La résilience est un mot qui fait le buzz depuis déjà quelques années. Introduit dans diverses disciplines, on entend Boris Cyrulnik en parler concernant la psychologie humaine mais aussi beaucoup d’institutions internationales quand il s’agit de faire face aux chocs climatiques, par exemple.

Alors la résilience, c’est quoi ?
On peut comprendre – assez simplement – par là qu’il s’agit de la capacité d’un système, d’une fonction ou d’un être humain à se remettre d’un choc. Ce choc, ça peut être une sècheresse, une rupture amoureuse ou …une pandémie.
Les scientifiques s’entendent à dire que pour les systèmes socio-écologiques (comme la planète terre), la résilience n’est pas seulement le retour à l’avant-choc ou à la “normale” comme certains aiment à le penser – mais aussi la transformation de ce système à des fins plus durables, soutenables et égalitaires [note] . Il est alors impératif de comprendre que ce choc peut alors devenir alors une opportunité pour réinventer ce système.

Un concept utilisé à tort et à travers cette dernière décennie !
Quand Macron donne à son opération de lutte contre le virus COVID-19 le nom “opération résilience”, on est bien conscient qu’il n’a sûrement pas pour objectif la transformation du système mais bien son retour à la “normalité”- une normalité néolibérale, court-termiste et inégalitaire dans lequel il se complaît parfaitement. Une normalité qui ne prend pas en compte les réels enjeux humains et environnementaux soulevés par ce choc. Ou quand avant ça la Banque d’Angleterre appelait « Opération résilience » la capacité des entreprises et du système financier d’absorber, de s’adapter aux chocs plutôt que d’y contribuer. On comprend aussi très vite que la volonté est vraiment de ne pas réinventer ce système économique mais de le maintenir coute que coute.
Alors quand John P. Clarke affirme dans son livre [note]  Between Earth and Empire affirme qu’il est contre la résilience. On comprend qu’il était surtout contre cette résilience d’un système économique si robuste et si adaptable qu’après 2008 il n’a pas réellement subi de transformation fondamentale. Dans ce même livre l’auteur plaide alors pour que « qu’une régénération sociale et écologique à grande échelle s’enracine dans des communautés de libération et de solidarité, en favorisant la transformation personnelle et collective afin qu’une culture de l’éveil et de l’attention puisse émerger. »

Alors est-ce que la résilience est un concept normatif ?
Revenir à l’état « normale » de l’avant choc est clairement compromis mais surtout une absurdité. Il n’est plus question que l’appropriation de ce concept se face à des fins capitalistes ou militaires. Soyons résilients en incluant la dimension temporelle et durable. Soyons résilients en comprenant que se remettre d’une chose biologique c’est aussi se remettre du désastre social et économique qui nous a menés là.
Et si nous faisons en sorte que cette opération résilience déclenche la – plus qu’attendue – transformation de notre système (socio écologique). Une transformation radicale et inclusive.
Kenza


Article publié le 29 Mar 2020 sur Monde-libertaire.fr