Janvier 17, 2022
Par Lundi matin
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L’ambiance est aux jugements hâtifs, à l’inter-stigmatisation, à la réduction d’autrui à des stéréotypes abstraits, des étiquettes, des mots-valises qui nous font tous.tes bien baliser, on s’entre-juge, on s’entre-accuse, on s’invite plus trop à dîner. Notre exercice du pouvoir, notre puissance, nos capacités de réflexion, d’action, d’invention, de création, sont mises à mal, ou bien s’exercent dans des textos, dans des tensions, dans des secrets et des embrouilles.

Les médias orientent nos esprits dans tout ce que nous avons de mauvais, de moqueur, malsain, méchant, puant. La plupart des médias mainstream irriguent nos doutes, pensent à notre place, parlent en notre nom, dénoncent, assènent, salissent et tordent… alors on regarde et lit ailleurs, sauf qu’ailleurs on n’est peu nombreux.ses, et on est d’accord entre nous, ce qui souvent n’est pas bon signe. Et non seulement on se sent seul.es mais comme les lapins dans Alice, on court après l’information, après la réplique qui va bien, l’info kiff-cool à l’apéro, qui fera la dif’ dans un vocal. On cherche à s’dire qu’on a compris, qu’on est pas tous.tes deep en galère, que tout ce qui s’passe devant nos yeux n’est qu’une vaste continuation, qu’il n’y a rien de + à comprendre. On se met hors d’État nuisible, et en même temps on n’assume pas. On n’assume pas parce que le mensonge et l’arrogance et la fausseté est ce à quoi on nous biberonne. Et le mentir version gauchiste ça reste du mentir quand même. On a du mal aussi à se dire qu’on ne comprend pas. Notre style est passif agressif, et on en veut aux gens qu’on aime. Nos troubles psychiques nous handicapent et nous nourrissent.

Si le courage est contagieux, mensonge et lâcheté aussi. Tout s’achète aussi entre nous. Et la violence quand elle s’exerce inaugure un vilain circuit, il faut qu’elle s’exerce à nouveau, elle passe dans les corps et ressort, par un moyen ou par un autre, dans un style ou bien dans un autre, mais elle ressort. C’est quasiment inévitable. La clé pour enrayer le cycle ? Transformation, variation. Ouvrir les yeux, vider les vannes, admettre qu’on ne sait rien du tout, et s’éclater le cœur au sol. Arrêtez un peu de courir, de faire semblant.

Moi je me suis faite vaccinée, confiance aveugle est ma méthode. Je mange depuis qu’je suis gamine d’la bouffe hyperindustrielle, mon sang est couleur Monsanto, j’ai adoré les steaks Charal et les raviolis en boîte, dès que j’ai pu, pour paraître cool, j’ai fumé plein de cigarettes et que dès que ça s’est compliqué, j’me suis mise à sniffer des trucs, pour supporter le monde en soirée. Donc foutre des trucs dans mon corps pour paraître cool et rendre la vie soit supportable, je l’fais depuis quelques années déjà. Et j’ai grandi dans des familles où l’on n’se pose pas la question de la qualité d’c’que l’on ingère. Si c’est ingérable, on l’ingère. Cependant j’aperçois quand même à quel point c’est problématique, d’être à ce point conduit.e.s et pris.es, dans des tuyaux qui ne mènent qu’à une seule Science et n’adorent qu’une seule Mère Hygiène. Ces curieuses idoles font passer toutes sortes de choses, toutes sortes d’objets, comme des instruments de sagesse et des vaisseaux vers la Beauté, alors qu’iels sont situé.e.s, et pourraient parfois nous tuer. Aka le gobelet en plastique. Oui ça c’est vrai. La barbarie capitaliste occidentale s’est démarquée par d’inventives capacités à déguiser le dégueulasse en désirable. Cette barbarie s’est donc appelée Modernité. OK d’accord. Mais cela veut-il dire qu’on peut jeter dans le même sac les vaccins et les sacs plastiques, ça n’est pas sûr. Je sonne comme Frédérique Lordon ? Ou comme une meuf qui, contre la cup, utilise encore des tampax ? Eh bien tant pis.

Je dois avouer que le coup de maître des salopard.e.s au gouvernail c’est bien de faire croire aux vacciné.e.s qu’iels sont altruistes. Ça je dois dire c’est bien trouvé. Pouvoir déguiser ma flemme en altruisme, en égalité fraternelle et libérale, c’est pratique pour paraître mainstream. Mon vaccin m’aura même permis d’être invité.e le midi de Noël chez mon grand frère, c’est dire en quoi le passe vaccinal est d’ores et déjà appliqué, dans les familles, gratuitement, sur les bases du volontariat. Je sonne un petit peu ironique (genre ironique-la-police), mais ça n’est pas toujours voulu. J’aimerais être moins chargée de seum, j’aimerais pouvoir dire que j’comprends, que c’est l’angoisse, que c’est la peur, que c’est aussi l’hésitation, et tout ça on l’a en commun, en + c’est vrai, je l’pense à fond. Sauf qu’si les gens ne se vaccinent pas, c’est aussi pour plusieurs raisons.

Il y a clairement une ressemblance entre l’fait de pas s’vacciner, et de ne pas aller voter. Je pense aussi que ces ressemblances, parce qu’elles existent, sont dangereuses, et parfois aussi regrettables, qu’elles causent du tort. N’empêche que de n’pas s’vacciner, ça crée une sorte de « ça n’passe pas », c’est une sorte d’abstinence, une abstention. Or l’abstention en politique fait quand même d’autres scores, celle-là. Et le vote peut rester secret.

Mais la question qu’j’me suis posée – parce qu’honnêtement je n’connais pas trop ce monde là, le monde des plantes et des savoirs vernaculaires et millénaires, le monde des connaissances sorcières et des je-ne-délègue-pas (j’admire mais je ne connais pas) – c’est pourquoi les gens s’vaccinent pas ? C’est quoi les raisons, sentiments, états d’esprit, craintes, intuitions, qui font qu’on ne veut pas y aller ? C’est qui les gens que les journaux décrivent comme des marginaux, des marginales, qui font le choix d’une vie en marge et pas tellement d’une vie en marche, c’est quoi l’évolution de leur choix ? C’est quoi les scandales vaccinaux, les industries pharmaceutiques et Big Pharma ? C’est quoi tout ça ? On commence à se demander ça. Mais aux potes on leur demande pas. Car vu l’climat on aura l’air d’une collabo si on ask à ses potes pas vax, leurs raisons de ne pas y aller. Y’a plein de pavax qui s’foutent de la gueule des gens vax. Ça devient une espèce d’éthos. Et on en arrive au point qu’au sein de certains bords-milieux, si tu vas te faire vacciner, on te regardera aussi mal que si tu dis qu’tu vas voter. Ça pue l’échec le vaccin. Ça sent l’emploi, le pôle emploi. Ça sent l’mouton, le piège à con. Bref ça juge de tous les côtés. J’ai des amies qui cachent le fait qu’elles se vaccinent, parce que leurs groupes ne le font pas ; et des potes qui disent qu’ils l’ont fait pour qu’on les considère honnêtes. Et tout ça pour se faire bien voir. Moi mon corps est Covid-19, mon sang Pfyzer, et mon estomac Monoprix, or je sais bien que ça n’est pas ça qui définit quoi que ce soit. C’est pas les marchandises qu’on prend qui définissent ce que l’on est. C’est pas parce que : l’on se vaccine, ou bien que l’on n’se vaccine pas, qu’on est ou devient quoi que ce soit. Ça n’est pas un non-choix de merde, opéré pour pouvoir-faire ci, ou pouvoir être vu.e comme ça, qui définit quoi que ce soit. Ça n’veut pas dire que c’n’est pas grave, ou que ça n’a aucune importance, au fond j’crois qu’on devrait le faire, ce putain de vaccin de merde, qui pue la merde, et la grande collaboration, qui fera qu’mon âme ne sera plus pure, et que mon corps sera corrompu. Oui je pense qu’il faut qu’on le fasse, parce qu’on peut le faire, et parce qu’au bout du plateau, à l’autre bout du Monopoly de toute façon c’est soit la Paix, soit la Prison, et qu’entre deux mon choix est fait. Ça n’est pas être si con.ne que ça, que d’faire des choix parce qu’ils nous confortent dans c’qu’on est. C’est être humain.e.

Pourquoi les gens ne se vaccinent pas ? Qui sont ces gens « loin de l’emploi », « loin des systèmes », « mal informé.es » ? Quel est ce « choix d’une vie en marge » ? Ça veut dire quoi garder son corps, se tenir loin des normes standards et pharmacopornographiques comme disait un certain penseur transgenre et révolutionnaire dans la télé de la pub Gucci ? J’ai mal au crâne honnêtement, j’habite dans le film « Don’t look up », et des morceaux de baleine tranchée flottent à la fin (#spoiler) dans le ciel stratosphérisé. Honnêtement 2022 ça m’a déjà bien fatiguée.

J’ai vu des gens non vaccinés m’expliquer + de choses utiles à propos du Covid-19, de la santé, du fonctionnement de nos cellules et vis-à-vis des gestes barrière que la plupart des abruti.es qui posent au photo sur la pelouse ministérielle.

Les médecins, les infirmières, les assistantes, les auxiliaires, tous ces gens là sont épuisés. Pendant ce temps-là, moi l’artiste, en attendant mon RSA, et l’actualisation de mon putain de passe sanitaire, je me dis que j’ai de la chance de n’pas être prof ou bien caissière, je me dis que j’ai de la chance, d’être considérée comme une cadre, comme l’élite de la nation, comme une personne CPI+, profession intellectuelle, travailleuse interdépendante, indépendante, artiste-auteure intervenante. Je me dis que j’ai de la chance d’être dans la couche supérieure haute de la moyenne, la bourgeoisie embrigadée, et déclassée, la jeunesse islamogauchiste. Je me dis que j’ai de la chance, et je me vide, comme les villes. Ça fait deux ans que c’est le Covid, et enfin il coule dans mes veines. Voilà deux ans que nous sommes pris.es, dans cette Covid envie d’vomir, et enfin l’suc me vient en bouche. Omicron vient dans nos foyers, et il veut tout, même les pseudo-artistes médiocres, inessentiels et parasites, marginaux luxe, dont le prestige est si précaire. Omicron est venu me chercher, et Marcon, lui, viendra pour vous. Ça me rappelle Sleepy Hollow, et le cavalier sans sa tête, la sorcière blonde elle dit tout l’temps « il vient pour vous », et elle rigole. Et le cavalier sans tête, il nous rappelle Saint Denis, le saint qui tient sa propre tête, comme nous nos ipads/téléphones, dans le creux de sa main. Ça me fait penser au mot « maintenant », la main qui tient, et à l’insurrection qui vient. Ça me fait penser que notre sainte adresse, à toutes et tous, c’est Saint Déni. On habite tous.tes.x à Saint Déni, dans le grand ciel, on y reçoit tous nos courriels.

Pendant longtemps j’ai voulu croire que l’Bien et l’Mal étaient en fait de faux concepts. Et que le Faux, comme le Vrai, étaient tout aussi inutiles. Je m’disais concepts à la con pour justifier des trucs mauvais. Mais j’retombais sur le mauvais, et la morale bouclait ceinture. L’éthique, l’étiquette et l’éthos régissent maintenant mon quotidien, mais j’en suis là aussi revenu, sur une façon de distinguer assez simplette : soit c’est bon soit c’est dégueulasse, comme un vieux fruit, comme du lait, tu goûtes tu vois si c’est pourri. Pas besoin de mots, pas besoin d’école, tu goûtes, tu sens, tu le sentiras. Avec les gens, les gestes, les lieux, c’est tout pareil. Bon ou Mauvais. Cette méthode ne présente quasiment que des inconvénients, mais elle s’assume comme subjective.

Ce qui (comme le Covid-19, bien qu’je respecte sa stratégie) me sert la gorge, m’endolorit, emplit ma chair de douleurs, de contractions, vient envahir tous mes tissus avec des protéines piquantes qui me font du mal et m’annihilent, contre ça, j’lutte, je n’en veux pas, car c’est mauvais, ça m’rend mauvaise. Ça me fait mal, et ça fait qu’mon corps est pourri.

En ce qui concerne la vérité, ça peut être un sujet qui clive, même entre potes on n’est pas tout à fait d’accord, mais elle mérite d’être recherchée. Si on abandonne ce concept, on est perdu.es, et trop facilement maléables. Je n’ai pas de citation de Marx, ni même une pensée de Clopix (mon voisin qui crève la faim) à mettre en exergue de ce texte, ni même d’idée pour le conclure. En principe j’aime bien quand ça rime, sauf que là non je suis malade. Je voudrais bien dire deux trois choses, quelqchose de drôle, d’intelligent. Mais le Covid me rend bizarre, et pas super intelligente. J’ai mal au crâne et à ma peau, ma chair est crade, endolorie. Je suis un steak périmé. J’ai chaud au front et froid aux pieds. Je pense à tous les gens dehors qui n’ont nulle part où s’abriter et je sens que ça y’est, j’ai la nausée. Ce Covid donne symptômes chelous, en même temps ça faisait deux ans qu’on avait pas été malades, fallait bien qu’ça nous ré-arrive. Oh et puis merde, puisque j’hésite, je vais finir en pohésie.

Quand j’suis jalouse et que j’ai peur que tu me quittes

en préférant telle ou telle autre

crains-je alors un Grand Remplacement ?

Suis-je fa-show ?

paranoïaque ?

La circulation des idées,

va jusqu’à leur dissolution / mais aussi leur intégration

faut tout reprendre depuis le début, depuis le corps, le corps debout

Les sensations, les self-savoirs,

ne jamais prendre des idées pour prises ou acquises, comprises, connues

les idées non ne s’acquièrent pas

elles

se transmettent, vivent, poussent, fleurissent

elles HABITENT, circulent, se comprennent et puis s’oublient, elles se dissolvent

et se déforment, varient, volutent et évoluent, elles se refusent et elles infusent

// comme des virusvivent dans la rue
faut tout reprendre depuis l’début.




Source: Lundi.am