Novembre 15, 2022
Par Contre Attaque
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Bienvenue en lacrymocratie


Lorsque l’État veut faire des achats de fournitures avec l’argent public, il doit lancer un appel d’offre sur le bulletin officiel des annonces des marchés publics – BOAMP. C’est ainsi que l’on peut trouver les différents commandes du gouvernement en matière de répression. Le 10 novembre, le Ministère de l’Intérieur lançait le plus gros appel d’offre jamais passé de munitions pour réprimer la population.

L’appel d’offre, consultable en ligne, concerne la «fourniture de grenades de maintien de l’ordre et accessoires destinés aux services de la police nationale et de la gendarmerie nationale». Le ministère prévoit 38 millions d’euros de budget. Ce qui équivaut à plusieurs millions de grenades. Oui, vous avez bien lu, millions. Entre 4,5 et 13,4 millions de grenades de tous types pour les quatre années à venir, c’est à dire le reste du deuxième mandat de Macron.

L’appel d’offre comprend des grenades lacrymogènes de deux types : celles, connues de tous les manifestants, de 56 millimètres et 40 millimètres, qui jonchent le sol après les manifestations, et qui peuvent être tirées jusqu’à 200 mètres. Quantité maximum prévue ? 9,44 millions d’unités. L’autre lot est celui des grenades explosives. Les GM2L – Grenade Modulaire à Double effet Lacrymogène –, qui contiennent du C4, un explosif militaire. On a vu ces grenades provoquer des cratères dans les champs de Sainte-Soline et blesser de nombreuses personnes, lors de la manifestation contre les méga-bassines du 29 octobre dernier. Ces grenades ont déjà arraché deux mains en deux ans : lors d’une manifestation à Paris en décembre 2020, et lors d’une Free Party à Redon en juin 2021. Elles sont officiellement considérées comme des armes de guerre.

Cette commande est colossale. Il y a environ 1460 jours en 4 ans. 13,4 millions de grenades, c’est la possibilité de tirer potentiellement pour chaque jour du quinquennat qui commence 8 904 grenades sur la population. Darmanin a vue les choses en grand. La France est une lacrymocratie. Désormais, il n’y a quasiment plus une semaine dans ce pays sans tir de gaz lacrymogène. Dès sa première élection en 2017, Macron avait fait acheter pour 22 millions d’euros de «grenades de maintien de l’ordre et moyens de propulsions à retard».

En 2019, après le déclenchement des Gilets Jaunes, le Ministère de l’Intérieur commandait simultanément plusieurs dizaines de milliers de grenades pour le maintien de l’ordre et 25 millions de cartouches destinées aux fusils d’assaut dont sont dotés tous les policiers depuis les attentats. La même année, 1280 LBD étaient commandés. En mars 2021, l’État lançait une nouvelle commande de 170.000 balles en caoutchouc à l’entreprise française Alsetex, basée dans la Sarthe.

La France est sans doute le pays occidental qui utilise le plus massivement le gaz lacrymogène contre sa population. Plus de 10.000 grenades tirées rien qu’à Paris le 1er décembre 2018 contre les Gilets Jaunes. 13.000 grenades lacrymogènes ont été tirées en une semaine, au printemps 2018, sur la ZAD. Des milliers de grenades ont été tirées à Nantes, Toulouse, Rennes ou Montpellier lors de fortes mobilisations. À Sainte-Soline dernièrement : 2000 grenades pour 7000 manifestant-es qui s’approchaient d’un chantier. Tout ça en quelques heures. Sans parler des munitions utilisées presque chaque semaine dans les quartiers populaires. L’usage est massif, systématique, inconditionnel, alors qu’il était encore assez rare il y a 20 ans.

Quelles conséquences sur la santé ? Le gaz lacrymogène est loin d’être un produit anodin. Selon une étude, les molécules du composant chimique de ce gaz se métabolisent une fois absorbées par le corps humain en deux molécules de cyanure, très toxique. Cette absorption se fait notamment par voie respiratoire, mais aussi en grande quantité par voie cutanée. Parfois, le gaz lacrymogène tue. Des grenades françaises tirées dans des maisons ont asphyxié des opposants au Bahreïn durant les printemps arabes. Du gaz concentré a tué en Palestine ou au Caire. En 2020, une étudiante est morte aux Etats-Unis de complications pulmonaires après y avoir été exposée. Des nourrissons sont également décédés en mai 2018 à Gaza et en mars 2020 à Mayotte après avoir respiré ces gaz. Mais en France, cela reste un secret d’État. Aucune étude officielle n’est produite sur le sujet. Il ne faut pas admettre que la police porte atteinte la santé de centaines de milliers de personnes chaque année.


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Source: Contre-attaque.net