Les représentants du personnel restent unanimes dans leur rejet du plan de reprise présenté par leur actuel PDG.

La CGT et la CFDT de la société Orchestra-Prémaman ont monté d’un cran dans leur mobilisation cette semaine, en appelant les personnels à la grève, jusqu’à ce vendredi 19 juin. C’est à cette date que le Tribunal de Commerce de Montpellier rendra son délibéré quant à la cession de la société, placée sous sauvegarde judiciaire depuis septembre 2019.

Cette entreprise de distribution de vêtements pour enfants et puériculture, dont le siège est à Saint-Aunès, a longtemps fait figure de success-story du patronat montpelliérain. Elle a été jusqu’à employer près de quatre mille salariés dans ses dépôts et cinq cents magasins, dont trois cents dans l’Hexagone. Or son passif aujourd’hui accumulé est de six cent cinquante millions d’euros. Les premières alertes remontent bien avant le mouvement des gilets jaunes, sans parler du coronavirus, aujourd’hui avancés pour justifier cette déconfiture.

Deux projets de reprises ont été présentés. L’un émane du groupe saoudien Al Othaïm, opérant dans la distribution, et déjà contributeur (très minoritaire) au sein d’Orchestra. Les délégués syndicaux en vantent la solidité : « C’est un plan qui protège nettement plus d’emploi, et les montants des investissements sont déjà là, sur la table ». Ils relèvent aussi que « la présentation qui nous en a été faite était porteuse d’un véritable projet d’entreprise, dans toute sa globalité, y compris touchant aux aspects humains ». C’est donc ce plan que le Comité social d’entreprise soutient à l’unanimité de ses treize représentants élus par les personnels, sous les étiquettes syndicales de la CGT et de la CFDT.

En revanche, toute confiance est rompue, à leurs yeux, avec l’autre candidat repreneur, qui n’est autre que leur PDG Pierre Mestre, qui a conduit à la déconfiture. Ses méthodes managériales ont déjà été vivement contestées, en d’autres occasions. « Il nous présente un projet qui sauvegarde moins d’emplois, en misant sur des améliorations de conjonctures aléatoires, et en annonçant des jeux de crédits hypothétiques comme garanties financières. Il serait capable de trouver aujourd’hui tous les moyens qu’il n’a pas pu réunir voici quelques semaines pour une simple continuation d’activité. Quand il nous présente son projet, il ne parle que chiffres – auxquels on ne peut pas croire – sans rien qui nous mobilise sur un vrai cap, un engagement collectif ».

En fait, il est stupéfiant qu’un dirigeant d’entreprise se porte candidat à la cession de celle-ci – ce qui signifie que ses dettes se verront effacées par la même occasion. C’est tout bénef. La loi encadre sévèrement pareille hypothèse. Oui mais une dérogation est survenue dans le cadre de la crise du covid-19. Cette option est exceptionnellement permise, mais seulement si elle garantit la sauvegarde de l’emploi, mis à mal du fait de la crise sanitaire. Sans quoi, n’importe quel patron sauterait sur pareille occasion. Or, pour Orchestra, dont la crise anticipait largement le covid, la sauvegarde de l’emploi est mieux assurée par l’offre concurrente, du groupe Al-Othaïm.

Il n’empêche. Selon les représentants du personnel, le Tribunal de Commerce, dans la conduite de ses audiences, inspirées par les conclusions des administrateurs judiciaires, parait pencher de manière systématique et unilatérale en faveur du directeur en faillite. L’avocat qui défend le personnel est allé jusqu’à dénoncer « un scandale judiciaire », ou encore « une mascarade en vue d’habiller une décision prise d’avance et arrêtée en petit comité au mépris de la loi ». Cela en évoquant, y compris, « la commission délibérée de fautes graves » dans la conduite du dossier, « au service des intérêts personnels » de Pierre Mestre. Des requêtes auprès du procureur, plaintes au pénal, pourvois en appel, ont été déposés ou annoncés dans ce sens par cet avocat.

Le ton s’est gravement envenimé en début de semaine, lorsque des manifestants sont venus du nord de la France, et de l’étranger, jusqu’à Saint-Aunès, pour soutenir le projet du PDG sortant. A ce propos aussi, de graves accusations sont portées, avec mails compromettants à l’appui, qui paraissent démontrer qu’on a puisé dans les avoirs de l’entreprise pour payer ces déplacements en nombre : un candidat à la reprise se permettrait de puiser dans les ressources financières de l’entreprise convoitée, pour alimenter sa propre campagne personnelle. Et les administrateurs judiciaires, le Tribunal de Commerce, accepteraient que les consultations se déroulent dans pareil contexte « empêchant toute équité dans la défense équilibrée des deux propositions en présence », sans rien trouver à redire. Quel que soit le délibéré rendu ce vendredi en début d’après-midi, il semble bien que d’autres péripéties, y compris judiciaires, doivent suivre.


Article publié le 18 Juin 2020 sur Lepoing.net