Novembre 23, 2022
Par Manif Est
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En fait, un pays sans avortements, ça n’existe pas. Un pays anti-avortement, c’est un pays oĂč les personnes qui avortent sont contraintes Ă  des interventions mĂ©dicales clandestines. C’est un pays qui interdit l’accĂšs aux structures de soin et d’accompagnement nĂ©cessaires Ă  la santĂ© physique et mentale des personnes concernĂ©es. C’est un pays qui alimente les inĂ©galitĂ©s sociales, en sĂ©parant celleux qui ont les moyens d’aller Ă  l’étranger et/ou de payer cher des interventions illĂ©gales, et celleux qui n’ont pas ces ressources matĂ©rielles et qui sont poussĂ©.e.s vers des solutions beaucoup plus dangereuses, voire mortelles. Lutter contre l’avortement, c’est oeuvrer contre la santĂ© et contre la libertĂ© de ces personnes. C’est se rendre complice d’inĂ©galitĂ©s et de violences sexistes, classistes, racistes, validistes, putophobes etc


Aussi, le droit Ă  l’avortement ne concerne pas uniquement les femmes cisgenres et dyadiques : les personnes intersexes et les personnes transmasculines sont elles aussi concernĂ©es, et sont encore trop facilement invisibilisĂ©es ou silenciĂ©es. On rappelle Ă©galement que les personnes concernĂ©es ne sont pas toutes blanches, bourgeoises et valides. La lutte pour le droit Ă  l’avortement est une lutte intersectionnelle, au mĂȘme titre que n’importe quelle autre lutte fĂ©ministe.

La question de l’avortement touche toutes les personnes opprimĂ©es et exploitĂ©es par le patriarcat et par le capitalisme. S’attaquer au droit Ă  l’avortement, c’est s’attaquer Ă  toutes les personnes qui subissent le sexisme. C’est s’attaquer Ă  notre droit Ă  disposer de notre corps et de nos libertĂ©s. C’est faire de nous des objets, et non des sujets, de la sociĂ©tĂ©. 

Les pays qui reculent sur le droit Ă  l’avortement reculent aussi sur les droits des personnes trans*, des personnes migrantes et des personnes prĂ©caires. Bien souvent, ces vagues liberticides vont de pair avec un accĂšs de plus en plus rĂ©duit aux soins et Ă  la mĂ©decine, tout particuliĂšrement pour les classes populaires et marginalisĂ©es. Quand un pays s’attaque Ă  un droit fondamental, c’est tous les autres droits acquis par les luttes qui sont mis en pĂ©ril. Contre cela, nos ressources sont et ont toujours Ă©tĂ© communautaires et collectives : on ne peut pas lutter seul·e.

Mercredi 23 novembre (2022) de 18h Ă  19h se tient au parlement europĂ©en de strasbourg une rĂ©union anti-avortement. Cette rĂ©union s’intitule : « S’opposer Ă  l’avortement aux Ă©tats-unis et en europe : la voie Ă  suivre Â». Le ton est donnĂ©. Elle est organisĂ©e par l’european centre for law and justice (« centre europĂ©en pour le droit et la justice Â» en français), une ONG chrĂ©tienne conservatrice fondĂ©e Ă  strasbourg, en lien avec de nombreux pays dont les Ă©tats-unis, l’italie, la pologne et la russie. Elle s’inscrit dans la continuitĂ© des valeurs patriarcales racistes et liberticides portĂ©es par le centre amĂ©ricain pour la loi et la justice. 

Le 17 novembre 2022, le directeur de l’ECLJ GrĂ©gor Puppinck avait envoyĂ© Ă  la dĂ©putĂ©e Pascale Martin une lettre anti-avortement sur laquelle Ă©tait scotchĂ© un fƓtus en plastique. Ce courrier visait clairement Ă  dĂ©stabiliser cette dĂ©putĂ©e avant qu’elle aille dĂ©fendre l’inscription du droit Ă  l’IVG dans la constitution française. 

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Quelques jours plus tard, l’ECJL organise sa rĂ©union anti-avortement au parlement europĂ©en de strasbourg. PrĂȘter des locaux pour organiser une rĂ©union, c’est soutenir les personnes qui se rĂ©unissent. C’est leur donner accĂšs Ă  des moyens matĂ©riels considĂ©rables (une salle, des Ă©quipements), Ă  une visibilitĂ© et Ă  une lĂ©gitimitĂ©. On devrait ĂȘtre inquiet·es et rĂ©volté·es de savoir que le parlement europĂ©en soutient les actions anti-avortement de l’ECJL. Un parlement qui soutiendrait la dĂ©fense du droit Ă  l’avortement refuserait d’accueillir une telle organisation. En fait, la prĂ©sidente actuelle du parlement europĂ©en, Roberta Metsola, Ă©lue en janvier 2022, est ouvertement anti-avortement. 

Un rassemblement est prĂ©vu mercredi 23 novembre Ă  18h devant le parlement europĂ©en. Venez avec rage et pancartes !

Pour information : En 2022 aux Ă©tats-unis, une dizaine d’états ont interdit l’accĂšs Ă  l’avortement. La cour suprĂȘme a Ă©galement annulĂ© un arrĂȘtĂ© datant de 1973 qui avait pour rĂŽle de protĂ©ger le droit Ă  l’avortement dans tout le pays. Prochainement, plus de 16 Ă©tats pourraient suivre la mĂȘme voie et interdire l’accĂšs Ă  l’avortement. Cette mĂȘme annĂ©e, environ 300 lois qui discriminent, marginalisent et oppriment les personnes trans* ont Ă©tĂ© votĂ© aux Ă©tats-unis. En Pologne, l’ECLJ a participĂ© au recul de l’accĂšs Ă  l’avortement, qui est interdit depuis 2020. A Malte Ă©galement (ou 91% de la population est catholique), l’avortement est illĂ©gal, passible de 18 mois Ă  trois ans de prison.

Le droit Ă  l’avortement est un droit fondamental qui ne devrait jamais ĂȘtre considĂ©rĂ© comme acquis : nous devrons toujours lutter pour ce droit, comme pour tous les autres. Dans tous les pays oĂč la droite et l’extrĂȘme droite arrivent au pouvoir, il est sĂ»r que le droit Ă  l’avortement est menacĂ© et qu’il faut se battre pour le conserver !




Source: Manif-est.info