Juin 11, 2022
Par La Barricade Journal
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Suite au premier tour des élections présidentielles, la gauche a reçu une désillusion. Rappelons que Mélenchon n’est pas parvenu à se qualifier pour le second tour et que les traditionnels partis de gauche se sont effondrés sous la barre des 5%. Les bureaucrates sociaux-démocrates ont tout de même décidé de se venger en misant tout sur les élections législatives. C’est historique ! Les principaux partis de gauche, du moins les cendres froides de ce qu’il en reste, ont décidé de se rallier sous une même étiquette, la NUPES (Nouvelle Union Populaire Économique et Sociale), cette fameuse union de la gauche attendue par certaines militantes et certains militants plus impatiemment que le grand soir se concrétise enfin, en tout cas en apparence.

La NUPES regroupe la France Insoumises, qui est l’instigateur de cette alliance, le PCF, Europe Ecologie les Vert et enfin le PS. Cette alliance balaie large, depuis les communistes jusqu’aux centristes du PS. Et ceci se ressent sur les députés parachutés.

En effet, le premier point que nous pouvons observer de cette alliance est les personnes présentes à l’intérieur. Nous pouvons par exemple citer Cédric Villani, député sortant LREM, dorénavant investi par la NUPES, ou encore Delphine Bagarry, Aurélien Tâché, Hubert Julien-Laferriere…

L’ensemble de ces députés sortants investit par la NUPES viennent de LREM, même si une minorité ont quitté le groupe parlementaire LREM en 2020 pour fonder un obscur parti social-démocrate, une majorité a voté des atteintes à nos conquis sociaux telles que la baisse des APL, Parcoursup, la réforme des retraites, la loi sécurité globale, la fin de l’ISF, la Loi Travail de Macron,… Le simple fait de faire parti du groupe parlementaire “La République en Marche” lors des manifestations gilets jaunes de 2018 ne peut que montrer un soutien à la répression que le mouvement a subi.

Cependant d’autres députés posent également problème, deux députés PS notamment (Jérôme Lambert et Dominique Potier) s’étant battus contre les droits des personnes LGBTQIA+, ont d’abord été investis par la NUPES avant d’être finalement désinvestis.

Cependant, la désinvestiture est rare, à l’image de Sandrine Rousseau membre de la présidence de l’Université de Lille. Cette université est actuellement l’une des plus libérales en France : suppression de la compensation, la transformation de l’université en EPE (établissement public expérimental) la soustrayant donc au code de l’éducation, pour ne citer que cela. Sandrine Rousseau est Vice-présidente de cette université, elle a donc un pouvoir d’action sur ces prises de décision, pourtant a-t-elle protesté ? Non. A-t-elle montré un désaccord public ? Non. Comment pouvons nous croire que la NUPES investit des candidats de gauche si ceux-ci ne sont même pas capables de s’imposer dans leur propre université ?

D’autres investitures posent également problème, à l’image de l’investiture de Nathalie Oziol, à Montpellier. La candidate Nupes ne recule devant rien pour arracher l’investiture: photo avec des sans abris qui tiennent son tract, récupération indécente de mouvements sociaux afin de mettre en avant son programme politique, sans compter les précédentes alliances faites avec des milliardaires comme Altrad pour des municipales…

Quand les candidats investis par la Nupes ne se trainent pas de casseroles ou n’ont pas de sales pratiques politiciennes, ils sont tout simplement déconnectés de leur circonscription, parachutés par le national, à l’image de la circonscription de Villeurbanne où Gabriel Amard se retrouve parachuté par les cadres bureaucrates de la NUPES. Villeurbanne fait partie de la banlieue Lyonnaise, tandis que Gabriel Amard a grandi dans des petites villes entre Paris et la campagne parisienne et il a été maire de Viry-Châtillon. Comment une personne parachutée dans la circonscription de Villeurbanne peut-il connaître les enjeux et les dynamiques que subit sa circonscription ?

Une telle déconnection des électeurs locaux ne peut être au mieux qu’un aveu de la déconnection des cadres de la Nupes face à la population. Et dans le pire et plus probable des cas, l’aveu que la NUPES n’est motivée que par le fait d’obtenir des sièges à l’assemblée, ne se souciant pas des habitants et des dynamiques locales des circonscriptions.

Cette trahison des électeurs de gauche ne se reflète pas seulement dans les personnes investies, elles se reflètent également dans le programme de la NUPES. Ce programme n’est pas d’extrême gauche, il est tout juste représentatif du PS des années 70-80. La NUPES n’arbore en fait qu’une radicalité de façade. Le programme est flou, et les quelques points radicaux ne seront au final que re-discutés à postériori durant des conférences nationales… Ce programme n’est qu’un ralentissement de la casse sociale, il n’est en aucun cas un renversement du système ou un grand programme d’extrême gauche à l’image du front populaire dont elle se réclame. Concernant le programme, certaines parties sont flous, voir très flous, si flous qu’une tribune signée par 180 travailleuses et travailleurs du sexe demande des explication sur certains points pour savoir à quelle sauce ils et elles seront réprimés. Le programme de ce mouvement n’est pas digne d’avoir l’appellation d’extrême gauche.

Au-delà du programme, le fonctionnement de ce mouvement est aussi problématique. L’autoritarisme présent dans la Nupes est plus qu’assumé par les militants. C’est bien le terme mouvement ou alliance électorale qui les arrange, car sous ce couvert là, la Nupes n’est pas un parti et donc n’a pas à obéir à l’obligation morale de démocratie de tout parti d’extrême gauche. Au sein de la Nupes, les décisions sont prises par les cadres du mouvement, la majorité de ces cadres soutenant Mélenchon et son populisme. Cela pose question. En effet, la Nupes met en avant le populisme décomplexé de Mélenchon allant même jusqu’à faire des affiches, “Mélenchon premier ministre Votez Nupes”. Aujourd’hui, pour la Nupes, lorsque l’on se prête à la mascarade du vote, nous ne votons pas pour un programme, mais pour une personnalité politique, en l’occurrence Jean-Luc Mélenchon. Le populisme durant les présidentielles dont a usé la France Insoumise se retrouve aujourd’hui plus que présent dans la Nupes. Leur seul argument pour tenter désespérément les électeurs de voter pour eux étant : Élisons Mélenchon premier ministre. Nous pouvons également questionner la pression au vote qui aura de nouveau lieu. Comme nous avons pu le voir lors des élections présidentielles, les militants LFI sont experts dans l’art de mettre une pression et de rajouter une culpabilité à ceux et celles refusant la mascarade électorale que représente ces élections législatives.

La Nupes est déconnectée des mouvements sociaux, c’est un fait. Pour les militants tractants depuis plusieurs semaines pour la Nupes, le simple fait de tracter est comparable à un mouvement social, autant dans l’effort que dans la finalité de l’action. Ces gens-là n’ont pas connu de réels mouvements sociaux pour dire ça. Aujourd’hui nous devons avoir peur de ce que représente la Nupes pour les mouvements sociaux, elle peut être une menace de par la déconnection des militants à laquelle elle pousse. La Nupes ravive l’illusion du vote : un bulletin Nupes et les problèmes sociaux et sociétaux sont réglés. Elle apporte un discours extrêmement réformiste dans la société, un discours à la limite du contre révolutionnaire : “Votez Nupes et rentrez chez vous, nous nous chargeons du reste, mais surtout ! Ne manifestez pas, ne faites pas grève, faites vous exploiter !” Le discours pourrait être caricaturé comme cela. Cependant, en dehors du discours porté par la Nupes et la vision du vote utile, nous pouvons questionner également l’énergie employée dans ces élections. Une énergie faramineuse a été déployée, une perte de temps monstre s’est réalisée, tout ça pour faire le jeu du système électoral. Si toute cette énergie et tout ce temps avait servi à préparer des grèves, à ouvrir des squats, à préparer des révoltes, nous pourrions rêver à des jours meilleurs. La Nupes incarne un réel risque de perdre de vue les luttes concrètes, qu’elles soient sociales, écologiques, sociétales….

La lutte est concrète, elle se fait au quotidien. Dans notre entourage, dans nos organisations, dans nos syndicats, dans nos manifestations. La lutte, qu’elle soit pour les sans papiers, pour l’augmentation des salaires, pour la fin de la sélection sociale à l’université…. est déjà en cours. Ces luttes là sont concrètes, que ce soit par leurs moyens d’action, en plébiscitant l’action directe, que par leurs finalités. Ces luttes ont vocation à changer en profondeur le système : pas seulement le réformer, mais l’abolir. Abolir l’État et le capitalisme, l’inverse de la Nupes sommes toutes.

La Nupes n’est pas un nouveau Front Populaire, la Nupes n’a pas un programme d’extrême gauche, la Nupes n’est pas radicale, la Nupes n’est qu’un mouvement bureaucrate social-démocrate de centre gauche se parant d’une radicalité fantasmée. Réformiste, la lutte est déjà en cours, elle s’étend et elle se construit. Nous ne t’attendrons pas pour abolir ce système, choisis ton côté de la barricade. Bureaucrate, Réformiste, et tous les détourneurs des luttes sociales comme cette phrase le dit si bien : “L’humanité ne sera heureuse que le jour où le dernier bureaucrate aura été pendu avec les tripes du dernier capitaliste.”

Photo : © JULIEN DE ROSA / AFP




Source: Labarricadejournal.wixsite.com