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Lettre
rédigée par des personnels du centre hospitalier d’Alès-Cévennes
et approuvée par une cinquantaine d’entre eux, essentiellement des
infirmiers :

«
Ce courrier est rédigé dans le respect du devoir de réserve qui
incombe à tout fonctionnaire mais également dans le cadre de notre
obligation de servir l’intérêt général. Nous, personnels du
Centre Hospitalier d’Alés-Cévennes (CHAC) […], dénonçons par
la présente la gabegie qui frappe les plus hautes instances de
l’État.

Au
mieux, la zizanie découle d’un cafouillage lié à l’inexpérience
d’une équipe mal conseillée et mal préparée face à une crise
sanitaire majeure. Nous laissons chacun juger de l’acceptabilité
d’une telle incurie. Au pire, il s’agit d’une politique
volontaire en vue de favoriser la contamination. Le but à demi-avoué
de cette politique est l’immunisation de masse de la population qui
rendrait de fait le virus inoffensif.

Nous
tenons à remercier la population pour son soutien envers les
soignants, néanmoins nous tenons à préciser que le meilleur des
remerciements reste encore le respect des règles de confinement. Le
confinement permet en effet de freiner la contamination, de repousser
l’arrivée de la vague et d’échelonner les arrivées en
réanimation. De
même, en ces temps de pénurie de masques FFP2 (dits « canards »),
nous demandons à la population de ne pas céder à la panique et
laisser aux professionnels (sachant s’en servir) la priorité de ce
matériel sous peine de voir rapidement l’ensemble des soignants et
des hôpitaux en perdition. Contrairement à ce que prétend le
gouvernement, l’utilisation de masques maison n’est pas
dangereuse, il suffit des les changer toutes les quatre
heures
et de les laver au minimum à 60°C durant une
heure
puis de les mettre à sécher […].

Les
soignants ne sont pas des surhommes (ou des super-héroïnes),
certains d’entre nous sont âgés, d’autres ont des maladies, des
comorbidités. Des facteurs de risque dont on ne sait pas s’ils
seront pris en charge par l’administration hospitalière, toute
puissante. Pour reprendre les éléments de langage de notre cher
Président,
l’hôpital gère son personnel comme de la chair à canon,
fantassins remplaçables
envoyés
en première ligne. Déjà asphyxiés avant la pandémie, tous les
soignants de France se demandent qui les remplacera quand ils seront
malades. Au moment où nous écrivons ce texte, plusieurs médecins
sont morts, certainement pas les derniers. Nous présentons nos
condoléances à leurs familles.

[…]
Nous
comprenons la nécessité de ne pas tuer l’économie du pays mais
des ordres tels que ‘‘ne sortez pas mais allez bosser’’ ne
peut que créer un sentiment d’incompréhension dans la population,
le but est-il de freiner la contagion ou de défendre une économie
déjà moribonde ? Le secteur du bâtiment PACA a
fait entendre
par la voix du président de sa fédération que
tous les chantiers s’arrêteraient faute de
protections respiratoires efficaces…

La
panique est partout, la gabegie dont nous parlions plus tôt touche
tous
les secteurs, elle s’écoule du sommet de l’État
jusque dans l’ensemble de la société, les patients comme les
soignants n’y font pas exception et les situations de stress et de
violence vont aller en se multipliant au sein de la population. Cela
commence déjà.

Nous
craignons qu’au final ce soit toute la population qui soit infectée
dans les délais les plus brefs. En effet, actuellement, le virus se
propage de proche en proche très rapidement et le confinement souple
décidé la semaine dernière par le gouvernement ne l’empêche pas
du tout de circuler, cette circulation n’a rien à voir avec un
prétendu caractère français, on veut trop souvent nous faire
croire que le français est rétif à l’autorité. Nous pouvons
nous demander si ce n’est pas l’autorité française qui serait
rétive aux citoyens placés sous sa responsabilité.

Nous
sommes tous conscients que le confinement souple mais contrôlé par
l’État est une politique criminelle car elle va provoquer une
flambée de la contamination et une recrudescence des cas graves avec
saturation rapide des services d’urgences et de réanimation. On ne
peut que craindre une évolution à l’italienne de la situation,
c’est-à-dire que la politique actuelle va nous mener à une
hécatombe.

Après
les déclarations sur l’innocuité de la maladie ou l’impertinence
des masques, la nécessité de se confiner mais le maintien des
élections municipales, la mise sous cloche du discours des
épidémiologistes et la promesse d’un vaccin dans les prochains
mois, l’interdiction de voir ses amis ou ses proches opposée à
l’obligation de se rendre à son travail en cas de télétravail
impossible, comment accuser la population d’être rétive à
l’autorité ? Les gens sont simplement réalistes, le discours
officiel n’a ni queue, ni tête.

Aucun
d’entre nous n’est épidémiologiste mais ceux-ci tentent par
tous les moyens d’informer la population, par ailleurs les
autorités chinoises ont mis en ligne l’ensemble de leurs données
épidémiologistes, les chiffres sont donc accessibles à tous. Il y
a aussi des conclusions qui découlent du bon sens, diminuer le taux
de contamination paraît essentiel, afin de permettre aux hôpitaux
d’absorber la déferlante de malades, baisser le nombre de
soignants en exercice permettrait de constituer une réserve quand la
première ligne sera décimée, redéployer les effectifs là où il
y en a réellement besoin, mettre les soignants fragiles (âge,
comorbidités) de côté, ils ne seront d’aucune aide une fois
infectés ne rajoutant que du pathos à une situation qui est d’ores
et déjà dramatique, confiner les équipes à proximité de leurs
lieux d’exercice en dehors de chez eux pour éviter de détruire
des familles. […]

Déjà
dans certains hôpitaux les intérimaires ne sont pas renouvelés.
Les économies de bouts de chandelle devraient-elles encore avoir
cours en ces temps de pandémie ? Nous aimons notre travail et nous
voulons l’exercer dans le respect des bonnes pratiques. Nous ne
voulons pas nous soustraire à nos devoirs mais nous exigeons de les
exercer dans les meilleures conditions, c’est-à-dire
celles qui respectent également nos droits.

Nous
ne sommes pas des données probabilistes […] Nous et nos patients,
nous sommes des individus avec une histoire, une famille, des envies
et des désirs, des projets. Pas des 1 ou des 0 dans un programme
informatique, pas des cartes d’électeurs, pas de la chair à canon
pouvant être sacrifiés sur les autels de la fierté de tel ou tel
politicien aveuglé par son propre pouvoir.

Il
n’y a pas de masque, pas de possibilité de réaliser des
dépistages mais il faut freiner la propagation du virus s’il en
est encore temps, tout le monde doit porter un masque fût-il en
tissu, confectionné à la maison. Nous demandons dès à présent un
confinement strict et total de l’ensemble de la population
française. Nous espérons que ces […] mesures permettront de
limiter le nombre de décès dans notre pays.

Nous exigeons également de notre Président et de son équipe, ainsi que de nos administrations une information juste et transparente. Nous demandons à être considérés, entendus et écoutés. »


Article publié le 27 Mar 2020 sur Lepoing.net