Mai 5, 2017
Par Rebellyon
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Samedi 29 avril, on avait confié le squat du Rafiot à un collectif qui nous avait vendu une soirée de performances autour du thème des minorités sexuelles, un concert de gospel avec du bondage, de la musique noise pour un groupe d’autiste, du son électronique pensé pour des spectacles de danses. Sur le papier c’était alléchant … en réalité c’était craignos … petit texte de mea culpa et de soutien avec l’équipe qui est venue saboter la soirée…

C’est contre ce genre de personnes et ce genre de rassemblements que nous luttons. Pour trouver des alternatives, inventer ensemble nos autonomies, loin de l’économie et de la culture. En tant que mode de contrôle perceptif et intellectuel, un concert de punk n’a jamais été culturel, c’est une machine de guerre. Ces luttes, ces tentatives, passent notamment par l’organisation de fêtes libres, gratuites et qui proposent une musique différente. Elles tentent d’instaurer des rapports entre les gens plus conformes à nos idéaux. Car, dans les squats, nous comprenons avec nos tripes que la vie entière est politique, et que notre radicalité de penser doit aussi englober notre manière de s’amuser. Faire la fête, ce n’est pas faire la révolution, mais on peut tenter ensemble d’organiser des fêtes révolutionnaires, des fêtes qui questionnent notre manière d’être au monde.

On a déconné.

200 hipster du Sucre, de la house digne du pire club d’Ibiza, de quoi payer avec des cartes de crédit, de la flotte prix libre. Craignos. Il faut dire qu’on s’est retrouvé devant le fait accompli. On avait confié le squat à un collectif qui nous avait vendu une soirée de performances autour du thème des minorités sexuelles, un concert de gospel avec du bondage, de la musique noise pour un groupe d’autiste, du son électronique pensé pour des spectacles de danses. Sur le papier c’était alléchant, surtout que la proposition est tombée juste après une discussion collective sur l’organisation de fêtes technos différentes, arrêter d’avoir l’impression d’être une boite de nuit alternative… Le projet qu’ils nous ont proposé semblait être une piste à explorer dans cette démarche. Nous avions bien vu qu’ils étaient chelou, le genre de personnes avec qui on a pas l’habitude de s’organiser, mais on a préféré ne pas juger sur l’apparence, et on s’est dit qu’en amenant des gens habitués aux structures légales à faire des choses en squat, on pouvait peut être faire passer du monde de l’autre bord, que ça pouvait éventuellement être l’occasion de quelques désertions…

Et ils nous ont bien arnaqué. Rien de ce qui avait été proposé n’a été tenu, aucun des gardes fous n’a été respecté. En fait de performance, un banal DJ mixait de la zik pourrie pour des mecs de la Presqu’île sous MDMA.

Mais il n’est pas question de jouer les victimes : « on savait pas, on a été pris au piège, rien n’est de notre faute ». On croirait entendre la république française… La vérité, c’est qu’on a salement déconné, on aurait du tout annuler le jour même, quand on a compris dans quel mode ils débarquaient, ambiance strass et pognon. Mais on s’est dit que le train était déjà en marche et trop tard pour l’arrêter. On a bien fait quelques aménagements, enlever les trucs trop dégueulasses, mais on aurait du être beaucoup plus durs, porter cette radicalité qu’on vit tout les jours et qui nous façonne.

Nous tenons à dire que nous sommes totalement en phase avec l’équipe qui est venue saboter la soirée.

Nous leurs apportons nos remerciements chaleureux ainsi qu’une certaine joie féroce. Cette bataille générale a été de loin la chose la plus vivante, la plus vrai que l’on ai vu de tout le Samedi. Vous êtes la chose la plus vivante qui est passée par le squat ce jour là. Cette soirée aura au moins prouvé l’irréconciliabilité de mondes qui se sont affrontés, les squats et les clubs. Que nous ne partageons pas le même langage ni le même rapport à la vie, et que cela ne peux se régler au bout du compte qu’à coup de poings dans la gueule. Tant pis pour ceux qui croient à la fraternité humaine, nous n’y croyons pas. Il n’y a pas une Humanité, il y a des formes de vies, qui augmentent en puissance dans leurs jeux stratégiques d’alliance et de friction. La guerre comme discipline vitale.

Et puis vous nous avez surtout permis de nous réveiller. De voir qu’il y avait d’autres choix que celui de subir cet événement juste parce qu’on avait donner notre accord une semaine avant, et de foutre tout le monde dehors.

Plus jamais ça.




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