Appel à un cortège de tête radicale mixte (avec nos alliéEs) contre l’instrumentalisation de nos luttes à l’occasion de la marche des fiertés de Lyon. Mort à l’état, mort au capitalisme rose, mort au système policier.

Nous sommes la honte de la nation, parce que nous ne défilons pas lors du mois des fiertés pour célébrer l’amour. On ne veut pas de Disney pride, de train ou de passage piéton au couleur LGBT, de photos d’éluEs jouant à l’homosexuel.le pour une photographie. On sait que lutter pour une égalité avec les hétéros ne fait que déplacer la norme et les privilèges à quelques personnes : les blanc.hes, les cis, les gens valides et avec un capital économique : un logement et un travail. ça ne change pas le système en soi.

La pride ne devrait pas être une question de célébrer tous*tes ensemble la diversité des identités de genre et de sexualités, mais devrait questionner les oppressions que l’on vit et qui nous les fait subir. L’homophobie et la transphobie ne sont pas des discriminations dû à l’ignorance ou la peur de ce qu’on ne connait pas, elles font parties d’un système. L’Etat français n’est pas notre allié, et il ne l’a jamais été. Il est celui qui créé nos oppressions.

Nous n’attendons pas de lui qu’il nous octroie le droit d’exister, ni qu’il nous tolère. L’ouverte d’esprit des personnes normées ne nous intéresse pas, tout comme leur acceptation. Nous sommes là, tels que nous sommes, déviant*es, hors norme.

Mort à l’Etat

Chaque année des élu.es se permettent de prendre la tête de la manifestation et arborer des grands sourires devant les photographes. Ces guignols pensent que nous avons oublié la loi asile/Immigration qui expulsent les migrantEs etla loi qui pénalise les clients de travailleur.euses du sexe.

Mort au capitalisme rose

Dans les autres prides en France, des chars mastercard, tinder, placé devant des assos militantes comme act up. Tous ces chiens de garde se montrent au grand jour chaque année pour faire de nous des consommateur.ices obéissant.es.

Mort au système policier

La pride devrait être la question de qui vit et qui meurt.

On a vu des cortèges de flics en uniformes, arrosant les gens avec des pistolets à eau.La première pride était à la base une émeute faite par des femmes trans noires tds [1] qui étaient réprimées par la police. La pride a des origines de lutte contre le racisme, le transphobie et la putophobie. Les personnes allant à la pride ne devraient pas se contenter des sloggans love is love, ni de servir de caution de « modernité » au gouvernement pour qu’ils continuent d’imposer leur impérialisme à des fins colonialistes.

Nous ne voulons ni flics, ni état dans nos prides.

En Belgique, à Bruxelles, un cortège radical a été stoppé par la police, dénoncé par l’organisation de la pride elle-même. La seule action que nous allons faire est de se placer devant les éluEs, pour montrer notre désaccord avec la place qui leur ai attribué, mais aussi pour rendre visible, une parole plus contestataire. Si l’organisation de la pride est amenée à se désolidariser de notre cortège dans le but d’une intervention par la police, elle marquera l’acceptation de l’homo-nationalisme et se rendra complice du pink washing de l’Etat, privilégiant une vision sécuritaire, oppressif et pro-répression à la dénonciation d’un système LGBTQIphobe.

Nous, trans, pédé, bi, gouines, non-binaires, tafiole, goudou, travelo, pédales, genderqueer, mecs à vagin, Meufs à bites, intersexes, c’est à nous de nous poser les questions de notre instrumentalisation. Voulons nous d’une pride qui a pour seule objectif, sous couvert d’acceptation, de faire rentrer les gais dans la norme hétérosexuelle ?

Cher éluEs, votre mariage ne nous libère pas, ni votre idéal d’amour romantique avec sa vision binaire à but capitaliste qui se terminera de toute façon par un divorce. Pour autant, laissez nous nous marier à trois avant que cette institution s’effondre, juste pour avoir les papiers. Laissez nous des mariages entre potes gouines, finir notre vie avec nos godemichets, avoir trois papas dont un enceint, dans nos communautés queer, faire nos familles comme on l’entend, comme le veut.

Dans une marche où le mot d’ordre est « face aux racismes et aux LGBTIphobies : unissons nous » , rappelons ensemble à l’Etat qu’il n’y a pas sa place. Ses choix ont des intérêts capitalistes, ses choix définissent qui peut et qui a le droit de rester en vie.

Nos mortEs sont politiques, alors la pride doit l’être aussi.


Article publié le 14 Juin 2019 sur Rebellyon.info