Mai 4, 2021
Par Zones Subversives
307 visites


De nombreuses révoltes éclatent à travers le monde, notamment depuis 2019. Mais ces mouvement restent traversés par des contradictions. La classe moyenne salariée s’appuie sur les grèves ouvrières pour porter ses propres revendications. Ces mouvements interclassistes préfèrent s’adresser à l’Etat plutôt que de remettre en cause l’exploitation. 

L’effondrement du mouvement ouvrier laisse place à de nouvelles formes de luttes. La classe moyenne salariée joue un rôle prépondérant dans ces nouveaux conflits sociaux. Pourtant ce groupe social reste peu analysé en raison de l’illusion de l’image d’une lutte des classes qui se réduit à un affrontement entre le prolétariat et la bourgeoisie. Les révoltes dans les pays arabes, les mouvements Occupy, ou le mouvement social de 2016 en France montrent l’importance de la classe moyenne salariée.

Ce groupe social se caractérise par un sursalaire et une surconsommation, contrairement au prolétariat qui lutte contre l’exploitation. La classe moyenne salariée n’a donc pas les mêmes intérêts que le prolétariat et elle défend avant tout son sursalaire. Néanmoins, ces deux classes sociales participent aux mêmes révoltes sociales, parfois mêmes insurrectionnelles. Mais, dans ces luttes interclassistes, le prolétariat revendique une amélioration de l’exploitation et non son abolition. Ensuite, ces luttes interclassistes s’adressent à l’Etat bien plus qu’elles n’attaquent le capital. Une analyse de classe des révoltes sociales peut permettre de mieux comprendre leurs limites et de les dépasser.

Bruno Astarian et Robert Ferro livrent leurs analyses sur la classe moyenne et les nouvelles luttes. Ce sont deux figures incontournables de la mouvance de la communisation. Ce courant intellectuel et politique critique les impasses du mouvement ouvrier traditionnel. Différents courants (marxisme, anarchisme ou syndicalisme révolutionnaire) affirment la centralité de la classe du travail et proposent une propriété collective des moyens de production. Mais ce projet ne remet pas en cause la forme-marchandise, l’Etat, l’exploitation ou l’échange. Ensuite, ce programme n’est jamais parvenu à se réaliser. La contestation des années 1968 remet en cause ce vieux modèle. La communisation reste attachée à la révolution. Cependant, elle ne passe plus par l’affirmation du prolétariat mais par l’abolition de toutes les classes, sans période de transition. Bruno Astarian et Robert Ferro développent leurs analyses des nouvelles luttes sociales dans le livre Le ménage à trois de la lutte des classes.

 

               

 

Analyse de la classe moyenne salariée

 

La classe moyenne salariée bénéficie d’un sursalaire. La bourgeoisie lui rétrocède une partie de la plus-value. Au contraire, les prolétaires, employés et ouvriers se contentent d’un salaire qui leur permet juste de survivre. La classe moyenne salariée participe au développement de la société de consommation. Ensuite, elle s’apparente à une classe d’encadrement. Son activité consiste à faire travailler les travailleurs, à organiser son travail pour en maximiser le rendement. Les contremaîtres, les chefs de service, les petits cadres, les ingénieurs font partie de cette classe. Les cadres de la fonction publique sont également inclus dans cette population.

Le sursalaire matérialise le pouvoir des cadres, qui confère l’autorité et l’identification aux intérêts de l’entreprise. « La classe moyenne salariée touche un sursalaire qui est en même temps une prime de soumission (au capital) et une prime d’autorité (sur le prolétariat) », observent Bruno Astarian et Robert Ferro. Le sursalaire légitime l’encadrement capitaliste sur le prolétariat. Il existe différents niveaux de sursalaire qui correspondent à la position hiérarchique occupée dans l’entreprise.

Néanmoins, la classe moyenne salariée subit également le grand appauvrissement de la population depuis la crise de 2008. Le mouvement Occupy Wall Street attaque les 1% les plus riches. Ce qui révèle que la classe moyenne salariée est en train de perdre sa richesse et son influence. Son sursalaire est menacé. Mais les cadres restent payés pour empêcher les résistances des prolétaires, par la conciliation, la menace ou la sanction. La classe moyenne peut participer à des luttes avec le prolétariat mais elle se retourne contre lui dès que ses propres revendications sont satisfaites.

La révolte en Tunisie en 2011 ou en Egypte en 2011 et 2013 illustrent ce phénomène. La classe moyenne peut s’opposer aux insurrections. Mais, lorsqu’elle y participe, elle semble favorable à la négociation avec le pouvoir. La mouvance proche du Comité invisible s’adresse pourtant à cette classe moyenne pour tenter de l’entraîner dans l’insurrection. Les choix idéologiques des individus semblent primer sur leur appartenance de classe. Mais la classe moyenne veut avant tout défendre son sursalaire. Elle défend des perspectives réformistes de changement de gouvernement, mais pas de rupture avec l’ordre capitaliste.

 

       

Nouvelles formes de lutte

 

Le mouvement contre la loi Travail de 2016 comprend trois composantes qui se juxtaposent sans se confondre. Les syndicats revendiquent le retrait de la réforme, ce qui devient l’objectif unitaire. Le cortège de tête apparaît comme la composante la plus jeune du mouvement. Des militants autonomes, des précaires, des cheminots et des dockers se joignent à la jeunesse lycéenne. Les pratiques de lutte des cortèges de tête se traduisent par des affrontements avec la police, des casses de vitrines et de mobilier urbain. Mais les pillages sont inexistants et la violence reste symbolique. Ce sont les banques et les grandes firmes qui sont attaquées.

La principale pratique de Nuit debout repose sur l’occupation de la Place de la République à Paris. C’est l’expression de la classe moyenne, sous un visage moins agressif et plus âgé que le cortège de tête. Le prolétariat n’était pas vraiment présent. Quelques grèves sectorielles se sont rattachées au mouvement contre la loi Travail pour attirer du soutien. Mais le nombre de jours de grève en 2016 n’est pas beaucoup plus important que celui des autres années. Les Gilets jaunes permettent une expression de la grande masse des prolétaires, mais en dehors des lieux de travail.

Une révolte éclate en 2006 dans l’État de Oaxaca au Mexique. Ce mouvement à l’initiative des enseignants se traduit par une occupation de place et par d’importantes manifestations. La lutte s’oppose au clientélisme et à l’oppression des peuples indigènes. La revendication centrale de la démission du gouverneur Ruiz n’a pas lieu. Ce mouvement ne s’oppose pas au capitalisme, mais uniquement à certains de ces effets. La grève ne dépasse pas le secteur des enseignants. Pourtant Oaxaca abrite une importante activité industrielle. Les grévistes de la sidérurgie ne sont pas reliés à la « commune » de Oaxaca qui s’attaque au gouverneur, mais pas au capital. « La révolte a été profonde, courageuse, inventive. Elle s’est donné les oripeaux d’une révolution ouvrière, mais il n’y avait pas d’ouvriers », soulignent Bruno Astarian et Robert Ferro.

En 2009, une révolte en Iran conteste le résultat des élections. Mais ce mouvement reste surtout porté par les classes moyennes et se heurte à la répression. Seule une alliance avec les classes populaires peut permettre à la classe moyenne de faire reculer des gouvernements. En 2017, les quartiers populaires sont également dans la rue en Iran. Les questions économiques et sociales permettent un soulèvement massif de la population.

En 2011, une révolte éclate en Israël. La classe moyenne subit une augmentation des prix du logement. Des places sont occupées avec des tentes à Jérusalem et Tel Aviv. Cette pratique s’inspire du mouvement du 15-M en Espagne. Des blocages d’avenues et de ronds-points s’accompagnent d’importantes manifestations. Ce mouvement reste porté par la jeunesse déclassée de la classe moyenne qui ne bénéficie pas du même mode de vie que ses parents. Mais cette lutte se traduit par un vague appel à l’Etat-providence.

 

Rassemblement sur la place Tahrir pour célébrer la démission de Hosni Moubarak, le 11 février 2011, Le Caire (Égypte). PHOTO / Amr Abdallah Dalsh / REUTERS.

 

Printemps arabes

 

La révolte tunisienne émerge en décembre 2010 à Sidi Bouzid, une région pauvre. Des émeutes éclatent. La classe moyenne du Nord rejoint le mouvement. Des grèves, des manifestations massives et des affrontements ponctuent cette révolte. Des diplômés chômeurs veulent trouver du travail. Ils revendiquent un statut de classe moyenne, à travers leur diplôme. Ensuite, ils ne se révoltent pas contre le capital mais veulent s’intégrer dans le salariat.

L’interclassisme apparaît comme la lutte conjointe du prolétariat et de la classe moyenne. Ces mouvements interclassistes restent réformistes. Ils ne s’inscrivent pas dans une perspective d’abolition des rapports sociaux capitalistes mais revendiquent leur simple aménagement. Ces mouvements s’adressent à l’Etat.

Un secteur informel se développe dans les zones frontalières, comme Sidi Bouzid, Ben Gardane ou Kasserine. Ces petits trafics alimentent la corruption et le racket des fonctionnaires. Les contrebandiers s’adressent donc directement à l’Etat en cas de problème. Ils participent aux émeutes du début du mouvement. Ce qui déclenche des grèves dans l’économie formelle. Mais cette lutte interclassiste ne débouche vers aucun potentiel communiste. Le mouvement tunisien lutte pour l’Etat de droit, pour l’emploi et les salaires.

 

La révolution en Egypte  de 2011 se traduit par d’importantes manifestations, des grèves de masse et l’occupation de la place Tahrir. L’armée encadre la transition démocratique. Les Frères musulmans dirigent le gouvernement à l’issue d’élections. Mais la contestation perdure en 2012 et en 2013. Une immense manifestation secoue l’Égypte le 30 juin 2013. Néanmoins, le 27 mai 2014 des élections permettent aux militaires de prendre le pouvoir avec Al-Sissi.

La révolte en Egypte s’accompagne d’une importante vague de grève, notamment dans l’industrie textile. Ces luttes portent sur le salaire, et non sur des sujets politiques. Ces grèves sont largement spontanées, sans programme ni centralisation. Les femmes sont particulièrement actives. Ces grèves sauvages entrent en conflit avec le syndicat qui refuse de les autoriser. Ces luttes ouvrières contribuent à la chute du régime mais elles n’apparaissent pas en tant que telles. L’occupation de la place Tahrir reste portée par la classe moyenne.

La classe ouvrière et la classe moyenne se retrouvent dans d’immenses manifestations qui dénoncent la politique néolibérale et la répression. L’Etat corrompu, symbolisé par Moubarak, devient l’ennemi commun à court terme. Les grèves ouvrières perdurent en raison des problèmes sociaux. Mais la classe moyenne soutient le retour des militaires au pouvoir pour se débarrasser des Frères musulmans et relancer l’économie. « Pour résumer, on peut dire que la classe moyenne a, dans sa grande majorité, soutenu les militaires pour qu’ils éliminent les Frères et qu’ils remettent la classe ouvrière au travail », observent Bruno Astarian et Robert Ferro.

 

  

Insurrection et communisation

 

Dans une période de crise, les capitalistes cherchent à faire des économies. Ils ne s’attaquent pas directement au salaire. Mais ils veulent réduire leur investissement collectif dans l’Etat. Ils réclament alors une réduction des impôts et des dépenses publiques. L’Etat mène alors des politiques d’austérité et ne joue plus son rôle de régulateur de la lutte des classes. Les mouvements sociaux s’adressent alors à l’Etat. Ce ne sont plus des grèves ouvrières pour le salaire, mais des luttes interclassistes qui s’adressent à l’Etat sans le remettre en cause. Ces mouvements sociaux ne s’attaquent pas au principe d’Etat en tant que tel mais aspirent à un État plus social et démocratique.

« De façon générale, donc, quand les deux classes unissent leurs luttes, elles ne remettent en question ni l’Etat ni le mode de production capitaliste en général, mais la gestion particulière des rapports sociaux par un État particulier », analysent Bruno Astarian et Robert Ferro. Ces luttes interclassistes veulent revenir au modèle de l’Etat-nation qui régule l’économie. Mais les firmes multinationales peuvent placer leurs capitaux dans n’importe quel pays pour échapper à la fiscalité d’un Etat. Seul le dépassement de la société capitaliste peut ouvrir des perspectives nouvelles. Les luttes interclassistes sont donc condamnées à l’échec.

La crise économique à venir peut provoquer un appauvrissement de la classe moyenne. Sa fraction inférieure risque de voir son salaire et son confort diminuer. « La baisse des salaires, la dégradation des conditions de travail, la mise en place d’une précarité universelle la menacent, au même titre que le prolétariat », annoncent Bruno Astarian et Robert Ferro. Dans des luttes économiques communes, la classe moyenne et le prolétariat vont affronter les capitalistes. La révolte des Gilets jaunes annonce une radicalisation des luttes interclassistes. Des grèves peuvent se généraliser et ne plus se réduire à des conflits d’entreprises ou de secteurs. Les grèves deviendront plus fréquentes, avec une dimension nationale et généralisée.

L’insurrection ne se réduit pas à une émeute. La révolte dans l’Allemagne de 1918 ou encore dans l’Espagne de 1936 caractérisent de véritables insurrections. Dans un contexte de grèves et d’émeutes, les prolétaires sortent de leur lieu de travail pour s’emparer des moyens de production ou les détruire. L’insurrection est une pratique de lutte pour la survie immédiate qui passe par la saisie de biens appartenant au capital. Elle ouvre la possibilité d’une transformation du rapport social.

 

La théorie communiste ne doit pas se réduire à l’analyse de la situation économique et des luttes historiques. Il semble important de penser l’insurrection pour clarifier le processus révolutionnaire. Le basculement ne se produit pas avec plus d’émeutes et d’affrontements avec la police. L’insurrection vise également à attaquer le procès de travail. Les prolétaires doivent s’emparer des usines, des entrepôts, des transports. « Les luttes interclassistes laisseront la place à l’insurrection quand et où les questions de survie auxquelles le prolétariat sera confronté l’obligeront à renoncer aux tentatives de négociation, avec l’Etat ou les capitalistes, de l’interclassisme radicalisé », précisent Bruno Astarian et Robert Ferro.

Ces révoltes doivent éclater dans différents pays dans le monde. La pratique insurrectionnelle doit unifier les prolétaires dans l’affrontement avec le capital, contrairement aux luttes corporatistes ou séparées. « La pratique insurrectionnelle, interindividuelle, des prolétaires dissout la distribution des travailleurs par boîtes ou par secteur, par communauté nationale ou religion, par assignation genrée à l’intérieur ou à l’extérieur des lieux de travail, etc. », soulignent Bruno Astarian et Robert Ferro.

L’insurrection de prend plus le modèle des barricades et de l’affrontement armé, ni même celui du cortège de tête. Ce sera davantage des attaques diffuses contre le capital, au niveau des transmissions électroniques, routières ou portuaires. Les centres de télécommunication doivent être détruits ou utilisés. Mais après une première phase de pillage, le ravitaillement doit s’organiser. Les prolétaires doivent reprendre la production, malgré leur dégoût du travail ou leurs faibles qualifications. C’est alors un moment d’expérimentation encore inconnu. La réorganisation de la production ne peut pas reprendre les formes actuelles, notamment en raison de la complexité logistique de l’économie.

 

« Ils nous ont tant volé qu'ils nous ont même dérobé notre peur » : insurrection populaire au Chili

Analyse critique des luttes

 

Bruno Astarian et Robert Ferro ouvrent des réflexions stimulantes et éclairantes. Ils proposent une véritable grille d’analyse qui permet de comprendre les luttes actuelles, leurs potentialités et leurs limites. Bruno Astarian et Robert Ferro demeurent des figures du courant de la communisation. Mais leurs textes incarnent le moins pire de cette mouvance intellectuelle et politique. Leur livre reste relativement accessible et assez peu jargonnant. Ce qui reste rare dans ce petit milieu théorique en vase clos.

Surtout, Bruno Astarian et Robert Ferro s’appuient sur des exemples concrets. Ils décrivent le déroulement de ces nouvelles révoltes avant de présenter leur analyse. Ils proposent une véritable lecture de classe de ces luttes sociales. Plutôt que de se focaliser sur un pays en particulier, ils embrassent une analyse globale qui permet de bien comprendre la situation actuelle. Ils ouvrent des pistes de réflexion qui peuvent s’appliquer à toutes les luttes actuelles, y compris les plus récentes.

Leur thèse semble particulièrement convaincante. L’échec de ces mouvements de révolte semble lié à l’importance de la classe moyenne salariée. Ce groupe social défend ses intérêts propres qui peuvent entrer en contradiction avec les intérêts du prolétariat. Le réformisme et la demande de régulation auprès de l’Etat ne découle pas uniquement d’une idéologie confuse. C’est une perspective politique qui correspond à la défense des intérêts de la classe moyenne. Bruno Astarian et Robert Ferro semblent rejoindre Roland Simon, autre vedette de la communisation, dans sa critique du « démocratisme radical ». Mais le contexte n’est plus celui de l’altermondialisme. De nombreuses révoltes éclatent dans de nombreux pays du monde avec de véritables perspectives insurrectionnelles.

Bruno Astarian et Robert Ferro tranchent avec la tonalité des débats militants ou intellectuels. C’est d’ailleurs dommage qu’ils ne consacrent pas plus de pages aux Gilets jaunes. Que ce soit Lundi matin ou encore la revue Temps critiques, les milieux militants refusent de proposer une analyse de classe des luttes sociales. Le prolétariat aurait disparu dans le grand magma de la communauté humaine ou des subjectivités radicales. Bruno Astarian et Robert Ferro montrent que les mouvements sociaux restent traversés par des clivages de classe. Les débats qui rythment les luttes recoupent bien souvent des oppositions entre la classe moyenne salariée et le prolétariat.

Néanmoins, Bruno Astarian et Robert Ferro ne font pas de cette grille d’analyse un déterminisme sociologique. Des cadres peuvent rejoindre le prolétariat, mais ils ne le font plus en tant que cadres. Ils ne se contentent plus de défendre uniquement leur statut et leur position sociale. Ils participent à une insurrection qui remet en cause leur position sociale et toutes les formes de hiérarchies. De toute manière, il reste encore rare que des cadres se mettent à soutenir des grèves ouvrières.

Bruno Astarian et Robert Ferro se démarquent d’ailleurs de l’insurrectionnalisme, du Comité invisible ou même de Joshua Clover. Cette idéologie tend à glorifier la violence ou la forme que prennent les mouvements sociaux. Une barricade enflammée ou des cocktails Molotov témoignent forcément du caractère révolutionnaire d’une lutte. Mais les luttes interclassistes peuvent également prendre des formes violentes. Alain Bertho estime même que des émeutes éclatent quand l’Etat refuse de négocier. Il est donc possible d’affronter la police pour demander un renforcement de l’Etat social. Dans un contexte de dictature, l’insurrection peut simplement revendiquer l’instauration d’une démocratie représentative, sans remise en cause de l’exploitation capitaliste.

Malgré tout, il faut bien critiquer quelques travers de ce livre qui s’inscrit de manière critique dans la mouvance de la communisation. Bruno Astarian et Robert Ferro manifestent un certain déterminisme économique avec des pages qui relèvent de la prophétie. La crise doit s’aggraver, ce qui doit provoquer mécaniquement des révoltes. Ce schéma peut paraître séduisant, et pas totalement irréaliste. Néanmoins, il faut garder à l’esprit que l’histoire réserve des surprises. Des mouvements spontanés comme les Gilets jaunes peuvent éclater, quel que soit le niveau de la Bourse.

Bruno Astarian et Robert Ferro tentent d’échapper à l’incantation magique de la communisation. Ils proposent des perspectives stratégiques pour dépasser l’interclassisme. Ils évoquent également la nécessité de réorganiser la production. Invoquer la communisation ne suffit pas à ravitailler la population. Malgré une tendance à la futurologie, Bruno Astarian et Robert Ferro livrent des pistes stimulantes. Une vague insurrectionnelle doit balayer la logique du capital pour ouvrir de nouvelles possibilités d’existence.

 

Source : Bruno Astarian et Robert Ferro, Le ménage à trois de la lutte des classes. Classe moyenne salariée, prolétariat et capital, L’Asymétrie, 2020

 

Articles liés :

De l’ultra-gauche à la communisation

Une analyse du mouvement de 2016

Les nouvelles formes de lutte

Les révolutions arabes depuis 2011

L’écrasement des soulèvements arabes

Pour aller plus loin :

Radio : Une histoire des résistances au travail et de l’anti-travail – Bruno Astarian, émission mise en ligne sur le site Sortir du capitalisme

Recensions et débats publiés sur le site des éditions Asymétrie 

Rubrique Classe moyenne publiée sur le site Hic Salta – Communisation

“TEMPS LIBRE II”: une critique de “Théorie Communiste”, publié sur le site Des nouvelles du front le 31 janvier 2021

“TEMPS LIBRE II”: Une critique du “ménage à trois de la lutte des classes”,  publié sur le site Des nouvelles du front le 1er février 2021

Nedjib Sidi Moussa, Recension du livre, publiée dans Le Monde Diplomatique de mai 2020

La valeur et son abolition. Entretien avec Bruno Astarian, publié sur le site DDT21 en septembre 2017

Note de lecture : « La Question syndicale en Chine », de Bruno Astarian, publié dans la revue Echanges n°133 en été 2010

Notes de lecture: Bruno Astarian, Luttes de classes dans la Chine des réformes (1978-2009), publié sur le site du Courant Communiste International le 23 décembre 2010

Quoi faire ? Autour de la brochure « Le mouvement des piqueteros en Argentine (1994-2006) » de Bruno Astarian, publié sur le site Palim Psao le 28 Novembre 2011

Guillaume Davranche, Lire : Astarian, Luttes de classes dans la Chine des réformes, publié sur le site de l’Union communiste libertaire en avril 2010




Source: Zones-subversives.com