Novembre 25, 2020
Par Zad D'Arlon
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Rendez-nous les saisons.

Rendez-nous les hivers que vos villes ont rendus fous.

Rendez-nous les étés que vos voitures ont étouffés.

Rendez-nous l’automne aux mille couleurs de bruns et de morts.

De décomposition.

Dans le regard d’une vache

Je vis l’histoire de la civilisation

Triste regard de la bête percluse

La vache est toujours déjà

De l’environnement.

Rendez-nous l’aurore claire et bleue des matins sans réverbères.

Rendez-nous les soirs noirs.

Rendez-nous le vent

la pluie

la neige

les torrents qui torpillent les vallées.

Dans le regard d’un chien

J’ai vu la servitude d’un maitre.

Rendez-nous le chant des oiseaux aux dernières lueurs du jour.

NOUS SOMMES DU PARTI DES OISEAUX

Dans le regard d’un Merle du soir

Dans le regard d’une Chouette de la nuit

Dans le regard d’Étourneau en voyage

J’ai vu l’inquiétude de la liberté.

Rendez-nous les étoiles ! Nous partirons à l’assaut du ciel !

Rendez-nous la peur de marcher dans la nuit.

Rendez-nous le bruit des branches mortes qui craquent sous nos pas.

Rendez-nous l’angoisse.

De quoi t’as peur hein, petit ?

La vie c’est là ! tout près ! traverse la rue

Marche marche marche

Marche encore jusqu’à te coucher épuisé

Sous un grand chêne

De quoi t’as peur hein ? Petit ?

De quoi t’as peur ?

La vie c’est la !

Nous sommes du parti des rats

Des vautours, des renards.

Nous sommes du parti des batraciens.

Rendez-nous les chiens.

Et les abeilles.

Et les loups.

Et les vautours

Rendez-nous le danger d’exister

Rendez-nous l’existence !

Rendez-nous la patience !

Rendez-nous la tendresse !

Rendez-nous l’ivresse des grands vins de soleil

Et des grands froids sous la lune !

Rendez-nous la fortune des jours heureux

Que vous avez enfui sous vos ruines

Gisant sur l’asphalte.

Et nos yeux assignés à vos lignes droites !

Nos yeux qui s’épuisent dans vos métries !

Rendez-nous la pluie !

Nous savons que dans la Nuit

C’est encore le soleil qui éclaire.

Rendez-nous l’ennui !

Rendez-nous le privilège de vieillir.

Rendez-nous le silence.

Nous savons l’heure par le chant des oiseaux,

Nous lisons les lendemains dans le ciel.

Nous sommes d’hier déjà – de demain encore

Mais nous peinons à rester aujourd’hui.

Rendez-nous la folie !

Nous sommes du parti des cabanes

aux voix de terre Gleize.

Chiens parmi l’émeute.

Égos conjurés.

Égaux obstinés.

Nous sommes du parti des étangs

qu’un vent

d’ouest rigole.

Rendez-nous le bonheur !

Nous sommes du parti des fleurs

en bataille

contre les tailles

et leurs lignes droites.

Nous sommes du parti des courbes

et des méandres

des petits feux de cendre

et des salamandres.

Et nos âmes ont touchés

de grands feux

de grands froids.

Rendez-nous l’ombre des sapins

Et des pins.

Les chemins tortueux

Qui ne mènent nulle part.

Rendez-nous le hasard.

De quoi t’as peur hein, petit ?

La vie c’est là ! tout près ! traverse la rue

Marche marche marche

Marche encore jusqu’à te coucher épuisé

Sous un grand chêne.

De quoi t’as peur hein ? Petit ?

De quoi t’as peur ?

Nous sommes la tempête qui vient

juste après les oiseaux.


Texte de Roland Devresse.

Photo de Lucien Dumesnil.

 




Source: Zabliere.noblogs.org