Juin 12, 2016
Par Indymedia Lille
301 visites


Au jardin des Olieux (Lille- Moulins), le 10 juin 2016
Nous, jeunes et soutiens du collectif des Olieux
à
Paul Heems Secrétaire général CGT des personnels du département du Nord

Objet : Devoir irrépressible de réponse

Monsieur,
Nous sommes nombreux au sein du collectif des Olieux, jeunes et soutiens, à avoir pris connaissance, non sans émoi, de la nature des propos détestables que vous utilisez pour décrire la situation de « PERSONNES » qui occupent un jardin municipal, à Lille, depuis maintenant presque une année. C’est-à-dire, que concrètement, ces jeunes sont à la rue depuis, un hiver, un printemps, un été, et sans doute malheureusement, pour encore un hiver prochain, sans une mobilisation plus importante de l’ensemble des bonnes volontés et des forces de progrès.
Si ces jeunes se sont retrouvés là, c’est avant tout par solidarité, et ensuite pour pouvoir s’organiser, rendre visible leur situation et faire-valoir leurs droits. Ce qui est la base de toutes les luttes politiques, que ce soient pour des droits civiques ou syndicaux. Et comme dans votre courrier en date du 30 mai 2016, à l’attention du préfet, vous vous présentez comme un délégué syndical, secrétaire général CGT des personnels du Département du Nord, nous nous demandions à quel genre de syndicalisme vous faites référence. Et quelle légitimité vous vous accordez, en vous adressant à l’autorité préfectorale, pour aborder hypocritement uniquement l’aspect sécuritaire. Cet aspect n’est d’ailleurs ni de votre attribution, ni de votre compétence, et n’est en aucun cas une explication de la réalité de la situation, prise dans sa globalité et sa complexité.
En effet, dans votre lettre, vous faites rapidement référence à des « incivilités » et des « violences » de jeunes qui arriveraient en « nombre » au Département. De quel côté est la violence ? Le rôle d’un syndicat est de lutter contre toutes les formes d’injustice. Arriver en nombre pour résoudre un problème est le minimum de l’organisation et de la lutte collective. Est-ce que pour l’ensemble des actions de blocage contre la loi travail -pour lesquelles nous sommes aussi solidaires-, vous diriez que ce sont des actes d’incivilité, de violence ou que des personnes « s’agglutinent dans les espaces publics » ? Non ! Vos propos sont simplement méprisants, humiliants et dégradants à l’égard tous ces jeunes. Mais aussi, blessants pour tous les soutiens qui donnent beaucoup de leur temps pour leur venir en aide.
Pour un bref rappel des faits : suite à une mobilisation spontanée de jeunes, en attente de réponse et qui n’en pouvaient plus des reports continuels de leur rendez-vous, certains d’entre eux ont décidé de réagir par l’occupation temporaire et dans le calme des locaux du service du Département, en charge de leur suivi administratif. À la demande d’une personne de ce service, la police est venue certes, mais elle n’a rien trouvé à reprocher aux jeunes, qui étaient alors dans leur droit de réclamer les choses qui leur sont dues et notamment un hébergement en foyer et un suivi socio-éducatif leur permettant une scolarisation rapide. Car bien que confirmés mineurs par le juge des enfants, ils dormaient encore sous des tentes, au parc, depuis plusieurs mois.
Même si vous essayez faussement de faire prévaloir le sens des responsabilités des uns et des autres, nous-mêmes, nous ne nions pas les tensions que ces situations provoquent, mais pour autant, nous ne sommes pas dupes. L’argument et l’utilisation du langage sécuritaire sont au centre de votre courrier, ce qui est curieux de la part d’un représentant syndical. Comment peut-on parler d’incivilités quand ces mêmes jeunes aspirent à rejoindre une citoyenneté qui leur est refusée ? Comment peut-on parler de violence de la part des ces jeunes ou d’insécurité, quand la première violence, la première insécurité, sont les situations de vulnérabilité et de précarité qu’ils subissent en vivant dans la rue, quand la véritable violence est la violence administrative qui traite les « étrangers » dans leur ensemble, comme des objets ou du bétail ? Vous entretenez une psychose sécuritaire et vous pointez des conséquences avant de parler des causes ou de vouloir participer à l’élaboration d’une solution juste et durable pour toutes et tous.
Aussi, aborder les problèmes des « jeunes mineurs isolés étrangers » ce n’est pas pointer du doigt le manque de moyen de la police. Si les agents territoriaux sont en situation de difficulté, c’est que les dispositifs censés aider les jeunes sont inefficaces et largement insuffisants, faute de moyens humains et matériels mis à la disposition du Département. Deux permanences de deux heures, deux fois par semaine, ce n’est pas assez pour recevoir l’ensemble de ces jeunes. La police n’est en rien une solution pour résoudre ce problème. Et pour vous décrire une réalité que vous semblez ignorer, nous vous rappelons que les personnes qui travaillent à l’accueil de ces jeunes mineurs isolés, lorsqu’elles sont sans solution, les orientent vers le parc, en leur procurant un plan du jardin des Olieux, ou en les « déposant » parfois directement sur les lieux.
Au point qu’un jeune, lors d’une AG du dimanche, a déclaré : « Il ne faut plus parler de « EMA = évaluation mise à l’abri » mais de « EMAP = évaluation mise au parc ! ». À moins que vous ne vouliez que la police intervienne en amont ? Directement sur le parc ?
Parler des intérêts des jeunes et des agents territoriaux sur un même plan, entretient la confusion et est hypocrite quand on propose une solution sécuritaire à une situation sanitaire, humanitaire et de justice sociale.
De fait, proposer une permanence à la préfecture est hors de propos et également illégal, la préfecture étant en charge légalement des personnes majeures. Ces jeunes ne sont pas des demandeurs d’asile. Et lorsque vous souhaitez des lieux de permanences hautement symboliques, concrètement à quels symboles faites-vous référence ? Êtes-vous passé au moins une fois au parc des Olieux avant d’écrire cette lettre ? Avez-vous pris connaissance de l’ensemble de la situation ? Nous vous invitons donc à passer au parc des Olieux pour que vous puissiez constater le degré hautement symbolique du désastre que subissent ces jeunes, et que vous semblez royalement ignorer. Défendre les intérêts des personnes vulnérables, quelles qu’elles soient, consiste, ni à pousser des cris d’horreur ou de scandale quand les différents services de l’État en charge de ces questions font défaut, ni à vous comporter comme un simple supplétif moral de ces mêmes intuitions défaillantes.
Pour conclure, si l’administration qualifie habituellement ces jeunes, de mineurs étrangers isolés, par notre implication au sein du collectif, nous, on ne les considère ni comme des étrangers, ni comme des personnes isolées. Nos valeurs de solidarité, d’humanité et de justice sont à l’exact opposé de celles que vous prétendez défendre.
Et pour tous les propos méprisants que vous proférez avec aise, nous ne vous trouvons aucune excuse, recevez donc en retour, humblement, tout notre mépris. Notre mépris n’a rien de personnel, car votre personne ne nous intéresse pas, et il n’est pas sentimental mais politique !

Le Collectif des Olieux





Source: