chappe √† la mort car il √©tait √† ce moment-l√† en prison √† la suite d‚Äôune manifestation. Il participe ensuite au lancement de plusieurs revues socialistes, prol√©tariennes et artistiques, o√Ļ il pr√īne l‚Äôanarchisme. D√©fenseur de l‚Äôamour libre et mari√©, il vit une liaison avec deux autres femmes, dont l‚Äôune le blesse d‚Äôun coup de poignard en 1915. Apr√®s son divorce, il vit avec It√ī Noe (1885-1923), militante anarchiste et l‚Äôune des pionni√®res du f√©minisme au Japon, dont il aura trois enfants.

Install√© √† partir de 1918 dans un quartier ouvrier de Tokyo, Osugi Sakae propage l‚Äôanarcho-syndicalisme. Z√©lateur du ¬ę moi ¬Ľ, il se distingue n√©anmoins des stirn√©riens japonais, avec lesquels il pol√©mique, pour d√©fendre un engagement r√©solument social. Il prend l‚Äôinitiative de fonder en 1920 une F√©d√©ration socialiste du Japon qui regroupe toutes les tendances socialistes mais qui implose rapidement √† cause des dissensions. La m√™me ann√©e, il se rend clandestinement au congr√®s des socialistes d‚ÄôExtr√™me-Orient organis√© par le Komintern pour s‚Äôinformer plus directement sur la r√©volution russe. Il en revient d√©sillusionn√© et entame une pol√©mique avec les bolcheviques qui va marquer le mouvement ouvrier au Japon. En 1923, il voyage clandestinement √† Shanghai et en France pour assister au Congr√®s international des anarchistes de Berlin qui n‚Äôa finalement pas lieu. A cette occasion, il se renseigne sur le mouvement makhnoviste qu‚Äôil pr√©sentera au Japon. Arr√™t√© apr√®s la manifestation du 1er mai 1923 √† Saint-Denis, il est expuls√© de France.

Vue panoramique de Nihonbashi et Kanda le 15 septembre 1923.

Apr√®s le grand s√©isme du 1er septembre 1923 qui est suivi de troubles sociaux, la police en profite pour accentuer la r√©pression contre les communistes et les anarchistes. Osugi Sakae, It√ī Noe et leur neveu de 4 ans, Tachibana S√īichi [*], sont arr√™t√©s le 16 septembre, conduits au quartier g√©n√©ral de la police militaire et assassin√©s le jour m√™me.

It√ī Noe.

Apr√®s la mort d‚ÄôOsugi et d‚ÄôIt√ī, le mouvement anarchiste garde encore son influence au sein du mouvement ouvrier mais le durcissement du r√©gime, l‚Äôemprise des bolcheviks et les querelles internes qui divisent les anarchistes sur la question syndicale conduisent √† sa marginalisation.

Osugi témoigna d’une grande curiosité intellectuelle. Au cours de ses multiples séjours en prison, soit un peu plus de trois ans au total, il lut beaucoup, se passionna pour les sciences naturelles, la littérature et les langues, notamment l’anglais, le français et l’espéranto dont il fut l’un des pionniers au Japon. Il traduisit les classiques de l’anarchisme (Bakounine, Kropotkine, Emma Goldman, Alexandre Bergman), ainsi que d’autres auteurs (Rousseau, Sorel, Bergson, Romain Rolland). Par son tempérament, sa passion, sa combinaison de la réflexion et de l’action, de l’écriture et de l’organisation, par sa recherche de l’unité mais sans abdication, Osugi est une figure marquante de l’anarchisme et du socialisme au Japon. A cause de son aventure amoureuse et de sa fin tragique, son nom est encore connu de la plupart des Japonais et depuis peu redécouvert dans sa dimension anarchiste.




Source: Partage-noir.fr