Décembre 5, 2021
Par Yannis Youlountas
304 visites


D’autres lieux et collectifs ont également été soutenus dans cette période difficile, à l’approche de l’hiver, à commencer par la toute nouvelle Coordination des groupes et structures solidaires de l’Attique (SODAA). Nous avons également livré la Structure autogérée de santé d’Exarcheia (ADYE) qui a encore soigné l’un d’entre nous comme à chaque convoi solidaire (à votre avis, qui c’était ?) et qui veille gratuitement sur la santé des plus précaires d’ici et d’ailleurs.

http://blogyy.net/2021/11/30/nouvelles-livraisons-a-athenes/

http://blogyy.net/2021/11/30/soigne-par-la-structure-autogeree-de-sante-dexarcheia/

Coordination des groupes et structures solidaires de l’Attique : « dirigeants, gouvernants, nous n’avons pas besoin de vous ! »

Les actions avec les réfugié-es dans les îles ont également été aidées, ainsi que plusieurs cuisines solidaires. Au total, nous sommes passés de 32 à 37 structures et collectifs soutenus, tant pour ce qui est de la résistance que de l’entraide.

Pour bien comprendre l’enjeu de ces actions solidaires, il faut savoir que la situation des réfugié-es ne cessent de se dégrader en Grèce. Depuis octobre, le gouvernement de droite a carrément supprimé l’aide pécunière à 60% des réfugié-es : les toutes petites sommes en espèces ne sont plus versées depuis deux mois, empêchant les achats de nourriture, de produits d’hygiène et de vêtements, et poussant à la mendicité et au désespoir. Un appel cosigné par 27 ONG mi-novembre tire la sonnette d’alarme : la faim commence à frapper ! Les témoignages se multiplient, comme celui d’Emily Wilson du Projet Elea : « Des  enfants du camp d’Eleonas pleurent de faim la nuit. Les mères n’ont plus d’argent pour acheter du lait pour bébé, alors elles font bouillir des biscuits dans de l’eau à la place ». La misère grandit, à Athènes comme dans les îles. Des exilé-es qui ont fuit les camps nous ont dit que même des adolescents n’avaient pas eu le droit de faire la queue pour se nourrir, sous des prétextes ignobles ! Ça semble difficile à croire en Europe en 2021, mais c’est confirmé par Info Migrants à travers d’autres témoignages particulièrement horribles :

https://www.infomigrants.net/en/post/36962/mon-fils-se-reveille-la-nuit-parce-quil-a-faim–en-grece-une-crise-alimentaire-dans-les-camps-de-refugies

Dans le même temps, au lieu de faire pression sur le gouvernement grec, l’Union Européenne finance plusieurs nouveaux camps fermés pour plus de 276 millions d’euros. Après le camp de Samos en octobre (43 millions d’euros), ceux de Kos et de Leros viennent d’être inaugurés le 27 novembre par les représentants de l’UE aux côtés du ministre grec des Migrations, avec des barbelés partout, des miradors, des caméras thermiques et des conditions de vies indignes.

Qui est le principal concepteur de ces nouveaux camps ? C’est le ministre de l’intérieur français, Gérald Darmanin, qui s’est vanté d’être à l’origine du projet et qui est venu en personne inaugurer le premier camp de ce type à Samos en octobre, en insistant auprès de ses homologues espagnols et italiens pour qu’ils suivent ce nouveau « modèle européen ». Chaque camp militarisé est prévu pour 2140 adultes et enfants, mais il y a fort à parier que cette limite ne sera pas respectée. Deux camps fermés supplémentaires sont actuellement en construction à Lesbos et à Chios. La Grèce est une fois de plus le laboratoire européen de la dystopie et les dirigeants français en sont les apprenti-sorciers. Il y a cinq ans, Bernard Cazeneuve, ministre de l’intérieur de François Hollande, était déjà l’un des parrains du sinistre camp de Moria :

https://www.rtl.be/info/monde/international/crise-des-refugies-cazeneuve-plaide-pour-la-montee-en-puissance-des-hotspots–792017.aspx

Il était venu en personne vérifier le plus grand camp en Europe :

https://www.huffingtonpost.gr/2016/02/04/koinonia-metanastes_n_9161944.html

Beaucoup d’exilé-es essaient de fuir ce cauchemar, perdu-es en Grèce actuellement. Le nombre de suicides a augmenté ces derniers mois, conséquence des conditions très difficiles et du désespoir. Nous avons eu connaissance du cas d’une jeune fille qui n’avait plus de quoi se nourrir et qui s’est finalement suicidée après avoir renoncé à la prostitution. Beaucoup de gens vivent prostrés actuellement, en attendant que les choses changent. Malheureusement, même quand nous arrivons à trouver des solutions, par exemple avec l’aide de paysans qui accueillent des réfugié-es dans leur famille, il arrive que le passé les rattrape à coup de nouvelles dramatiques venues de leur pays d’origine. Par exemple, début novembre, un jeune Afghan installé dans notre zone d’action en Crète s’est suicidé après avoir appris le massacre de toute sa famille par les Talibans :

http://blogyy.net/2021/11/07/crete-un-refugie-afghan-se-suicide/

Durant l’automne, nous avons aidé plusieurs centaines de personnes, dont certaines avec lesquelles nous avons tissé des liens très forts au fil du temps. Plusieurs exilé-es agissent désormais à nos côtés dans des actions solidaires, ce qui est essentiel à nos yeux. Nous réfléchissons ensemble aux meilleures façons d’agir, analysons les situations, évaluons nos moyens, conduisons ensemble les fourgons lors des livraisons… Des moments forts et beaux sous un ciel d’orage.

Autre problème récurrent : la répression contre les solidaires ne cesse de se durcir en Grèce. L’un des cas les plus connus est celui de deux bénévoles d’une ONG de sauvetage sur l’île de Lesbos qui risquent actuellement 25 ans de prison pour avoir secouru des embarcations en détresse. Écoutez le témoignage de Sarah Mardini et Seán Binder (vidéo) :

https://www.amnesty.fr/personnes/sarah-mardini-et-sean-binder

Le pouvoir veut nous dissuader d’agir, mais il n’y arrive pas. Alors, il utilise tous les moyens possibles pour nous mettre des bâtons dans les roues. Y compris des contrôles à répétition et parfois des menaces.

Autre nouvelle à vous transmettre : le tournage du film Nous n’avons pas peur des ruines est presque terminé. Nous avons repris la caméra au poing à plusieurs reprises ces derniers temps, et pour cause ! En attendant des jours meilleurs dans les salles pour nos futures projections-débats avec vous, nous peaufinons ce quatrième film (après Ne vivons plus comme des esclaves en 2013, Je lutte donc je suis en 2015 et L’Amour et la Révolution en 2018). Rien de grave, cela ne fait que le bonifier : nous ne sommes pas des journalistes parachutés sur un terrain mal connu, mais des membres du mouvement social qui filmons de l’intérieur, avec l’appui et les conseils de nos compagnons de luttes et des collectifs concernés, au fil de réunions et d’échanges, tant pour les sujets et les musiques que pour les images. Le temps n’a pas d’importance. Nous ne faisons pas de plan com et ne visons aucun profit. Nous souhaitons juste que le film puisse être visionné et discuté dans de meilleures conditions. Vous découvrirez de belles surprises dans ce film, tant au niveau des personnages que des musiques 😉

Pour finir, nous avons une invitation à vous faire :


.

Face à l’offensive des idées réactionnaires et racistes, retrouvons-nous le week-end des 11 et 12 décembre à Martigues pour deux journées utiles et festives. Nous serons tout juste de retour de Grèce, avec plusieurs compagnons de convoi solidaire et quelques surprises dans nos bagages. Notre amie navigatrice Pia Klemp sera aussi de la fête, en provenance d’Allemagne, ainsi que son amie Claire qui participe également aux sauvetages en Méditerranée, à bord du bateau Louise Michel affrété avec le soutien de Banksy. D’autres solidaires seront aussi à nos côtés : associations locales, hébergeurs et, surtout, les premiers concernés : nos frères et sœurs humains exilés. Les organisateurs nous ont concocté un programme formidable et accessible à tou-tes, avec débats, rencontres (avec des supports vidéos), concerts, repas (à prix libre) et même une action concrète durant le week-end.

http://blogyy.net/2021/12/03/retrouvailles-a-martigues/

Ensuite, du lundi 12 au jeudi 15 décembre, nous serons pour ce qui nous concerne dans le Tarn, du côté d’Aussillon, de Castres et de Sorèze, en passant par Carcassonne et Castelnaurary. Si vous avez quelque chose à faire passer pour le prochain départ vers la Grèce, ce sera l’occasion de nous (re)voir et de boire le café ensemble, quelque part sur la route. Nous repasserons à nouveau dans le Sud-Ouest autour du 10 janvier et du 31 janvier, dans le Sud-Est mi-janvier et à Paris début février, avant de repartir en Grèce avec plusieurs fourgons.

Nous cherchons surtout de l’alimentation enfant et adulte, du lait infantile, des couches pour les bébés, mais aussi des produits d’hygiène, des jouets (premier âge, jeux d’échecs, ballons…), des fournitures médicales légères (pas de matériel hospitalier ni de médicaments puissants, que des choses basiques utiles à des dispensaires sociaux autogérés).

Contact collecte : [email protected] ou 06 24 06 67 98 (n’hésitez pas à nous faire part de vos conseils, propositions, suggestions…)

Adresse pour nous envoyer directement des colis :

ANEPOS – Action Solidarité Grèce – 6 allée Hernando – 13500 Martigues

(si vous passez par un transporteur, vous pouvez donner le numéro de téléphone ci-dessus)

Deux des fourgons repartiront en avance, donc ce qui pourra nous être transmis avant la mi-janvier sera le bienvenu. Ensuite, ce qui nous parviendra jusqu’à début février pourra tout de même partir avec la deuxième vague de fourgons.

Au plaisir de vous retrouver bientôt dans l’Hexagone !

Solidairement,

Maud et Yannis Youlountas





Source: Blogyy.net