Juillet 6, 2020
Par Le Monde Libertaire
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A quelques encâblures du second tour des prochaines élections municipales, les programmes des candidats bayonnais ont un point commun : les « représentants politiques » ne mentionnent aucun des grands enjeux de notre époque et trahissent les questions formulées par la jeunesse depuis presque quinze ans (Grèves contre le CPE, 2006).

Cette jeunesse [<a title="La jeunesse n’est pas qu’un mot, ni une catégorie ; c’est une classe utopique qui situe et le désir et le devenir d’une société – idée déjà mise en avant par Felix-Marcel Castan dans Jeunesse des Toubadours (Cocagne, 1997). Le sort différentiel qu’un régime politique réserve à sa jeunesse est comparable à l’état des relations sociales.” class=”notebdp”>note] est aujourd’hui toujours plus démunie face aux mythes d’effondrement qui régissent les idéologies politiques et concourent à la logique sélective des rapports sociaux : appauvrissement ou disparition des services publics de droit commun (LRA, Prévention spécialisée, GEM etc.) mais subventionnement de nouveaux opérateurs non formés à la clinique sociale et promoteurs d’ « alternatives » (collapsologie, jardins partagés, méditation et bien-être, biodynamie et autres mensonges), au détriment de toute visée émancipatrice en matière d’éducation et de culture.

En tant qu’anarchistes encore debout, il nous appartient de faire entendre ces questions que la jeunesse ne cesse d’adresser, de les crier plus fort, et de les renouveler en pratique, malgré l’absence de tribune assourdissante laissée aux classes populaires, précarisées, minorisées.

Dans quel état politique réel est plongée notre commune ? Pourquoi les partis en présence n’ont pas d’analyse politique forte de la situation actuelle ?

Comment se fait-il que Bayonne soit une des villes de France où une mosquée ait été prise pour cible par un notable associatif local, où des SDF aient été les premiers verbalisés pendant le confinement, où les tirs redoublés des militaires de la Citadelle passent pour une normalité ?

Comment se fait-il que le Pays basque dans son ensemble représente une zone où les logements et les services de droit commun soient si difficilement accessibles, et où les modèles de réussite valorisés laissent pourtant de côté tous ceux qui souhaiteraient exister autrement ?

Quelles sont à Bayonne et au Pays basque les représentations de l’héritage qui façonnent le rapport au travail et la répartition des rôles [note] ? Où en est-on de la mise en cause du virilisme, de la levée des tabous autour de l’homosexualité ? Comment le mépris de la pluralité culturelle accentue-t-il les clivages sociaux, la peur de l’autre (de l’étranger), et l’isolement de certains milieux et individus ? Existe-t-il une politique locale concertée contre les morts prématurées et le suicide, particulièrement des hommes (dette agricole, chômage de longue durée, célibat …) ?
Comment lutter pour son désir quand de nombreuses perspectives d’avenir sont maintenues hors de portée de certains milieux sociaux infantilisés dès le plus jeune âge ? Existe-t-il une remise en question réelle des politiques désastreuses en matière de jeunesse dans le contexte politique ultra-sélectif que nous connaissons à nouveau ? Comment lutter contre le darwinisme social et le centralisme culturel qui transcendent l’expression des partis et rendent ici le débat particulièrement acritique ?

En quoi les carences des politiques sociales et culturelles ont-t-elle encore été aggravées par la « gestion humaine » désastreuse de la crise sanitaire ? Pourquoi la classe politique ne s’est-elle pas solidarisée autour de ces questions entre les deux tours ? A qui s’adressent les programmes ? A qui profite cette inertie ?

Combien de camarades trop sensibles ou plus fragiles devrons-nous perdre ?

Peut-on accepter de façon plus large que le capitalisme continue à s’accaparer la « valeur travail », et à générer toujours plus d’inégalités sociales contre les conquis de 1945-47 [note] , quitte à adopter le fascio-leghismo – réalité politique européenne traduite par « l’autorisation à agir contre les valeurs fondamentales de la démocratie (solidarité, fraternité) [<a title="Terme vernaculaire et polémique utilisé par Francesca Martinez Tagliavia (Documentaire Palerme, une ville ouverte ?, France Culture, 2018) ; voir Giacomo Russo Spena (Salvini e la lega 2.0 sur
http://temi.repubblica.it/micromega-online/salvini-e-la-lega-20-fenomenologia-del-fascioleghismo/) à propos du livre de Valerio Renzi (La politica della ruspa. La Lega di Salvini e le nuove destre europee, 2015) qui « reconstruit/définit une telle métamorphose en l’associant à l’idée d’un nouveau centre-droit en parfaite adéquation avec le vent populiste et xénophobe qui souffle en Europe »” class=”notebdp”>note] .» et permise par la victoire de la Lega del Norte (LN) en Italie et du macronisme (EM) en France ?

Comment transformer alors nos modes de gouvernement vers plus de communs sans céder aux opiums des discours bienveillants et des prophéties bienpensantes ?

Tout le pouvoir au peuple ! TOUT le pouvoir au peuple ! TOUT LE POUVOIR AU PEUPLE !

[1] La jeunesse n’est pas qu’un mot, ni une catégorie ; c’est une classe utopique qui situe et le désir et le devenir d’une société – idée déjà mise en avant par Felix-Marcel Castan dans Jeunesse des Toubadours (Cocagne, 1997). Le sort différentiel qu’un régime politique réserve à sa jeunesse est comparable à l’état des relations sociales.
[2] Au Pays basque l’etxeko andere – « maîtresse de maison » est un statut idéalisé qui fonde l’existence d’une société traditionnelle basque et la particularité de son « système à maison » – l’etxe ; cette idéalisation occulte cependant une analyse historique du système de propriété et des inégalités qui en découlent (Arrizabalaga, 2006).
[3] Plan de Sécurité Sociale (Famille, Santé, Travail, Vieillesse), Plan Langevin-Wallon d’Education à la paix.




Source: Monde-libertaire.fr