Novembre 12, 2019
Par ACRIMED
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On le sait, Nicolas Demorand n’est pas vraiment prompt Ă  l’autocritique quant Ă  ses activitĂ©s de journaliste. Et pourtant, depuis le dĂ©but de l’annĂ©e, il s’est livrĂ© au moins trois fois lors de sa matinale Ă  de vĂ©ritables « actes de contrition Â» selon ses propres mots. L’éditocrate aurait-il changĂ© ?

De mĂ©moire d’auditeur de France Inter ou d’Europe 1, ou de lecteur de LibĂ©ration, oĂč il officia entre autres, jamais, au grand jamais, nul n’a entendu de la bouche de Nicolas Demorand, le moindre dĂ©but de la moindre autocritique [1]. Ce ne sont pourtant pas les occasions qui ont manquĂ©. DĂ©jĂ  en 2013, alors directeur de la rĂ©daction de LibĂ©ration, il avait rĂ©ussi le tour de force de s’excuser auprĂšs des lecteurs sans pour autant s’autocritiquer aprĂšs avoir publiĂ© une fausse rumeur sur un supposĂ© compte bancaire en Suisse de Laurent Fabius.

Plus rĂ©cemment, lors du mĂ©morable fiasco mĂ©diatique sur « l’attaque Â» de l’hĂŽpital de la PitiĂ©-SalpĂȘtriĂšre par des gilets jaunes, dans lequel France Inter a donnĂ© tĂȘte baissĂ©e, le mĂȘme Demorand avait semoncĂ© un auditeur qui mettait en cause la station. Sur le faux Dupont de LigonnĂšs, Nicolas Demorand n’a rien dit, c’était pendant le week-end, il n’était pas d’antenne. Mais le lundi, au studio de la matinale de France Inter, il a laissĂ© Thomas Legrand faire porter le chapeau au Parisien et Ă  la presse en gĂ©nĂ©ral, en incluant toutefois timidement son antenne, alors que le journal de 23 heures (du vendredi 11/10) de France Inter avait lourdement relatĂ© l’arrestation de l’ennemi public numĂ©ro un.

Plus c’est gros


En cette annĂ©e 2019, on a cependant Ă©galement dĂ©couvert un autre Nicolas Demorand accueillant les critiques avec intĂ©rĂȘt, voire enthousiasme. Cela se passe dans le cadre de la chronique « Les 80’ de
 Â» de la matinale de France Inter portant, Ă  7h15, sur un sujet « politique Â» ou « culturel Â». À trois reprises, il dĂ©die sa chronique Ă  des remontrances faites par des auditeurs :

Quatre-vingts secondes ce matin pour faire amende honorable. Et l’amende est amĂšre. (10 janvier) : alertĂ© par des tweets, ND reconnaĂźt son erreur : il a employĂ© Ă  trois reprises le mot « soldes Â» au fĂ©minin, alors que c’est un masculin.

Quand un auditeur corrige nos fautes de français (11 octobre) : un auditeur prĂ©nommĂ© Vincent lui reproche un contresens sur l’expression « Ă  bĂątons rompus Â», ce qu’il admet sans discuter.

Quatre-vingts secondes d’autoflagellation : « L’affaire Bourenbresse Â» (17 octobre) : le mĂȘme Vincent critique sa prononciation incorrecte de « Bourg-en-Bresse Â» ainsi que d’autres mots. Encore une fois, le journaliste fait amende honorable.

L’éditocrate serait-il plus rĂ©ceptif aux critiques quand celles-ci portent sur des sujets particuliĂšrement inoffensifs, des petites erreurs bien pardonnables ? Quoi qu’il en soit, Nicolas Demorand en rajoute dans l’ostentation, pour le cas oĂč on n’aurait pas remarquĂ© sa nouvelle propension Ă  l’autocritique (« cet acte de contrition que je fais bien volontiers Â», « mes outrages Ă  la langue française Â», « je battais ma coulpe avec vigueur Â», « le martyre qu’endure la langue française par ma faute appelle ce matin 80 nouvelles secondes d’autoflagellation Â»). Et de remercier non moins ostensiblement celles et ceux Ă  l’origine des remontrances (« Merci aux twittos qui m’ont vertement rappelĂ© Ă  l’ordre  Â», « le mail courtois, souriant mais impitoyable que m’a envoyĂ© Vincent Â», « [
] remerciant Vincent, auditeur d’Inter, de m’avoir fermement morigĂ©nĂ©  Â»).

Diantre ! Alors qu’en matiĂšre d’autocritique, il n’en faisait visiblement pas assez, et mĂȘme pas du tout, voici que tout Ă  coup, il en fait des tonnes. Les « actes de contrition Â» de l’éditocrate seraient-ils reservĂ©s Ă  des questions triviales ?

De l’humour ?

Face Ă  une telle effusion d’autocritique affectĂ©e Ă  l’extrĂȘme (« merci, Vincent, vous m’avez donnĂ© l’envie de faire des fautes pour avoir le plaisir d’ĂȘtre tancĂ© Â»), on peut se demander si Nicolas Demorand est bien sĂ©rieux, s’il ne se moque pas de lui-mĂȘme, ce qui serait pardonnable, ou de ses auditeurs, ce qui le serait moins. Les saillies demorandesques sont pourtant bien sĂ©rieuses, si l’on en croit le dialogue entre le chroniqueur et la mĂ©diatrice de France Inter, Emmanuelle Davier, dans l’émission « Le rendez-vous de la mĂ©diatrice Â» du 25 octobre, dont voici la transcription pour ce qui concerne notre affaire :

Emmanuelle Daviet : Nicolas Demorand vous ĂȘtes plutĂŽt « coupes claires Â» ou « coupes sombres Â» ? « Bourg-en-Bresse Â» ou « Bourk-en-Bresse Â» ? Pour les auditeurs qui auraient ratĂ© cet Ă©pisode, le 11 octobre dernier, vous avez consacrĂ© votre chronique de 80 secondes, Ă  l’expression « coupes claires Â» Ă  la suite d’un mail envoyĂ© par un auditeur de Bourg-en-Bresse. Vous faites un 80’ et les gens disputent au sens noble du terme. Cela devient un micro-sujet d’enquĂȘte et donne lieu Ă  une effervescence incroyable, joyeuse, enthousiasmante mĂȘme, entre vous et les auditeurs. Racontez-nous cette sĂ©quence et surtout ce qu’elle vous inspire comme rĂ©flexions sur le mĂ©dia radio.

Nicolas Demorand : J’ai un certain nombre d’auditeurs avec lesquels j’ai des Ă©changes rĂ©guliers sur tel ou tel point, de fond ou de forme. LĂ , il s’agissait d’un auditeur qui m’interpellait sur un dĂ©faut de prononciation, un problĂšme de phonĂ©tique : « raciZMEU Â», « lyrizMEU Â» au lieu de « raciSSme Â» et « lyriSSme Â», et il notait que j’avais fait des progrĂšs sur « IZZraĂ«lien Â», que je disais maintenant « ISSraĂ«lien Â»â€Š Et il faisait une liste pour un certain nombre de problĂšmes qu’il faut que je rĂšgle urgemment. Donc je l’ai remerciĂ© et je l’ai citĂ© dans ma chronique
 cet auditeur qui vit donc Ă  Bourg-en-Bresse, qui se prononce « BourK Â» et j’ai dit « BouR-en-Bresse Â». Et c’est DorothĂ©e Barba qui m’a dit « non, on ne prononce pas comme ça Â». Et comme on n’arrivait pas Ă  trancher la querelle, on a demandĂ© Ă  Alain Rey.

Emmanuelle Davier : Comment et pourquoi est-il nĂ©cessaire de stimuler cette corde-lĂ  qui semble ĂȘtre l’une des choses chaleureuses, intenses et positives du lien aux auditeurs ? Qu’est-ce qu’on fait de ça ?

Nicolas Demorand : C’est trĂšs Ă©tonnant de voir le nombre de rĂ©actions Ă  cette chronique. J’avais totalement sous-estimĂ© la langue française car c’est notre outil de travail ici (sic), sous le micro, mais c’est aussi l’objet d’une passion de la part des auditeurs
qui nous Ă©coutent de trĂšs prĂšs, et qui nous disent lorsqu’on fait une faute.

Chiche !

C’est donc du sĂ©rieux ! Gageons cependant que ce n’est qu’un dĂ©but, que le journaliste commence petit pour se faire la main Ă  un exercice d’autocritique auquel il n’est pas habituĂ©, loin s’en faut
 avant de s’attaquer Ă  plus consĂ©quent, par exemple aux critiques d’Acrimed. Et avec le mĂȘme entrain !

Jean PĂ©rĂšs

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Source: Acrimed.org