Septembre 25, 2021
Par Union Communiste Libertaire (UCL)
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Suite à l’explosion du port de Beyrouth et face à la méconnaissance des risques industriels en France et leurs impacts sur notre santé, des militantes et militants écologistes ont fondé l’an dernier un collectif de veille et d’information populaire. Cherchant à reprendre le contrôle sur les risques industriels, ils commencent à explorer des stratégies syndicales.

En septembre 2019 suite à l’incendie de l’usine de produits chimiques Lubrizol de Rouen, classée Seveso seuil haut, des mesures d’urgences ont été prises pour la protection de la population : confinement, fermetures d’écoles, suspension de certaines activités agricoles… Causé par un départ de feu dans un entrepôt adjacent non soumis à des contrôles réguliers, les risques étant jugés minimes, il n’y a eu ni morts ni blessés mais il reste difficile de connaître les conséquences sanitaires à long terme. Le 4 août 2020, à Beyrouth, l’explosion de 2 750 tonnes de nitrates d’ammonium a causé la mort de 220 personnes et fait près de 6 500 blessés.

Savoir c’est pouvoir ?

Paul Poulain  [1], spécialisé dans les risques et impacts industriels, appelé en tant qu’expert lors de l’incendie de Rouen est alors de nouveau sollicité par les médias. Il prend conscience de l’étendue de la méconnaissance en France des risques industriels et de leurs impacts sur notre santé. Lors de l’entretien qu’il nous a accordé cet été, il explique que c’est ce qu’il l’a poussé, accompagné de quelques militantes et militants écolos, à fonder le collectif Notre Maison Brûle (NMB), un an après Lubrizol. Combien sommes nous à savoir qu’il existe en France des milliers de lieux de stockage de nitrate d’ammonium dont beaucoup dépassent les 2 750 tonnes du port de Beyrouth (60 000 à Saint-Malo)  ?

Qui parmi nous se rend compte que les accidents industriels n’arrivent pas qu’ailleurs, qu’il y en a plusieurs dizaines en France chaque année  ? Nous n’avons que peu conscience des conséquences à long terme sur notre santé de la pollution toxiques des sols et des eaux par les industries. La crise de la Covid-19 elle-même, rappelle Paul, a une origine industrielle, qu’elle soit la conséquence d’une fuite de laboratoire ou de la destruction accélérée de la faune et la flore sauvage…

Pour le collectif NMB c’est une urgence vitale de reposer la question de la production industrielle et de l’encadrement des risques dans le débat public. Les militantes et les militants se sont donné pour but d’informer un maximum de personnes sur le sujet. Avec la volonté de mettre en place un réseau d’éducation populaire et de veille collective sur ces risques et leurs impacts, ils sont intervenus cette années auprès de différents groupes écologistes locaux. Ils leur ont présentés des méthodes pour analyser les bases de données publiques Basias et Basol  [2], et espèrent ainsi qu’une plus large partie de la population pourra s’emparer de ces informations et agir en conséquence.

Pas tous dans le même bateau

Cette stratégie basée sur l’augmentation de la conscience générale des dangers industriels que le capitalisme fait peser sur nous et qui a pour horizon la démocratisation de l’encadrement de ces risques peut sembler idéaliste. Les membres du collectif NMB savent qu’informer ne suffira pas à créer un rapport de force efficace, d’autant plus que nous ne sommes pas tous égaux face à ces risques. Dans la tribune publiée sur leur site internet  [3] il est clair que cette lutte écologique et sanitaire est avant tout un combat pour plus de justice sociale  : les plus exposé·es sont les travailleuses et travailleurs de l’industrie mais aussi celles et ceux vivants dans les quartiers populaires.

Seules 6 % des substances chimiques qui circulent dans l’UE sont soumises à des seuils de risque, laissant au patronat une entière liberté dans l’utilisation de plus de 28 000 produits au contact desquels se retrouvent ouvrières et ouvriers. Leur espérance de vie est de quinze ans inférieure à celle des cadres en France. Et, pour des raisons historiques, les populations les plus pauvres et racisées, s’étant retrouvées au chômage, en partie suite à la délocalisation de l’industrie française, continuent de vivre là où les sols et les eaux restent les plus pollués.

La désindustrialisation n’a pas effacé la pollution et a d’une certaine façon augmenté les risques, rendant moins évidentes les causes d’intoxication. En Seine-Saint-Denis par exemple, de nombreux jardins ouvriers sont situés sur les friches d’anciennes usines…

S’allier avec les syndicats

Que ce soit dans la tribune de NMB ou le discours tenu par Paul Poulain, il transparaît timidement la nécessité d’une révolution anticapitaliste de la production qui ne pourra se faire qu’avec les travailleuses et les travailleurs. Leur manifeste souligne que la désorganisation du travail et le recours à la sous traitance sont responsables de l’augmentation des dangers industriels.

Paul reconnaît qu’informé·es ou non, nous n’avons actuellement aucun pouvoir de décision. Face à ce constat il explique que NMB échange régulièrement avec des syndicalistes des informations de terrain tandis qu’il a entamé de son côté auprès de Sud Chimie, un travail de conseil pour organiser dès 2022 la reconversion professionnelle volontaire d’ouvrières et d’ouvriers. L’objectif étant de préparer progressivement l’arrêt ou la diminution de certaines activités polluantes et dangereuses (production pétrolière, de caoutchouc, de pesticides…).

Un nouveau mot d’ordre  : la défection généralisée  ! Ce ne sont pas les actionnaires qui vont venir dans l’usine travailler… En attendant, le collectif NMB organise fin septembre, à l’occasion des 20 ans d’AZF et des deux ans de Lubrizol une mobilisation pour dénoncer la course aux profits capitaliste qui nuit quotidiennement à notre sécurité collective.

Mélissa (UCL Orléans)




Source: Unioncommunistelibertaire.org