Juillet 28, 2021
Par Archives Autonomie
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Nous continuons donc notre discussion avec les camarades de la Lotta Anarchica et ce bien sûr cordialement, mais pas au point où la cordialité deviendrait de la diplomatie étant donné qu’alors le bon déroulement de la discussion serait le produit d’une manœuvre. Les camarades de L.A. disent que l’esprit de collaboration internationale qui nous anime est juste, mais ils trouvent seulement que cette position qui est la nôtre est à prendre avec circonspection, c’est-à-dire avec les réserves dues. Nous ne savons pas où les camarades de L.A. trouvent la raison de ces réserves, à tout le moins à notre égard, puisqu’ils en arrivent au point de penser que nous pourrions adopter éventuellement la manipulation d’un point de vue national de tout le mouvement international, ainsi que l’ont fait les bolcheviks. Il est évident que les camarades de L.A. n’ont pas lu avec attention nos journaux et qu’ils n’ont pas bien compris la substance de la critique que Gorter a adressée à Lénine. Il est évident que, si le bolchevisme a abouti au nationalisme, cela a été dû à son contenu hybride du point de vue classiste, à l’immaturité de sa base économique et de son contenu subjectif, idéologique. Dans la critique que nous avions adressée de cette façon-là au Contre le courant de Lénine et Zinoviev dans le deuxième numéro de notre journal, nous avions ainsi prouvé de manière claire et nette que nos positions à ce sujet étaient diamétralement opposées à celle du léninisme quand nous avons démontré que ce dernier était contaminé par le nationalisme, y compris avant la révolution. C’est comme cela que nous avons mis en relief le fait que le prolétariat n’a pas de patrie, et que par conséquent toutes les patries, c’est-à-dire tous les capitalismes, sont ses ennemis, et c’est ainsi que nous ne nous sommes pas laissé préoccuper par les différences éthiques qui existent, ainsi que par les différences subséquentes de caractère et de langue, car tout ceci n’a pas de valeur révolutionnaire, mais une valeur réactionnaire. Il s’agit d’éléments sur lesquels la classe bourgeoise peut insister, mais pas le prolétariat conscient qui, lui, a l’intention de les dépasser. Notre position sur la guerre révolutionnaire est un produit de notre internationalisme intransigeant, lequel peut se résumer par une phrase ! Là où je me trouve, les capitalistes sont mes ennemis, qu’ils soient français, anglais, italiens ou d’une autre nation. Nous constatons qu’après la révolution dans un seul pays, le prolétariat de ce dernier, après avoir détruit sa bourgeoisie, a comme ennemis les capitalismes de tous les autres pays. Certes, si ce prolétariat gardait au contraire dans la lutte un certain particularisme national, un certain orgueil de ses qualités particulières de peuple, il serait évidemment déjà sur la mauvaise voie. Mais l’histoire provoque sur le terrain occidental une révolution prolétarienne qui, même si elle était entachée au début de particularisme national comme c’était le cas de la Commune, acquiert ensuite un caractère de plus en plus internationaliste. Et ceci parce que le fond prolétarien finit par triompher du particularisme national et à se livrer à la passion de la classe exploitée qui est à la recherche de sa liberté.

La monstruosité du national-bolchevisme est un produit des conditions historiques : la révolution occidentale ne peut pas suivre la même trace. Le pur internationalisme qui a succédé à la révolution, et qui a été ensuite vivement éteint par le léninisme au moyen de l’hégémonie du bolchevisme sur le mouvement révolutionnaire international, en est une preuve. Et nous croyons que, dans l’avenir, l’esprit prolétarien saura donner une nouvelle force à cet internationalisme dont nous nous déclarons partisans et défenseurs acharnés.

Lotta Anarchica demande donc une justification historique plus explicite de notre conception du caractère transitoire des programmes, c’est-à-dire de la valeur positive du mouvement social-démocrate dans l’histoire. Nous dirons tout d’abord que nous considérons ce mouvement non pas comme une simple manifestation de collaboration parlementaire : le réformisme a pour nous comme origine la lutte économique de résistance du prolétariat contre la bourgeoisie. La collaboration parlementaire n’en est qu’un aspect particulier. Marx n’a saisi qu’avec retard et de manière incomplète la nature du réformisme qui pour nous est synonyme de syndicalisme : nous l’avons déjà dit dans le dernier numéro en italien. Il a un caractère double, évolutif, progressif, et en même temps une tendance contre-révolutionnaire. Le premier aspect, la première tendance, s’affirme dans une période où le capitalisme se développe et où, par conséquent, les augmentations de salaire sont possibles, et où, par conséquent, l’amélioration économique et intellectuelle relative de la classe ouvrière est possible. Le mouvement économique, dont le reflet parlementaire est la social-démocratie ou le socialisme, a comme conséquence une évolution psychologique du prolétariat international ou, pour mieux dire, un développement des facultés cérébrales des masses prolétariennes. Étant donné que nous sommes des matérialistes dialectiques, nous considérons l’esprit, c’est-à-dire les forces intellectuelles, non comme quelque chose qui est donné depuis le début comme immanent, mais comme quelque chose qui est le résultat de l’expérience séculaire des primitifs. Et cette force intellectuelle, qui est quelque chose comme la vie elle-même, laquelle provient des cristalloïdes et des albuminoïdes, cette pensée qui devient une force de plus en plus collective, subit douloureusement les lois de la contradiction impitoyable qui trouve ses origines dans les bases économiques. Et c‘est de cette contradiction que découle aussi le fait négatif du développement spirituel des masses prolétariennes : l’hégémonie économique du capitalisme crée la possibilité de son hégémonie intellectuelle et éthique.

(à suivre)




Source: Archivesautonomies.org