Juillet 1, 2021
Par CQFD
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Illustration d'Etienne Savoye

1.

« On peut plus rien dire. C’est quand mĂȘme fou de vivre dans une sociĂ©tĂ© si frileuse, si liberticide. Â»

L’homme qui parle a le visage crispĂ© par la haine et un regard dĂ©plaisant, chargĂ© de vase. Face Ă  lui, une prĂ©sentatrice faussement rĂ©probatrice.

— Â« Vous avez quand mĂȘme la parole ici, non ? Â»

— Â« Oui mais ces espaces d’expression se rĂ©duisent. Rendez-vous compte : on ne peut mĂȘme plus dire que les enfants de migrants sont tous des violeurs en puissance – un fait avĂ©rĂ© – sans susciter des dĂ©bats Ă  n’en plus finir. Â»

— Â« Je vous laisse la responsabilitĂ© de vos paroles, Monsieur. Â»
Clap de fin.

En rĂ©gie, les programmateurs se frottent les mains : ça sent le gros coup mĂ©diatique.

2.

« On peut plus rien dire. Je le dis et le rĂ©pĂšte : cette Ă©poque est l’avĂšnement du politiquement correct dans toute sa triste splendeur. Â»

Le petit homme est cette fois-ci l’invitĂ© du journal tĂ©lĂ©visĂ© le plus regardĂ© de France. MĂȘme discours sur les migrants et les « idiots utiles de l’islamisme rampant Â». Sous ses airs consternĂ©s, il jubile tant et plus, affĂ»te ses effets. Le prĂ©sentateur qui le relance a beau afficher une mine farouche, il ne le reprend ni sur les chiffres avancĂ©s ni sur l’idĂ©ologie qu’il porte. En fin d’entretien, le petit homme lĂąche une bombe :

« Vous savez, fut un temps oĂč les responsables politiques savaient comment traiter la racaille sĂ©paratiste : les camps. VoilĂ  la seule rĂ©ponse envisageable. Â»

Tollé dans les chaumiÚres.

Chiffres d’audience explosĂ©s.

3.

« On peut plus rien dire. OĂč sont les rĂ©sistants d’aujourd’hui ? OĂč sont les cohortes de Gaulois prĂȘts Ă  rĂ©pondre Ă  l’invasion que nous subissons ? Â»

Le petit homme bilieux est en campagne. Il a devant lui une salle acquise Ă  sa cause et une petite armĂ©e de journalistes prĂȘts Ă  relayer ses propos. Il martĂšle le pupitre de ses petits poings rageurs.

« Notre pensĂ©e est partout censurĂ©e, privĂ©e de tout relais. Savez-vous qu’ils veulent me traĂźner en justice pour avoir simplement relayĂ© une vĂ©ritĂ© avĂ©rĂ©e, Ă  savoir que les migrants sont responsables de la crise du Covid ? Quelle infamie ! Â»

Acclamations unanimes et gros titres des journaux le lendemain.

Dans la semaine, un sondage Ifop livre son verdict : 55 % des Français pensent que l’islam et/ou les migrants ont une responsabilitĂ© directe dans la persistante pandĂ©mie.

4.

« On peut plus rien dire. Depuis le dĂ©but de ma campagne, on m’a bĂąillonnĂ©, traĂźnĂ© dans la boue, humilitĂ©. Mais c’est fini tout ça : avec moi, la France va retrouver la libertĂ© d’expression. Â»

DĂ©bat de l’entre-deux-tours. Le petit homme a les yeux jaunes et la parole martiale. Face Ă  lui, un candidat de « l’establishment Â», comme il dit, mou et embarrassĂ©, qui peine Ă  faire entendre sa voix.

— Â« Mais vous faites la une de tous les journaux et de
 Â»

Le petit homme le coupe, postillonnant :

— Â«  Non, ce n’est pas vrai : le SystĂšme s’est liguĂ© contre moi. Tous les bien-pensants veulent me voir Ă  terre. Mais les vrais Français savent qu’on ne me fera pas taire. Je continuerai Ă  propager cette parole : migrants, bien-pensants et extrĂ©mistes de gauche sont la plaie de ce pays. Â»

Gros titres d’un journal de centre-gauche le lendemain : « Une autoroute vers la prĂ©sidence ? Â»

5.

« On ne peut plus rien dire ? Eh bien je ne vais pas me gĂȘner, dĂ©sormais. La France a parlĂ©. Â»

InstallĂ© derriĂšre le bureau prĂ©sidentiel, le petit homme fait son allocution d’intronisation. Il affiche un sourire Ă  la fois mauvais et triomphant. Le doigt pointĂ© sur la camĂ©ra, il annonce sa premiĂšre mesure :

« J’ai en ma possession un fichier recensant tous ceux qui ont voulu censurer ma parole. Et je l’annonce solennellement : cette chienlit devra rĂ©pondre de ses actes. Â»

Dans les coulisses, on s’affaire : il y a une rafle Ă  organiser.

6.

« On peut plus rien dire. Â»

En effet.




Source: Cqfd-journal.org