Février 10, 2022
Par Brest Media Libre
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Mercredi 19 janvier 2022, une opération de police a mené à l’interpellation de plusieurs personnes dans le quartier de Pontanézen. Le lendemain soir, deux voitures ont été cramées dans le but de se battre avec les flics. Dans la nuit du samedi soir au dimanche matin de la même semaine, le tram a été bloqué dans le même but : attirer les keufs. En réponse, les conducteurs de trams et bus ont exercé leur droit de retrait [1] et ont décidé d’arrêter de passer dans le quartier pendant une semaine. C’est pour ça que le tram et les bus ne passaient plus dans le quartier, puis seulement après 21h la semaine suivante.

Quatre mesures ont été choisies pour répondre à ce qu’il s’est passsé, dont deux particulièrement répressives : l’installation de caméras dans le quartier et la création d’une BAC de jour. « Ponta », comme on dit, est un des quartiers les plus pauvres de Brest avec près de la moitié des habitants en situation de pauvreté et où un cinquième des habitants sont au chômage. Admettons que ces mesures mettent un terme aux violences et au deal. Ces « solutions » vont-elles aider les gens à sortir de la galère ? La réponse est évidemment non. Les événements récents ne sont qu’un prétexte pour développer de nouvelles stratégies de répression. C’est bien connu que les cités, les « banlieues chaudes » ont toujours été des laboratoires d’expérimentations sociales, qu’il s’agisse de l’intérim, de l’ubérisation de la société ou bien des technologies du contrôle social, ces quartiers ont toujours été en première ligne.

Cela fait des années et des années que la situation à Pontanézen est comme ça. Avant le quartier était délaissé par le réseau de transports. Dans les années 2010, l’apparition du tram dans le quartier a permis la fin de son isolation. 100 millions d’euros ont été investi dans ce quartier. Certaines personnes semblent dire que cela a été inutile. Mais à quoi a bien pu servir tout cet argent ? A gentrifier le quartier ! C’est-à-dire à remplacer les pauvres par des gens de la classe moyenne. C’était évident que la situation n’allait pas s’améliorer. Une bonne partie de ce quartier est issue des précédentes générations d’immigrés en France. Cela explique pourquoi les plus jeunes, dont les parents et grands-parents ont été méprisés, humiliés par les Français à l’époque, ne semblent pas vouloir jouer la comédie du bon citoyen paisible. Comment peuvent-ils avoir de la considération pour des services capitalistes collectifs (j’utilise ce nom car aux dernières nouvelles, le « service public » doit également répondre à des exigences de compétitivité, quoi qu’en disent celles et ceux qui les défendent) dont ils ne profitent que des miettes ? Ponta est une cité-dortoir où il y a qu’une médiathèque, un centre social pour bien rappeler aux gens qu’ils sont dans la galère, une poste et un Pôle Emploi qui sert à fliquer un quartier où le chômage concerne près de la moitié de ses habitants. Comment peuvent-ils avoir envie de faire société avec le reste des habitants alors qu’ils sont considérés comme des citoyens de seconde zone par ces mêmes habitants. La différence est si profonde qu’elle ne pourra pas être réparée dans un temps court c’est évident, surtout à coup de gazeuse et de matraques.

On pouvait lire « A Pontanézen, la star, c’est celui qui est riche » dans Ouest-France. C’est du foutage de gueule ! A l’ère du capitalisme globalisé, c’est dans le monde entier qu’on dit ça ! C’est normal de vouloir faire de l’argent facile lorsque le modèle vendu par notre société est de porter des vêtements de luxe, rouler dans des grosses voitures et de partir en vacances à l’autre bout du monde dans un avion qui pollue. C’est sûr que si on vendait du rêve en vivant de rien et en allant s’habiller à Emmaüs la situation serait pas comme ça. La violence des banlieues c’est le résultat de la violence du capitalisme, qu’elle soit symbolique, social ou économique ! Cette violence n’est dénoncée que lorsqu’elle prend une forme physique, encore plus quand ce sont des jeunes de cité, mais aussi lorsque ce sont des ouvriers qui arrachent la chemise de leur patron. Pourtant, cette violence n’est que le miroir de ce que sont les violences économiques du chômage et de la pauvreté, les violences symboliques du racisme et du colonialisme, la froideur du béton et de l’aménagement du territoire… Comme on dit, il n’y a pas de fumée sans feu.

Le chômage dans lequel sont plongé les gens à Pontanézen, et de manière plus globale dans le monde, est structurel. Ça veut dire que c’est comme ça que la société fonctionne. L’arrivée des ordis, les délocalisations de la mondialisation et maintenant Internet ont rendu superflu toute une partie de la population mondiale, notamment en Occident où le besoin en main d’œuvre est faible. Or, il est nécessaire de travailler, c’est-à-dire participer à l’accumulation sans but et sans fin de profits, pour vivre sous le capitalisme. Il faut des thunes pour pas mourir de faim, de soif ou de froid. D’ailleurs, la division (internationale) du travail fait que « le bon citoyen » de Pontanézen qui se sortirait de cette galère ne pourrait le faire qu’au prix de mettre quelqu’un a sa place. C’est ça la réalité de la concurrence sur le marché du travail (mais qui concerne en fait tous les autres aspects de notre vie). Aujourd’hui, ce sont les populations mises à l’écart, des cités et des quartiers pops, qui doivent galérer, mais si on regarde ailleurs en Europe ou aux États-Unis, on voit bien que ce sera bientôt le tour de toute la France de vivre une vague de précarisation jamais vue. Avec toujours plus de gens dont le travail (et donc l’existence, car c’est la seule façon d’exister sous le capitalisme) sera en trop, et la précarisation croissante des conditions de travail qu’aucun syndicats ni partis ouvriers (trop dépassés par notre époque) ne pourra empêcher. C’est toute la classe moyenne qui va perdre ses conditions matérielles d’existence comme ça a été le cas en Grèce avec des ingénieurs, des juristes, des pharmaciens qui se retrouvent à la rue du jour au lendemain…

On peut donc dire que la répression est aussi utile à la société que des soins palliatifs donnés à un patient en phase terminale et que le seul moyen d’empêcher ce genre de choses d’arriver c’est de s’en prendre à la cause : le capitalisme.




Source: Brest.mediaslibres.org