Lors de la première guerre mondiale, le patriotisme a coûté la vie à environ 18,6 millions de personnes. 9,7 millions de morts militaires et 8,9 millions pour les civils. Aujourd’hui, 99 ans plus tard, à l’occasion des commémorations du 11 novembre « jour du souvenir », le patriotisme est toujours bien là, toujours à l’honneur, drapeaux bleu blanc rouge flottants partout, dans les lycées comme dans les jardins, exhibés en toute occasion, comme si la mémoire des massacres passés ne servait à rien. A cette absurdité, il faut en ajouter encore une autre : au nombre des 1,3 millions de soldats « morts pour la France » et aux 95 000 soldats morts aussi mais sans avoir obtenu la mention, il faut encore ajouter environ 650 fusillés pour l’exemple. Quatre articles du code de justice militaire sont surtout à l’origine de ces condamnations : les articles 213 sur l’abandon de poste en présence de l’ennemi et 218 concernant la désobéissance en présence de l’ennemi, ainsi que l’article 233 voies de fait sur supérieur en service et article 238 désertion à l’ennemi. Ce furent des procès rapides, tenus par des tribunaux sous forme de conseils de guerre spéciaux, composés de trois officiers dont la décision était exécutoire, sans appel et sans délai. La justice devenait ainsi un outil disciplinaire destiné à intimider les hommes et forcer l’obéissance. Ce fut le sort de 650 soldats français qui furent ainsi jugés et exécutés sommairement, essentiellement durant la période 1914 -1915. Parmi eux, 12 soldats aveyronnais. Aucun de ces 12 hommes à ce jour n’a été réhabilité. Alors que le Canada a réhabilité ces fusillés pour l’exemple en 2001, la Nouvelle Zélande en 2000 et le Royaume Uni par voie législative en 2006, la France n’a toujours pas œuvré pour la reconnaissance globale de ses fusillés pour l’exemple, afin de réunir ensemble toutes les victimes de cette immense boucherie absurde. Les cérémonies de commémoration sont allées bon train, grands discours, gerbes, tambours et petits fours mais l’hypocrisie demeure.