DĂ©cembre 5, 2020
Par Contrepoints (QC)
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PrĂšs de 200 000 fermiers indiens participent actuellement Ă  une action de blocage autour de la ville de New Delhi. Ils empĂȘchent depuis plusieurs jours l’accĂšs Ă  la ville, ayant Ă©rigĂ© des campements le long de la plupart des autoroutes et chemins de fer menant Ă  la capitale. Ces actions font suite Ă  plusieurs mois de mobilisation et d’actions de la part des fermiers dans la rĂ©gion du Punjab dans le nord-ouest du pays. Dans les derniĂšres semaines, plusieurs convois de fermiers Ă  pied et en tracteur, parfois longs de plusieurs kilomĂštres, se sont dirigĂ©s vers la capitale pour l’encercler, dans l’espoir de forcer le gouvernement central Ă  les Ă©couter.

 

Le but initial des fermiers Ă©tait d’entrer dans la ville mais la police les en a violement empĂȘchĂ©. En plus des coups de matraques les forces de l’ordre ont multipliĂ© l’usage de leurs armes de rĂ©pression :  irritants chimiques, canons Ă  eau, barricades de fils barbelĂ©s, etc. Ironiquement certains policiers sont mĂȘme allĂ©s jusqu’à dĂ©truire le pavĂ© des autoroutes afin de nuire aux tracteurs des fermiers. 

 

 

Ces manifestations massives de la part des travailleurs et travailleuses agricoles font suite Ă  l’adoption de trois lois controversĂ©es de la part du gouvernement central. Ces nouvelles lois visent Ă  libĂ©raliser le commerce agricole, qui Ă©tait jusqu’à maintenant trĂšs fortement rĂ©gulĂ© par le gouvernent. L’aspect le plus contestĂ© des ces lois est l’autorisation des fermiers Ă  vendre leurs produits directement sur le marchĂ© Ă  des intĂ©rĂȘts privĂ©s. Jusqu’à maintenant, les producteurs agricoles vendaient leurs produits Ă  des marchĂ©s centraux gĂ©rĂ©s par le gouvernement, appelĂ© Mandis, qui Ă©taient ensuite responsable de revendre les produits Ă  des compagnies privĂ©es. Ce systĂšme, quoique loin d’ĂȘtre parfait, assurait un prix minimum aux fermiers et les protĂ©geait des fluctuations du marchĂ©. Les fermiers, qui reprĂ©sentent prĂšs de 40% de la population indienne et qui travaillent gĂ©nĂ©ralement dans de petites fermes familiales, craignent de devoir vendre leurs produits Ă  de plus faibles prix, n’ayant quasiment aucun pouvoir de nĂ©gociation face aux immenses corporations qui achĂšteront leurs produits. 

 

 

Ces nouvelles lois agricoles sont la tentative la plus rĂ©cente du Bharatiya Janata Party (BJP, le parti prĂ©sentement au pouvoir) d’appliquer une vision nĂ©olibĂ©rale Ă  la gestion de l’économie indienne et de dĂ©truire le peu de protection qui Ă©tait accordĂ©e aux plus pauvres dans le pays.  Le BJP, avec Nahendra Modi Ă  sa tĂȘte, combine nĂ©olibĂ©ralisme et nationalisme hindou, islamophobie et suprĂ©matie de caste, ce qui lui assure l’appui des intĂ©rĂȘts corporatifs et d’une bonne partie de la classe moyenne hindoue. Ces mĂȘmes groupes d’intĂ©rĂȘts Ă©tant principalement composĂ©s de membres des castes supĂ©rieures de la religion hindoue. Le gouvernement avait notamment profitĂ© de l’application des mesures sanitaires au mois de mars pour mettre fin Ă  plusieurs mois de manifestations s’opposant Ă  des lois antimusulmans qui visaient Ă  limiter l’accĂšs des musulmans Ă  la citoyennetĂ© indienne.

 

        

Le blocage paralysant complĂštement la circulation autour de la capitale s’apparente progressivement Ă  un siĂšge. Ce moyen de pression s’inscrit d’ailleurs dans d’autres mobilisations de masse qui se dĂ©roulent prĂ©sentement au pays. Dans les derniers temps, des groupes d’ouvriers et d’ouvriĂšres ont aussi paralysĂ© d’autres grandes villes comme Kolkata, Calcutta, Mumbai et Bombay. Le 26 novembre dernier, une grĂšve gĂ©nĂ©rale, ou Bharat bandh, Ă  vue la participation de prĂšs de 250 millions de personnes Ă  travers le pays. Il s’agit lĂ  de l’une, sinon de la plus grande mobilisation du genre de l’histoire humaine. Des gens se sont mobilisĂ© dans tous les secteurs de l’économie, tant dans le public que le privĂ© afin de dĂ©noncer les politiques mĂ©prisantes du gouvernement et exprimer leur solidaritĂ© avec les travailleurs et travailleuses agricoles.

 

Jusqu’ici, rien n’indique un ralentissement du mouvement et la violence policiĂšre ne tĂ©moigne que de la crainte de l’État d’un approfondissement de la crise. 




Source: Contrepoints.media