Mars 29, 2021
Par Cerveaux Non Disponibles
177 visites


Posons d’abord les bases : nous soutenons, sans rĂ©serve le mouvement des intermittents. Leur combat pour le prolongement de leur annĂ©e blanche, une vĂ©ritable politique de rĂ©ouverture progressive des lieux et l’arrĂȘt de la rĂ©forme de l’assurance chĂŽmage. Nous soutenons les occupations en cours sur tout le territoire depuis plus de trois semaines. Mais nous pensons que sans rĂ©el changement dans les prochains jours, ce mouvement n’aura d’autre force que la symbolique.et ne participera en rien au processus de basculement politique et sociĂ©tal.

A l’OdĂ©on et ailleurs, cela parle de la Commune, cela parle rĂ©volution. Mais concrĂštement, les lieux sont “occupĂ©s” avec l’accord des directions, qui ne se mouillent pas, mais les laissent accessibles aux occupants, sous rĂ©serve qu’il n’y ait pas d’élĂ©ments trop dĂ©terminĂ©s. Deux exemples : Ă  Bordeaux, des nouvelles personnes un peu deter ont voulu rejoindre l’occupation. Cela a donnĂ© lieu Ă  des tensions sur les “rĂšgles” Ă  respecter dans le lieu. Au point que les syndicats se sont dĂ©solidarisĂ©s (communiquĂ© Ă  l’appui). Quelques jours plus tard, la mairie donnait son accord pour Ă©vacuer, une premiĂšre sur tout le territoire depuis le dĂ©but du mouvement. A Toulouse, des agents de sĂ©curitĂ© surveillent le lieu occupĂ©, payĂ©s par la direction, avec contrĂŽle du port du masque et du lavage de main dĂšs l’entrĂ©e. Impossible pour ceux autorisĂ©s Ă  dormir sur place de sortir avant la fin du couvre feu le matin Ă  6h, le contrĂŽle des portes automatiques Ă©tant assurĂ© par les mĂȘmes agents de sĂ©curitĂ©. DrĂŽle d’occupation !

On remarque Ă©galement l’absence assez forte d’acteurs des musiques actuelles ou encore de la fĂȘte libre. Ceux qui se sont mobilisĂ©s, par dizaines de milliers, pour soutenir la Rave Party de Lieuron. Ceux qui vont dans des concerts rap, hiphop, electro. Bref, la jeunesse. Celle pour qui la culture est aussi bien celle qui se joue ou se danse dans des lieux mythiques, que celle de la rue, des endroits festifs, des festivals ou des concerts.
Ces lieux, mĂȘme s’ils sont “faciles” Ă  occuper puisqu’il y a accord tacite des directions (souvent favorables aux rĂ©ouvertures), sont une opportunitĂ© dans le champ social. Encore faut-il faire de ces lieux de vrais espaces pour crĂ©er le changement, la rĂ©volution. Et pas de simples tribunes mĂ©diatiques pour quelques syndicats.

Il faudrait aussi tenter d’occuper des espaces qui dĂ©rangent vraiment le pouvoir (politique et Ă©conomique). Car lĂ , les occupants peuvent rester des semaines Ă  OdĂ©on ou Ă  Graslin sans dĂ©ranger qui que ce soit. Et pour cause : il n’y a plus de spectacle ou de quelconque Ă©vĂ©nement. C’est bien lĂ  le paradoxe de ces occupations.

Alors profiter de ces fermetures pour faire de ces lieux des espaces pour crĂ©er des dynamiques et prĂ©parer des actions : oui. Mille fois oui. Mais Ă  condition de les ouvrir Ă  tous ceux qui souffrent de la situation actuelle du pays, et qui dĂ©sirent lutter. SyndiquĂ©s ou pas. Cultureux ou pas. Et que ces occupations ne soient pas considĂ©rĂ©es comme une victoire face au pouvoir mais plutĂŽt comme une premiĂšre Ă©tape pour aller le dĂ©fier. A l’heure actuelle, le dĂ©fi n’a mĂȘme pas commencĂ©. Macron et son monde ne tremblent pas. Pas mĂȘme Bachelot. Nous avons eu espoir que le lancement des Vendredi de la colĂšre s’inscrive dans cette dynamique et dans cette rĂ©flexion. Le rĂ©sultat ? une manif syndicale dĂ©clarĂ©e, avec prise de parole en dĂ©but et en fin de parcours.

La culture a pour mission de faire rĂȘver. D’ĂȘtre ambitieuse. D’ouvrir de nouveaux possibles. De stimuler l’imaginaire en apportant l’impertinence, la joie, l’enthousiasme qui sont les moteurs de nos Ă©lans de lutte, de la mise en mouvement de nos corps en actes. L’Histoire a montrĂ© comment la Culture pouvait participer Ă  une RĂ©volution qui ne peut pas ĂȘtre seulement culturelle, mais qui se nourrit de l’Art sous toutes ses formes, pour s’épanouir.

Encore faut-il oser.




Source: Cerveauxnondisponibles.net