Mars 8, 2016
Par Ruptures
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Travail le dimanche et de nuit, 35 heures menacées, licenciements facilités, justice prud’homale cassée, délit d’entrave syndicale dépénalisé, représentants du personnel affaiblis : voilà une partie des mesures prises par le gouvernement Hollande.

Ces attaques sans précédent contre nos droits viennent, en outre, s’ajouter à des cadeaux fiscaux qui, pour l’heure, s’élèvent à plus de 40 milliards d’euros, au seul bénéfice du patronat. L’austérité, la destruction des acquis sociaux, la sécurisation de la délinquance patronale sont les seules réponses que l’État, à travers ses ministres, a données à la crise économique, qui, décidément, a bon dos pour justifier une politique d’une violence sociale rarement vue.

Le rapport Combrexelle, présenté en septembre 2015, annonçait les couleurs d’une réforme radicale du Code du travail qui n’augurait rien de bon pour les salariés. Un sentiment récemment confirmé par le projet de loi élaboré par l’actuelle ministre du Travail, Myriam El Khomri, qui, notamment, entend très clairement saboter les 35 heures – en confiant la négociation du temps de travail aux entreprises –  et poursuivre la casse de la justice prud’homale, notamment en plafonnant le montant des indemnités dues par le patronat en cas de licenciement abusif.

Partout, au gouvernement, à la télé, dans les journaux, le discours est le même : si le pays est en crise, c’est parce que le travail coûterait trop cher et que les patrons seraient handicapés par une réglementation jugée trop contraignante. Pourtant, un rapide coup d’œil suffit pour se rendre compte que, dans une entreprise, ce sont moins les salaires des employés qui coûtent cher que les dividendes versés aux actionnaires ou les salaires des dirigeants. Car, pour les travailleurs, la tendance est partout la même : la précarité. CDD, intérim, CDI intérimaires, auto-entrepreneuriat dévoyé : le travail n’est plus garanti dans la durée, et nous sommes obligés de nous soumettre aux moindres caprices des employeurs, au risque de devoir pointer au fameux Pôle emploi, lequel n’est bientôt plus qu’une sordide agence de flicage généralisé des chômeurs. Des travailleurs mobiles et flexibles, voilà ce qu’ils veulent, et voilà ce qu’ils commencent à imposer comme norme de gestion du marché du travail.

Chômeurs stigmatisés, militants réprimés

Alors que les entreprises dites en difficulté voient le champ des possibles s’ouvrir sans fin (elles sont désormais autorisées à temporairement augmenter le temps de travail et à baisser les salaires si cela permet de redresser leur situation), les chômeurs, eux, sont stigmatisés par les pouvoirs politiques et médiatiques, qui n’ont de cesse de les désigner comme responsables des maux de nos sociétés malades. « Profiteurs », « parasites », « assistés », « fainéants », nos dirigeants ne manquent pas de mots pour taper sur les plus fragiles, dans un jeu de langage démagogique qui n’aspire qu’à voir les prolétaires se dresser les uns contre les autres. Boucs émissaires faciles des discours populistes, les chômeurs sont même désormais exposés à des politiques qui voudraient encore réduire durée et montant des allocations.

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Les salariés de Goodyear en action pour défendre leurs emplois.

Accompagnant la restructuration d’un capitalisme à nouveau en crise, la politique du gouvernement a su trouver dans la machine antiterroriste son garde du corps idéal. Profitant des attentats de 2015, l’État a achevé de faire de l’antiterrorisme un véritable mode de gouvernement, au-delà d’une simple réponse sécuritaire au terrorisme. La loi sur le renseignement votée en juin 2015 a inscrit dans le marbre des atteintes conséquentes aux libertés individuelles, notamment en matière d’usage du Net, à la fois espace de liberté et outil de contrôle social. Mais c’est surtout les attentats du 13 novembre qui ont décomplexé la nature intrinsèquement policière et terroriste de l’État, qui n’a pas hésité à instaurer l’état d’urgence et à le prolonger sur de longs mois. Ce qui a suivi est bien connu : perquisitions, arrestations, incarcérations, assignations à résidence, interdiction de manifestations. Le tout accompagné de brutalités de la part de flics élevés au rang de héros et évoluant en totale impunité.

La répression contre le mouvement social a accompagné le harcèlement des musulmans et l’expression tous azimuts du racisme structurel du pays organisés par cet état d’urgence dont on ne voit pas venir le terme. Les syndicalistes de Goodyear poursuivis pour avoir séquestré pendant quelques heures deux de leurs cadres en ont fait les frais, la justice les condamnant à neuf mois de prison ferme, quand, en revanche, elle relaxait le flic qui, en 2012, avait tué d’une balle dans le dos Amine Bentounsi…

C’est un fait, les gouvernements changent, les modèles économiques capitalistes aussi, mais la situation pour nous, travailleurs et chômeurs, reste la même : l’exploitation ou la misère, la soumission ou la prison. Les partis proposent tous fondamentalement la même chose, à savoir gérer les ressources humaines que nous incarnons à leurs yeux, et ne sauraient représenter d’alternatives à cette société mortifère qui nous condamne, au mieux, à survivre. Notre avenir ne sera jamais que ce que nous nous efforcerons de construire ensemble, à notre niveau, à nos échelles, là où nous travaillons, là où nous vivons, dans nos entreprises comme dans nos quartiers, dans tous les lieux de vie et les structures de lutte qui nous rassemblent autour de nos intérêts de classe, loin des ambitions électorales.

Commencer par se rencontrer, par se rassembler, par discuter pour mieux comprendre les dominations multiples que nous subissons ou faisons subir, pour mieux détruire le rapport social capitaliste. Mais la construction de notre émancipation ne se fera pas sans rupture. Cette rupture sera radicale et révolutionnaire, ou ne sera pas. Violente, aussi, sans doute, mais jamais autant que ce monde dont nous sommes les prisonniers.

Guillaume
Groupe Salvador-Seguí

Qu’est-ce que… le projet de loi El Khomri

– Un plafonnement des indemnités prud’homales versées aux salariés en cas de licenciement abusif. (Supprimé dans le nouveau projet suite à la mobilisation du 9 mars.)
– Le fractionnement des 11 heures de repos obligatoire par tranche de 24 heures.
– La possibilité pour une entreprise de baisser les salaires et de changer le temps de travail, par simple accord.
– La possibilité pour l’employeur de décompter les temps d’astreinte des temps de repos.
– La possibilité de faire travailler les mineurs 10 heures par jour et 40 heures par semaine. (Supprimé.)
– La suppression de l’obligation d’information de l’inspection du travail pour la mise ne place d’un temps partiel. (Supprimé.)
– La possibilité de rémunérer cinq fois moins les heures sup par simple accord d’entreprise.
– La possibilité d’imposer une mesure par référendum contre l’avis de 70% des syndicats. (Modifié depuis le 9 mars, mais l’esprit demeure.)
– La possibilité pour une entreprise de faire un plan social sans difficultés économiques.
– La possibilité pour l’employeur de licencier un salarié qui refuse une modification de son contrat de travail après un accord d’entreprise.
– La possibilité de passer de 10 heures à 12 heures de travail maximum par jour par simple accord.

Pour plus d’infos, en temps réel (le projet de loi est amené à évoluer), voir le travail du collectif Loi Travail, non merci !, disponible sur www.loitravail.lol.




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