Avril 23, 2022
Par Paris Luttes
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Ce mercredi 20 avril, une assemblée générale rassemblant plus de 150 personnes a voté l’occupation du bâtiment de l’EHESS à Aubervilliers, au campus Condorcet (Métro 12, station Front Populaire / RER B, station La Plaine – Stade de France).

Arme de gentrification massive, joyau du Ministère de l’Enseignement de la recherche, des présidents d’Université et de leurs partenaires privés, le campus Condorcet a été conçu pour proscrire la conflictualité étudiante de la capitale et la retrancher en périphérie. Architecture contre-insurrectionnelle, vidéo-surveillance à l’extérieur et à l’intérieur des bâtiments, système de badges, douves, barrières : tout a été conçu pour réprimer les désirs d’occupation et d’auto-organisation et séparer les espaces à la fois les uns des autres, mais aussi du quartier et de ses habitants pauvres pas encore relégués plus en marge de la métropole. Pourtant, le bâtiment de l’EHESS est bel et bien occupé, et ses dispositifs de surveillance ont été neutralisés.

Situé au 2 Cour des Humanités, le bâtiment occupé est accessible depuis la rue Waldeck Rochet : il suffit de longer le bâtiment et d’escalader quelques barrières indiquées, avec l’aide des occupantes et des occupants si besoin. Les 7 étages du bâtiment sont occupés, dont un en non-mixité. Un infokiosque, une cantine, des douches, une infirmerie, des pelouses, une cour intérieure où peuvent se réunir plusieurs centaines de personnes, des salles de travail et de repos, des reprographies, des dortoirs improvisés : il ne manque que vous pour transformer ce bout de béton aseptisé en espace de vie et d’organisation politique.

L’assemblée générale qui a voté l’occupation du bâtiment a été organisée sans tribune. Les organisations étudiantes, qu’elles soient syndicales ou partidaires, trotskistes ou réformardes, ne l’ont pas parasitée. Les occupantes et les occupants se réunissent au moins une fois par jour pour faire le point sur la situation, évoquer les mobilisations politiques en cours ou à venir, et gérer les problèmes pratiques de l’occupation. Un problème majeur qu’aucune assemblée générale ni comité d’occupation ne pourra résoudre se pose : si l’occupation reste en vase clos, elle s’essoufflera.

Il ne s’agit pas ici d’appeler les gens à déménager dans l’occupation, ni à venir s’épuiser en assemblées générales, mais bien de les inviter à s’approprier ce lieu et ses possibilités – et elles sont nombreuses : prendre des salles de réunion pour s’organiser politiquement ; profiter des salles de repos pour faire connaissance et développer des liens d’amitié et de solidarité ; organiser des concerts et des pistes de danse dans la cour intérieure ; faire du sport dans les pelouses ou y organiser des séances de déplacement collectif ; réaliser des ateliers pratiques en plein air ou à huis clos ; animer des discussions collectives ; redécorer le béton pour le rendre plus facile à vivre ; organiser des projections de films ou de matchs de foot, etc.

Parce que nous avons besoin de nous retrouver pour apprendre à composer ensemble, parce que nous avons besoin de lieux échappant au contrôle de l’État et de sa police pour conspirer et nous organiser, parce que la brèche ouverte à la Sorbonne ne doit pas se refermer sans que nous n’ayons eu le temps d’en faire quelque chose : convergeons toutes et tous au campus Condorcet et transformons l’occupation de l’EHESS en base rouge, en rond-point gilet jaune, en centre social autogéré, en laboratoire insurrectionnel, ou en tout ce que nous voudrons !




Source: Paris-luttes.info