Mai 22, 2021
Par Rebellyon
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Non loin d’ici, dans le Jura, un vieux projet de voie rapide (4 voies) abandonné dans les années 90 est actuellement remis au goût du jour par des élus locaux, sans doute encouragés par l’industrie du goudron et de l’automobile.

Sans surprise, ces élus jurassiens nous parlent un langage technocratique connu fait de désenclavement, de captation de clientèle suisse, de mobilité, d’industrie du tourisme, de concurrence et développement entre les territoires.

Ils font de ce dossier « une priorité absolue » ? Nous aussi…

Mais comme il est toujours plus facile, pour qui les conteste, de contrer ces projets avant l’intervention des pelleteuses plutôt qu’après, c’est sans doute dès à présent qu’il faut faire connaître notre opposition à cette énième tentative d’artificialisation des terres.

Voilà maintenant quelques semaines (début février) que les journaux l’ont annoncé : le conseil départemental du Jura ressort des tiroirs son projet (daté de 1998) de voie rapide entre Poligny et la Suisse. C’est même devenu « la priorité absolue » des élus jurassiens que de rattraper le retard dont souffrirait notre département en matière d’artificialisation des sols et de saccage de la nature. Il s’agit, à quelques réserves près, et de pure forme pour l’opposition, de parler d’une seule voix pour obtenir l’autoroute qui désenclavera le Haut-Jura et ses stations de ski et « fera enfin sauter cette frontière entre le Jura et la Suisse » [1]. Diantre !

La région Bourgogne-Franche-Comté n’y trouve pas grand chose à redire au fond et autorise qu’une étude soient menée pour s’assurer de l’intéret du projet et de son caractère durable et respectueux de l’environnement. Bref, les formalités d’usage. Au sein du landernau politicien régional, seuls Les Verts se déclarent opposés au projet. Mais ôtez leur la possibilité de prouver qu’ils sont désormais des gestionnaires comme les autres « les millions mobilisables pourraient servir tellement mieux l’économie et l’emploi local » et ils n’ont plus grand chose à redire à la société industrielle au nom de laquelle élus et bétonneurs s’apprêtent à noyer nos paysages sous l’asphalte [2]. Enfin, le caractère scandaleux d’un projet de 4 voies balafrant le premier plateau et le Haut-Jura ne semble pas avoir été en mesure, à l’heure ou l’on parle, de tirer syndicats et associations de protection de l’environnement de leur hibernation.

Cela dit, si la tentative d’ajouter du désastre au désastre n’est pas pour nous surprendre venant des habituels (p)artisans de la croissance, on constate heureusement qu’elle heurte de nombreux habitants du Jura. Comme eux, nous ne pouvons nous résoudre à assister sans réagir à une énième offensive de ceux qui tiennent absolument à aménager nos existences.

Les raisons ne manquent pas de nous opposer ici comme ailleurs à la réintoxication du monde :

Parce que nous ne voulons pas être désenclavés,

Parce que le Haut-Jura n’est pas une station de ski,

Parce que, plus que jamais, le tourisme abîme notre territoire et méprise ses habitants,

Parce que si le Jura est en dette, ce n’est pas de bitume, mais de neige, d’eau et de fourrage,

Parce que nous ne manquons pas de touristes, d’aménageurs et d’investisseurs mais de paysans,

Parce que jurassiens ou pas, si nous aimons y séjourner, y vivre ou y revenir, ce n’est pas dû au fait que cette montagne est bien pourvue en autoroutes mais parce qu’il y reste encore quelques pâtures, lacs, forêts et rivières, déjà suffisamment malmenés, et auxquels nous tenons plus qu’à notre attractivité économique,

Parce que le chantage à l’emploi doit être pris pour ce qu’il est : un chantage,

Parce qu’il nous paraît paradoxal et fou de vouloir augmenter et favoriser les flux de touristes et les infrastructures qui les précèdent et leur survivent toujours, quand on a de la “nature”, du “sauvage”, du “préservé” et de “l’authentique” plein la bouche et plein les dépliants,

Parce qu’une autoroute de plus, ce sont aussi des bagnoles et leurs gaz à effet de serre en plus,

Parce que ce sont des tourbières, des pâturages, des animaux ou des sous-bois en moins,

Parce qu’un enfant de dix ans sait cela,

Parce que nous ne renonçons à questionner ni la mobilité à tous crins, ni la rapidité et l’efficacité érigées en valeurs cardinales, ni la marchandisation des territoires et leur mise en concurrence,

Parce que nous ne renonçons pas non plus au beau et que nous sommes las de devoir consentir encore à l’enlaidissement de nos lieux de vie,

Parce qu’au nom du droit à l’autoroute, nous aurons droit à ses nuisances,

Parce que nous ne cherchons pas de développement alternatif mais des alternatives au développement,

Parce que nous ne voulons pas prendre le volant mais reprendre nos vies en main,

Parce que nous savons la soif de développement des élus et milieux économiques impossible à étancher, nous savons qu’il leur faudra bientôt d’autres voies rapides comme il leur faut déjà plus d’éoliennes industrielles, plus de parcs photovoltaïques, de remontées mécaniques, de déboisement, de parcs de loisirs, etc.,

Parce que notre sous-développement et notre retard supposés ne tiennent pas à la faiblesse de nos infrastructures routières mais de nos pratiques démocratiques,

Parce qu’on se contrefout de “gagner” dix minutes entre Poligny et la frontière suisse,

Parce qu’on aspire à retrouver la possibilité d’habiter ces plateaux, d’y travailler, de nous y nourrir et reposer sans les massacrer,

Parce que malgré l’époque, nous choisissons d’essayer encore plutôt que de nous résigner,

Parce que c’est notre projet, comme dirait l’autre,

Nous appelons toutes celles et ceux qui ont aussi leurs bonnes raisons, leurs souvenirs, leurs “vies minuscules” et leurs attachements divers à opposer aux pelleteuses, à faire connaitre à leur tour un ferme refus de ce projet de 4 voies.

Stop 4 Voies / Contact : [email protected]

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Source: Rebellyon.info