En nous promenant lundi soir, entre l’université de Tolbiac et la rue Mouffetard, nous avons trouvé un sac de pavés. Ces cubes de granit, négligemment abandonnés devant un établissement bancaire, ont fait naître de jolies vocations. Une heure durant, dans le ciel de Paris, comme toujours sans étoile, ces pavés ont illuminé notre chemin. La manifestation fût sauvage, belle et spontanée. Nous en sommes revenu.es chargé.es d’élans poétiques.

Gloire soit rendue par ces quelques vers

À l’ouvrier qui ne sachant que faire

À la nuit tombée, du sac de pavés

Que tout’ la journée, il avait vidé

Décida lucide, harassé sans doute

De l’abandonner et tracer sa route

Av’nue des Gob’lins, il le laissa choir

Devant une banque, au bord du trottoir

Il pensait bien sûr et avec raison

Que nul ne voudrait de sa cargaison

Et qu’au petit jour, prêt à en baver

Il retrouverait ces maudits pavés

Que le dos courbé il transporterait

Ces pierres de chagrin toute la journée

C’était sans compter sur le défilé

Plein de bonne humeur, de joyeuseté

Qui déjà partait de la faculté,

À l’assaut des rues pour tout saboter

Au petit matin revenant trimer

L’ouvrier trouv’ra la rue décimée,

Réclames arrachées, vitrines éclatées

Et tous les banquiers la mine dépitée

Fini l’esclavage, fini le turbin

Elles ont volé, ces pierres de chagrin

Les pavés sont faits et c’est bien connu

Pour planer très haut et vers l’inconnu

Pour détruire ce monde, de verre et d’argent

Qui détruit les bras et le coeur des gens

Gloire soit rendue, par ces bris de verre

À l’ouvrier qui, ne sachant que faire

Un soir de printemps et tout en silence

Lança le mouv’ment, vers la convergence

Donnez les pavés, nous les lancerons

Contre toutes ces banques, ces institutions

Bloquez vos usines, faites désertion

Pour qu’enfin finisse, cette aberration

Ouvriers, chômeuses, étudiantes, vauriens

Avançons ensemble, pour le monde ou rien.