Mobilisation des réfugiés de squat d’Euromédecine, le 10 décembre 2019 à Montpellier lors de la manifestation pour le retrait du projet de loi sur les retraites

Les deux cents résidents africains du foyer autogéré craignent un passage à l’acte de la part du Préfet

Issues d’une réunion tenue avec des représentants d’associations de soutien aux migrants, des informations inquiétantes sont parvenues aux occupants des laboratoires laissés vides par l’Institut Bouisson Bertrand à Euromédecine. La menace d’une mise à exécution des décisisons de justice à leur encontre serait désormais imminente. Du reste, elle correspond à des déclarations générales du Préfet de l’Hérault dans ce sens, se faisant fort de vider tous les squats montpelliérains (et réaliser ainsi une brillante politique d’abandon dans les rues d’au moins cinq cents SDF supplémentaires).

Les semaines dernières ont déjà vu l’extinction du Casa del Sol, en grande partie déserté par son noyau historique, de manière anticipée. La période de confinement a favorisé les remises en cause au sein même du projet, et l’évaluation d’un rapport de force par trop défavorable. En plein centre ville, le Casa aura été, une année durant, un lieu incontouranle pour les pratiques solidaires (sa freepicerie tout particulièrement), pour le soutien aux luttes (avec notamment les réunions intersectorielles du mouvement des retraites), et d’ouverture artistique (street-art et soirées musicales, souvent pointues, même si ces dernières, avec leur succès d’affluence, auront provoqué leurs habituelles retombées problématiques). Tout ailleurs, à Agropolis, les forces de l’ordre ont également forcé le sort contre la gigantesque Soucoupe, ses méga-teufs, et la difficulté à y faire nombre autour d’un projet dans la durée.

Le foyer autogéré d’Euromédecine est radicalement distinct, puisque sa vocation est intégralement tournée vers l’hébergement stabilisé et l’accompagnement social, de migrants, la plupart demandeurs d’asile en attente de la résolution administrative de leur situation. Rappelons que cette charge incombe normalement à l’État, quoiqu’il s’en défausse sur des bénévoles et militants contraints d’évoluer aux marges de la loi. Jusqu’à deux cents personnes, essentiellement d’origine d’Afrique sub-saharienne, sont abritées, depuis deux ans, dans des locaux garantissant des conditions d’accueil plutôt satisfaisantes.

Durant le confinement, les autorités n’ont eu qu’à se réjouir qu’existent pareils lieux, du reste sollicités de manière plus ou moins officieuse, pour le cadre qu’ils offraient, de mise à l’abri des personnes et application des mesures de protection publique face à la pandémie. Les en voici aujourd’hui remerciés, de façon particulièrement cynique, en se voyant montrer la porte de sortie, manu militari si nécessaire. On ignore vers quelle adresse les services sociaux de l’État, et la police elle-même parfois, dirigeront les migrants errant en détresse, comme ils l’ont fait à maintes reprises vers le squat d’Euromédecine.

Mais il est vrai que la stabilité de celui-ci a fini par en faire une adresse de référence pour des demandeurs d’asile en quête de protection, de sorte que ce lieu finisse par apparaître comme créateur d’un appel d’air, voire comme abcès de fixation, aux yeux des autorités. Il est sûr que celles-ci préfèrent avoir affaire à des individus isolés, fragilisés, et sans recours, dans la politique acharnée qu’elles mènent à l’encontre des droits des migrants et demandeurs d’asile.

Ce cadre général étant posé, on peut simplement indiquer qu’il est possible de rendre visite aux occupants sur place, dans l’espoir d’imaginer une façon de se rendre solidaire, même si les bonnes volontés dans ce sens y ont souvent été déçues. Cet isolement est bien en rapport avec la très difficile histoire des squats montpelliérains. Nul doute que les autorités trouvent dans cette situation une facilitation pour leurs menées répressives.


Article publié le 16 Juil 2020 sur Lepoing.net