Août 9, 2021
Par Lundi matin
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Nous, Dieu, on en a rien à foutre. Pourtant, on est pas (ou plutôt plus) du genre à bouffer du curé parce qu’il nous est arrivé de rencontrer des croyant.e.s mutin.e.s, voire indisciplinables. Mais quand on est en vadrouille (on a la chance d’avoir des congés, et la chance encore plus grande d’avoir des vacances) dans les somptueuses et sauvages Hautes Alpes [1], notre sang ne fait qu’un tour quand on voit ça :

Prosélytisme anachronique ?
Détail (2019)

On se disait bien qu’il y avait beaucoup de calvaires dans cette vallée… Notez-bien qu’on est plutôt habitué.e.s, on vient de Bretagne. Mais ceux qu’on croise dans ces montagnes grandioses sont plus récents…

Bordel. On en est encore aux Croisades ? On nous ballonne à longueur de médias avec une laïcité dévoyée devenue machine à exclure. On baigne dans un bain nauséabond de surenchère islamophobe, même quand on a pas la télé. Macrorwell [2] nous nasse dans une im-passe sanitaire : il stigmatise et contraint les soignant.e.s qu’il nous demandait d’applaudir il y a un an. Il veut faire surpiquer des enfants pour punir les parents, condamne les lieux de rencontres mais épargne les lieux de cultes [3].

Mais de réflexion autour de notre modèle socioéconomique qui, outre un dérèglement climatique qui devient bigrement encombrant, promet de très prochaines pandémies, point. Vanitas vanitatum, et omnia vanitas.

On continue donc notre balade agacé.e.s. On s’exaspère de nouveau en apercevant une petite chapelle, même si elle est toute mignonne.

Chapelle toute mignonne

Bien décidé.e.s à suivre les leçons du grand-père du regretté Sepúlveda [4] on s’en approche… On regarde alors un peu mieux et on voit ça :

Façade chapelle toute mignonne
Détail « Ni dieu ni maître ni guerre »

On sourit. On se dit que partout ou il y a de l’obscurantisme, il y a de la révolte. Dès qu’il y a de l’injustice, il y a de l’outrage. Dès qu’il y a du despotisme, il y a de la résistance. Même si ce monde n’a ni destin ni avenir, ça peut fleurir dans les poubelles [5].

Vous nous direz qu’il nous en faut bien peu. Sans doute.« Plus Michaux que Prévert, quoiqu’adorant le vin » , la rose de cette chapelle libertaire nous donne pourtant le frisson, comme le Pater Noster de Jacques.

Où veut-on en venir ? On vit une époque troublée. Une époque qui mérite qu’on fasse tou.t.e.s de la Politique. Une époque qui exige de l’engagement. De la résistance. Or, la particularité de cette époque est aussi qu’elle rend triste. On l’a expérimenté. Pas trop profondément [6] mais assez pour vérifier qu’on est pas efficaces quand on déprime. Qu’il est pénible de résister quand on est tristes. Qu’on perd alors notre puissance (celle de Spinoza, Deleuze, Nietzsche, Amel Bent…) contre le pouvoir et ses dominations. Qu’on perd toute confiance en l’avenir, toute estime de soi et des autres. Qu’on se divise. Qu’on se résigne.

Les puissants règnent essentiellement par la tristesse.

« [il] n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux : c’est le suicide. », disait l’autre. On est assez d’accord. Si on considère que la vie vaut bien d’être vécue, on est condamné.e.s à se donner les moyens de s’engager à la défendre.

Nous ne « comptons pas que les hommes se transformeront en anges, ni que leurs âmes deviendront pures comme des lacs de montagne », à la différence que ces derniers ne nous ennuient pas profondément.

« Sisyphes heureux », ça nous convient.

Trouvons nos trucs pour aller bien [7].

D’autres possibles sont mondes.

Plus de vacances pour les luttes.

Maquis 1maquis2 le a dans le o riseup.net




Source: Lundi.am