Photo Gwenola Ricordeau {JPEG}

« Ce qui se passera après les émeutes sera crucial pour déterminer si ce moment marque un tournant dans l’histoire de la contestation du maintien de l’ordre, ou s’il est simplement cathartique », explique l’abolitionniste Kristian Williams dans nos colonnes [p. 10]. Depuis le meurtre de George Floyd, homme noir tué le 25 mai par un policier blanc à Minneapolis, la société étatsunienne se trouve à un point de bascule historique. Soit elle conforte la pente fasciste du trumpisme, soit elle lui oppose l’abolition du système pénal [p. 6 & 7] afin d’en finir avec les violences policières racistes et l’incarcération de masse [lire ci-contre].

C’est hélas la seconde hypothèse qui paraît la plus irréaliste. Pourtant, jamais la question de refondre le modèle de sécurité publique ne s’est posée avec autant d’intensité. Alors qu’une première réforme de la police proposée par les démocrates est en passe d’être bloquée au Sénat, plusieurs institutions et municipalités ont d’ores et déjà commencé à suivre le mot d’ordre « Defund the police » (« Couper les vivres à la police ») et révisent à la baisse les budgets qu’elles attribuent aux forces de l’ordre.

C’est bien au cœur de la machine répressive que se mesurent les discriminations structurelles d’une nation qui s’est trop vite imaginée « post-raciale ». Jamais depuis l’assassinat de Martin Luther King, le débat sur le racisme n’a été aussi profond. Certes, bien des choses ont changé depuis le mouvement des droits civiques, mais l’intégration d’une élite noire n’a rien modifié aux profondes disparités sociales. Après les faux espoirs des mandats Obama, un sentiment de détérioration se ressent au sein de la population africaine-américaine, exacerbé par le racisme plus ou moins larvé de Trump. Économiquement, pénalement et sanitairement, elle est la plus touchée par les crises actuelles.

À la croisée des chemins, la solidarité manifestée par une jeunesse multiethnique à travers tout le pays redonne corps aux espoirs de changement d’un Fred Hampton [p. 8 & 9], Black Panther assassiné par la police en 1969, pour qui le combat en faveur de l’égalité raciale et la lutte des classes devaient être intimement liés. Right on !

L’équipe de CQFD

* « Off the pig » : slogan des Black Panthers qu’on pourrait traduire par « Puissions-nous écarter l’agent de police de notre chemin. »


La Une du n°189 de CQFD, illustrée par Jean Codo & Zam Zam {JPEG}

- Ce texte est l’introduction d’un dossier de 6 pages consacré aux violences policières et au racisme aux États-Unis. Il a été publié sur papier dans le numéro 189 de CQFD, en kiosque du 3 juillet au 3 septembre. Voir le sommaire du journal.

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Article publié le 04 Juil 2020 sur Cqfd-journal.org