Car c’est bien un événement qu’il s’agit d’organiser. L’objectif en est d’ailleurs bien résumé à un moment par un participant : construire “un espace de lutte dans les esprits, pas de lutte directe“.

Dix minutes d’échanges sont d’abord consacrées aux aspects logistiques. “Il faut au moins un barnum, il faut être visibles.“. Attention, il ne s’agit pas de faire la fête et de manger, faut quand même pas déconner, on n’est pas là pour rigoler. Non, l’idée est beaucoup plus subtile, c’est de “Vendre Nuit Debout à travers le festif.” “En plus, le stand bouffe est un moyen de création de monnaie sociale.“. Le vocabulaire de la com et de l’événementiel reviendra continuellement et dans quasiment toutes les bouches tout au long de l’assemblée. D’aucuns rêvent même “d’obliger les gens à passer par la table d’accueil avant d’aller manger. Si les gens ont vraiment faim, ils ont qu’à le dire, et là ok, on leur donne à manger. Mais on va pas simplement leur offrir de la bouffe. [1].

À un moment, une brigade de la municipale s’approche. “C’est Nuit Debout ? Ah d’accord, merci.” Et iels repartirent avec un grand sourire. Juste à côté sur la place, une centaine de personnes en vêtements de sport flashy appartenant sans doute à un club de footing fait une séance d’étirements avant de s’élancer en petites foulées pleines de fierté et de légitimité d’être là, simplement, au centre de Toulouse.

Un sentiment de légitimité qui reste fragile parmi ces participant-e-s de Nuit debout, pour la plupart habitant-e-s de quartiers périphériques ayant une soif bien visible de reconnaissance et de “pouvoir d’agir”, et qui expriment quand même timidement, pour certain-e-s, l’envie de “prendre soin, de lutter contre la précarité“. C’est pourquoi il faut “continuer, s’organiser mieux“. Heureusement, le paternalisme des 3 ou 4 chefs qui monopolisent la parole depuis le début a vite raison des quelques doutes qui sont formulés. Le 15 septembre sera l’occasion de proposer un événement bien construit, avec une “programmation officielle” alléchante, “qui donne envie de participer“. Un peu comme une pub pour un cornet de glace un jour de canicule.

À un moment, une personne mentionne quand même l’idée de faire un tract pour appeler à la manif. Mais le temps manque, un petit groupe s’en occupera peut-être. Plusieurs personnes rappellent aussi que le rendez-vous pour la manif est à midi [2], et que faire un truc à 18h, c’est un peu déconnecté. Quelques personnes semblent quand même motivées pour se retrouver sur la place directement après la manif.

L’ambiance change subtilement alors qu’une séance de bizutage en règle démarre non loin. C’est la rentrée pour les 1ère année en prépa à Déodat de Séverac. Les plus gradés ordonnent d’abord aux garcons de se mettre en sous-vêtements, pieds-nus, puis de faire 3 tours de la place en chantant. Les filles sont sommées de leur faire une haie d’honneur à chaque passage de la ligne de départ. Elles seront ensuite invitées à faire le tour de la place en proposant aux passant.e.s de payer pour les entarter.

Ce rituel masculiniste violent est passé totalement inapercu pour les participant-e-s de Nuit Debout, qui achèvent leur assemblée par une séance de restitution. Des petits groupes ont préparé des animations ludiques pour le 15. Le plus grand groupe, ou plutôt essentiellement un des chefs qui a fait presque toutes les propositions et du coup décidé de faire comme il avait proposé, a prévu d’organiser à partir de 18h un petit concert de percussions pour faire patienter la foule, une projection de film, un autre concert, un repas, et peut-être, dans le peu de temps qu’il restera, une petite assemblée pour préparer les événements suivants ?




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