Issues d’une rĂ©union tenue avec des reprĂ©sentants d’associations de soutien aux migrants, des informations inquiĂ©tantes sont parvenues aux occupants des laboratoires laissĂ©s vides par l’Institut Bouisson Bertrand Ă  EuromĂ©decine. La menace d’une mise Ă  exĂ©cution des dĂ©cisisons de justice Ă  leur encontre serait dĂ©sormais imminente. Du reste, elle correspond Ă  des dĂ©clarations gĂ©nĂ©rales du PrĂ©fet de l’HĂ©rault dans ce sens, se faisant fort de vider tous les squats montpelliĂ©rains (et rĂ©aliser ainsi une brillante politique d’abandon dans les rues d’au moins cinq cents SDF supplĂ©mentaires).

Les semaines derniĂšres ont dĂ©jĂ  vu l’extinction du Casa del Sol, en grande partie dĂ©sertĂ© par son noyau historique, de maniĂšre anticipĂ©e. La pĂ©riode de confinement a favorisĂ© les remises en cause au sein mĂȘme du projet, et l’évaluation d’un rapport de force par trop dĂ©favorable. En plein centre ville, le Casa aura Ă©tĂ©, une annĂ©e durant, un lieu incontouranle pour les pratiques solidaires (sa freepicerie tout particuliĂšrement), pour le soutien aux luttes (avec notamment les rĂ©unions intersectorielles du mouvement des retraites), et d’ouverture artistique (street-art et soirĂ©es musicales, souvent pointues, mĂȘme si ces derniĂšres, avec leur succĂšs d’affluence, auront provoquĂ© leurs habituelles retombĂ©es problĂ©matiques). Tout ailleurs, Ă  Agropolis, les forces de l’ordre ont Ă©galement forcĂ© le sort contre la gigantesque Soucoupe, ses mĂ©ga-teufs, et la difficultĂ© Ă  y faire nombre autour d’un projet dans la durĂ©e.

Le foyer autogĂ©rĂ© d’EuromĂ©decine est radicalement distinct, puisque sa vocation est intĂ©gralement tournĂ©e vers l’hĂ©bergement stabilisĂ© et l’accompagnement social, de migrants, la plupart demandeurs d’asile en attente de la rĂ©solution administrative de leur situation. Rappelons que cette charge incombe normalement Ă  l’État, quoiqu’il s’en dĂ©fausse sur des bĂ©nĂ©voles et militants contraints d’évoluer aux marges de la loi. Jusqu’à deux cents personnes, essentiellement d’origine d’Afrique sub-saharienne, sont abritĂ©es, depuis deux ans, dans des locaux garantissant des conditions d’accueil plutĂŽt satisfaisantes.

Durant le confinement, les autoritĂ©s n’ont eu qu’à se rĂ©jouir qu’existent pareils lieux, du reste sollicitĂ©s de maniĂšre plus ou moins officieuse, pour le cadre qu’ils offraient, de mise Ă  l’abri des personnes et application des mesures de protection publique face Ă  la pandĂ©mie. Les en voici aujourd’hui remerciĂ©s, de façon particuliĂšrement cynique, en se voyant montrer la porte de sortie, manu militari si nĂ©cessaire. On ignore vers quelle adresse les services sociaux de l’État, et la police elle-mĂȘme parfois, dirigeront les migrants errant en dĂ©tresse, comme ils l’ont fait Ă  maintes reprises vers le squat d’EuromĂ©decine.

Mais il est vrai que la stabilitĂ© de celui-ci a fini par en faire une adresse de rĂ©fĂ©rence pour des demandeurs d’asile en quĂȘte de protection, de sorte que ce lieu finisse par apparaĂźtre comme crĂ©ateur d’un appel d’air, voire comme abcĂšs de fixation, aux yeux des autoritĂ©s. Il est sĂ»r que celles-ci prĂ©fĂšrent avoir affaire Ă  des individus isolĂ©s, fragilisĂ©s, et sans recours, dans la politique acharnĂ©e qu’elles mĂšnent Ă  l’encontre des droits des migrants et demandeurs d’asile.

Ce cadre gĂ©nĂ©ral Ă©tant posĂ©, on peut simplement indiquer qu’il est possible de rendre visite aux occupants sur place, dans l’espoir d’imaginer une façon de se rendre solidaire, mĂȘme si les bonnes volontĂ©s dans ce sens y ont souvent Ă©tĂ© déçues. Cet isolement est bien en rapport avec la trĂšs difficile histoire des squats montpelliĂ©rains. Nul doute que les autoritĂ©s trouvent dans cette situation une facilitation pour leurs menĂ©es rĂ©pressives.


Article publié le 22 Juil 2020 sur Lepressoir-info.org