Juin 29, 2019
Par CQFD
223 visites

D.R. {JPEG}

Le 17 aoĂ»t 1945, Animal Farm (La Ferme des animaux) de George Orwell, paraissait chez Secker & Warburg, aprĂšs 18 mois de contretemps et de difficultĂ©s. Cette violente critique du stalinisme avait Ă©tĂ© refusĂ©e par plusieurs Ă©diteurs, alors que la Grande-Bretagne Ă©tait alliĂ©e Ă  l’URSS. En 1947, Orwell Ă©crivit une prĂ©face pour l’édition ukrainienne de son livre dans laquelle il rĂ©sumait explicitement ses intentions : « Rien n’a plus contribuĂ© Ă  corrompre l’idĂ©al socialiste initial que de croire que l’Union soviĂ©tique Ă©tait un pays socialiste. Â» Il poursuivait : « Je suis convaincu qu’il est indispensable de dĂ©truire le mythe soviĂ©tique si nous voulons assister Ă  la renaissance du mouvement socialiste  [1]. Â» Difficile de faire plus clair et moins circonstanciel !

AprĂšs la mort d’Orwell en 1950, la « guerre froide Â» changea la donne. Lu Ă  travers les ƓillĂšres de la propagande, La Ferme des animaux intĂ©ressait dĂ©sormais les services amĂ©ricains et britanniques dans leur croisade contre l’URSS. Ils allaient obtenir de la veuve de l’écrivain les droits pour l’adapter en dessin animĂ© et en bande dessinĂ©e – les AmĂ©ricains s’occupant du premier, les Britanniques de la seconde.

C’est cette bande dessinĂ©e en crĂ©ole mauricien et sa traduction en français qui est aujourd’hui proposĂ©e, accompagnĂ©e d’une mise au point historique de Patrick Marcolini, qui Ă©claire non seulement sur les intentions d’Orwell et les alĂ©as du roman durant la guerre froide, mais aussi sur les circonstances de sa rĂ©Ă©dition au dĂ©but des annĂ©es 1970.

Cette bande dessinĂ©e, fidĂšle au roman, pose, au-delĂ  de ces pĂ©ripĂ©ties Ă©ditoriales, le problĂšme essentiel de notre rapport Ă  la vĂ©ritĂ© – une idĂ©e essentielle malmenĂ©e sous les coups des États, des grandes entreprises et de tous les fabricants d’opinion Ă  leur service. Dans ce cas, la question est : l’Union soviĂ©tique Ă©tait-elle un rĂ©gime socialiste ? Et question subsidiaire : un rĂ©gime qui opprime les classes populaires et persĂ©cute les rĂ©volutionnaires peut-il l’ĂȘtre ? Au contraire, c’est la question oiseuse « Ă€ qui profite la critique de l’URSS ? Â» qui a dominĂ© durant des dĂ©cennies, maniĂ©e ad nauseam par les staliniens et les bien-pensants. Ainsi, au nom de la lutte lĂ©gitime contre le fascisme, ces derniers disaient : les fascistes critiquent l’URSS, donc toute critique de l’URSS est fasciste ; les nazis dĂ©noncent le « judĂ©o-bolchevisme Â», donc le bolchevisme est le nec plus ultra de la politique rĂ©volutionnaire. Finalement, ce mode de pensĂ©e binaire oubliait que, bien souvent, on ne combat pas sur un seul front un seul ennemi, mais au moins deux, voire plus.

On laissera le lecteur en tirer les consĂ©quences qui s’imposent sur bien d’autres sujets oĂč l’aveuglement de la « gauche Â» n’a eu d’égal que sa mauvaise foi
 Et s’il y a des leçons Ă  retenir d’Orwell, c’est bien que seule la vĂ©ritĂ© est rĂ©volutionnaire et qu’« une dictature bienveillante, ça n’existe pas Â».

Charles Jacquier
George Orwell, La Ferme des animaux, L’échappĂ©e, 2016.



Source: Cqfd-journal.org