« Pays des Lumières soi-disant, faut croire qu’y a des pannes de courant. Les seuls Français que j’ai vus brillants, c’étaient des Gilets jaunes en feu sur les Champs », chante l’humoriste belge Laura Lane. C’est vrai que, de la cave au grenier, pas mal de fusibles semblent avoir grillé dans cette maison « frouze ».

La conséquence d’un climat délétère qui, bien avant et au-delà du mouvement des Gilets jaunes, est alimenté par une série d’actes judéophobes. Une des insultes faite à Finkielkraut est à l’évidence de ce tonneau-là : « La France, elle est à nous ! Retourne à Tel-Aviv ! », hurle celui qui sera présenté comme proche de la mouvance salafiste. L’injure est paradoxalement « sioniste », car elle sous-entend qu’un juif français a vocation à « retourner » en Israël. « C’est scandaleux comme le sont les déclarations de Netanyahou au moment de l’attentat contre Charlie Hebdo quand il déclare aux Juifs de France que leur pays, c’est Israël, et qu’ils doivent partir », écrit notre ami Pierre Stambul [1]. Qui ne décolère pas : « Aucun antisémite depuis Vichy n’avait osé nous dire que nous n’étions pas chez nous ici. ».

S’il est à l’évidence plus que légitime de s’indigner de tels propos, l’utilisation politique de la séquence n’en est pas moins scandaleuse. En quête d’une arme de disqualification massive, les tenants de l’ordre ont jailli sur l’événement comme des vautours sur une charogne, étendant l’accusation d’antisémitisme à l’ensemble du mouvement des Gilets jaunes, une salissure qui risque malheureusement de durablement lui coller à la peau. On sait pourtant depuis le début qu’il y a certes des Gilets jaunes de toutes sortes, et certains fort peu recommandables – des admirateurs de Finkielkraut comme des provocateurs quenellistes –, mais qu’il y a surtout une majorité des gens ordinaires préoccupés par leurs conditions de vie et qui n’entendent pas que l’on fasse diversion de leur révolte. « Fâchés mais pas fachos ! » : un des slogans récurrents sur le dos des Gilets jaunes.

Lors du dîner du Crif le 20 février, Macron a annoncé vouloir s’aligner sur la définition de l’Ihra (International Holocaust Remembrance Alliance) qui fait de l’antisionisme un élément de l’antisémitisme. L’amalgame est dangereux. « Il s’agit de criminaliser des positions critiques sans toutefois faire de l’antisionisme un délit d’opinion de façon claire », explique l’ancien président de Médecins sans frontières Rony Brauman [2]. « Mais in fine, cela reviendra au même, car ce délit d’opinion sera de toute façon mis en place de façon détournée […]. Ce faisant, on jette de l’huile sur le feu qu’on prétendait éteindre. » La police politique n’est pas loin.

Ignominieuses enfin, toutes ces assignations identitaires qui déboulent en essaims furieux. Lors d’un rassemblement à Ménilmontant « contre l’antisémitisme et contre son instrumentalisation politique », un participant nommé Jonas s’est énervé de l’injonction qui lui est faite en permanence, en tant que juif, de se positionner sur la politique de l’État hébreu : « Tout le monde m’a toujours fait chier à ce sujet. Ma mère est marocaine, mon père est égyptien, je suis né en France, qu’est ce que j’ai à voir avec Israël ? [3] »


Article publié dans CQFD n°174, en kiosque jusqu’au 4 avril. En voir le sommaire détaillé.


[1] « Racisme, confusionisme et matraquage à tous les étages », Blogs.mediapart.fr (18/02/2019).

[2] Interview à Middle East Eye (22/02/2019).

[3] « Antisémitisme : deux rassemblements, deux mondes », Politis (20/02/2019).