Le progrès ne se loge pas dans la continuité du cours du temps, mais dans ses interférences : là où quelque chose de véritablement nouveau se fait sentir pour la première fois avec la sobriété de l’aube.

Walter Benjamin, Paris, capitale du XIXe siècle.

les ronds-points devenus agoras
je te dis qu’on va souffler fort
circulez pas y’a tout à dire
démodent à toute vitesse les vieilles
rhétoriques des jeunes gestionnaires
en économie libérale hors-social
politique reste à trouver
au cœur de la colère les paroles
libres d’un vivre des égalités
solidaires sans les dualismes séparateurs
je respire à pleins poumons tes reprises
de vivante en utopie quotidienne
avec toute l’inventivité de nos peuples
rebelles qui passent les frontières
et tournent les ronds-points
à contre-sens des histoires officielles
tu me dis qu’on va faire résonance
ici et tout autour de nos méditerranées
ça tourne rondement avec
nos interférences

ça revient de loin ça remonte

la tourne que les bourgeois voit dans l’autre

sens le progrès de ceux qui n’auront jamais affaire

à la justice sauf accident ou petits pas

de côté dans la jeunesse puis la propriété

tu me dis maintenant le dérèglement

comme dans l’enfance l’insupportable

et courir à hurler comme des fous

avec tout l’air d’une récréation

viens dans la ronde jusqu’au perdre quoi

la mer ne dort jamais je te dis

même qu’après 1848 Heine rit la colère

alors fond avec la jubilation comme

dans ta robe rouge la danse

de nos cerisiers en fleurs avec la neige

d’avril ils distribuent des coups même si

je n’ai jamais fait de mal à une mouche

et toi à une araignée elle tisse sa toile

nos peuples ont l’élan d’une écriture en

plein air pour une irisation des voix

un petit psycho-linguiste veut aider les pauvres

enfants à enrichir leur vocabulaire

objectif assuré enrayer la violence des quartiers

il est en place au ministère sans avoir jamais

lu ni La Bruyère ni Voltaire encore moins

Montaigne et ses brésiliens transportés en France

tu aimes la naïveté originelle et je redouble

mes estrangements de la maternelle

aux enquêtes universitaires avec ce poème

des voix du peuple perpétuellement

utilisé massacré déçu par les bourgeois

Péguy publie Ménard qui avait passé trois ans

en prison pour ses poèmes de Juin

tu n’oublies pas sans rien dire et je l’entends

dans tes cris la nuit ils résonnent

ceux des petits enfants qui savent déjà inventer

des résistances des méfiances avec

ta confiance comme un juin toujours

actif de la révolution depuis

notre printemps je te rime de partout

parler pour et parler de gèrent le débat

sans écoute par ceux qui ont pris

jusqu’à notre nom notre voix je cours encore

toute la République jusqu’à ton souffle

ma sœur la vie avec un vieux souvenir

à plein souffle du cor Baudelaire

écoute les gestes fous de son grand cygne

quand Roubaud amuse la galerie parisienne

en volte-face rhétoriques à la Lamartine

je pense aux abris détruits plus lourds

que des rocs ce migrant le cœur plein

de son beau lac natal dort sur une bouche

de carbone chaud on nettoie vite

les karchers et les évaluations notations

tout y passe la vie court nue

les orphelins de la République remplissent

nos classes nos rêves tu cauchemardes

et j’essaie dans mes je-tu d’entendre

toutes les lèvres cousues à qui on a interdit

la mémoire vive nos histoires

la casse comme si une poubelle et une vitrine

une chaise de banque et un banc circulez

effaçaient les ressources humaines au suivant et puis

depuis 48 le chœur des philistins il faut

en finir avec ce goût du meurtre et mélancolie

esthétique et idylle touristique même les poètes

ou les philosophes louent l’éternelle misère

de tout avec le bon marché

des complices verbeux tout kitsch dans

les conforts des métaphores éborgnées

j’ai désarmé un flic quand tu défonçais

la banque et toutes nos expériences confondent

les refoulés j’ai l’épouvante mais tu ris

dans un chant général toutes les petites mains

grisent de fraternité sans aucune

allégorie nos peuples nos folies

sans réconciliation ni bestialisation

tu me donnes rendez-vous sous le blanc cygne

comme une physionomie de nos dates

sur un petit fleuve aux rythmes inachevés

Ces poèmes vers les Gilets Jaunes brutalisés (blessés ou incarcérés) par un pouvoir au service de l’ordre bourgeois et financier.

Merci aux œuvres de François Bégaudeau, Carlo Ginzburg, Dolf Oehler Michèle Rio-Sarcey, et bien évidemment de Charles Baudelaire, Gustave Flaubert et Walter Benjamin, d’autres qui viennent sans qu’on sache ou dont le nom est la vie