FĂ©vrier 28, 2021
Par ZAD Du Carnet
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Le grand port de Nantes-Saint Nazaire est l’un des acteurs principaux du projet de parc Ă©co-technologique sur l’üle du Carnet. Il est question de bĂ©tonner 110 hA. Notre occupation depuis dĂ©but septembre a permis de remettre en cause ce projet absurde et destructeur. Non seulement, le Carnet est un des derniers espaces migratoires de l’Estuaire, mais surtout les travaux prĂ©vus, qui nĂ©cessiteraient le dragage de la Loire seraient catastrophiques pour ‘envirionnement, sans parler des matĂ©riaux dangereux prĂ©sents dans les sĂ©diments qui risqueraient d’ĂȘtre libĂ©rĂ©s. Nous avons Ă©numĂ©rĂ© Ă  plusieurs reprises tous ces arguments, voir par exemple [1].

La direction du port ne s’étant mĂȘme pas donnĂ©e la peine de prĂ©ciser ce que voulait dire «éco-technologique» autrement qu’à l’aide de mots vagues et fourre-tout, ni de prĂ©ciser qui seraient les promoteurs industriels, un moratoire d’un an a Ă©tĂ© dĂ©crĂ©tĂ© en novembre dernier, suite Ă  un rapport dĂ©favorable du Conseil scientifique rĂ©gional du patrimoine naturel de la rĂ©gion des Pays de la Loire [2]. Ceci nous laisse un peu de temps pour respirer avant le dĂ©but Ă©ventuel des travaux.

Suite Ă  cela, le grand port veut maintenant verdir son projet et le rendre plus «acceptable» auprĂšs de l’opinion ublique. Il veut envoyer des experts scientifiques sur place, pour effectuer diverses Ă©tudes, notamment des relevĂ©s sur la faune et la flore protĂ©gĂ©es. Disons-le simplement : nous ne leur faisons pas confiance et nous ne les laisserons pas entrer. Comment croire Ă  l’impartialitĂ© d’une Ă©quipe scientifique choisie par le grand port ou par l’État ? D’autant plus que les exemples oĂč les risques environnementaux liĂ©s Ă  des mĂ©ga-projets industriels ont Ă©tĂ© minimisĂ©s ne manquent pas ! [3]

Allons mĂȘme plus loin, quel·le·s que soient les expert·e·s choisi·e·s, nous ne les laisserons pas entrer si elles ou ils reprĂ©sentent l’institution scientifique. Cette institution a depuis longtemps comme unique motif d’existence la lĂ©gitimation de la sociĂ©tĂ© industrielle capitaliste [4]. En fait, si les experts ont souvent tendance Ă  sous-estimer les risques des grands projets inutiles, il s’agit d’un problĂšme systĂ©mique avant tout. Ce n’est pas la «faute Ă  pas de chance» d’ĂȘtre tombĂ© sur les mauvais experts. Par ailleurs, le simple fait d’avoir affaire Ă  une institution scientifique hiĂ©rarchique qui, en crĂ©ant un discours scientifique «lĂ©gitime», dĂ©possĂšde tout un chacun de la possibilitĂ© de s’exprimer sur le monde qui l’entoure pose des problĂšmes Ă  certain·e·s d’entre nous. Il y a mille et une raisons de s’opposer au projet du grand port et toutes ces raisons n’entrent pas dans la grille de lecture des universitaires et des ingĂ©nieureuses censé·e·s nous expliquer pourquoi le projet est bon ou mauvais.

Attention, en disant cela, nous ne rejetons pas les outils scientifiques en soi, qui nous permettraient de mieux apprĂ©hender les enjeux de ce projet et de mieux comprendre le lieu que l’on occupe et que l’on habite. Nous sommes conscient·e·s que des contre-expertises indĂ©pendantes ont permis parfois de s’opposer victorieusement aux industriels [5].. Et au delĂ  du fait d’avoir gain de cause ou pas, nous sommes convaincu·e·s que la science, si elle n’est pas utilisĂ©e comme argument d’autoritĂ©, peut permettre Ă  tou·te·s de s’enrichir. Nous avons d’ailleurs publiĂ© un appel aux naturalistes Ă  venir sur la ZAD pour effectuer les relevĂ©s Ă  la place du grand port [6]. Cependant, il est important de prĂ©ciser qu’elles et ils seront les bienvenu·e·s Ă  condition de se dĂ©barrasser de leur position dominante en tant qu’expert scientifique. En particulier, il ne s’agira pas de venir faire des relevĂ©s sans discuter avec nous des mĂ©thodes utilisĂ©es et des objectifs visĂ©s, mais bien de faire en sorte dans la mesure du possible que tou·te·s les habitant·e·s de la ZAD qui le veulent puissent s’approprier les connaissances dĂ©ployĂ©es.

[1] https://zadducarnet.org/index.php/2021/01/27/arguments-projet-industriel-du-carnet/
[2] https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-36434-avis-csrpn.pdf
[3] À propos du projet de centre d’enfouissement des dĂ©chets nuclĂ©iares, voir par exemple https://zadducarnet.org/index.php/2021/01/15/landra-doit-revoir-sa-copie-suite-a-un-avis-explosif-de-lautorite-environnementale/
[4] Il y aurait tant Ă  dire sur ce sujet. Commençons par rappeler que la collusion entre l’institution scientifique et le monde industriel existe, en tĂ©moigne le fait que la grande majoritĂ© des financements de la recherche scientifique est pourvue par divers lobbys industriels, notamment l’armement et le nuclĂ©aire. Ces lobbys induisent un biais Ă©norme dans les champs de recherche explorĂ©s. Ceci ne concerne pas seulement les sciences dites dures, mais aussi les sciences sociales, voir par exemple l’articleQue faire des interventions militaires dans le champ acadĂ©mique RĂ©flexions sur la nĂ©cessaire distinction entre expertise et savoir scientifique  par Thibaud Boncourt, Marielle Debos, Mathias Delori, BenoĂźt Pelopidas, Christophe Wasinski publiĂ© dans 20 & 21. Revue d’histoire 2020/1 (N° 145), pages 135 – 150. En rĂ©alitĂ©, ce biais structurel n’est pas une coĂŻncidence de notre Ă©poque et il faut comprendre que ces alliances actuelles sont logiques et que l’institution scientifique telle qu’elle est construite est quasiment conçue pour servir l’industrie, voir le livre Un futur sans avenir, pourquoi il ne faut pas sauver la recherche scientifique Ă©crit par le Groupe Oblomoff, publiĂ© aux Ă©ditions L’ÉchappĂ©e.
[5] À nouveau, Ă  propos du centre d’enfouissement des dĂ©chets nuclĂ©aires de Bure l’article ci-dessus [3] est un bon exemple.
[6] https://zadducarnet.org/index.php/2021/02/08/appel-aux-naturalistes-en-lutte-militants/




Source: Zadducarnet.org