DĂ©cembre 1, 2022
Par La Bogue
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Quand les chasseurs de fakemed rĂȘvent de rĂ©pression Ă©tatique

“Plus de flics dans un espace ne rend pas cet espace plus libre.”

(Sagesse libertaire)

L’Extracteur, collectif d’information “sur les dangers de certaines pseudo-alternatives en matiĂšre de santĂ©, de mĂ©decine, d’alimentation”, vient de publier un article intitulĂ© “Ce qui ne vous a pas Ă©tĂ© dit sur le dernier rapport de la Mivilitudes” [1]. Un article qui fait rĂȘver les bons citoyens que nous ne sommes pas.

D’abord on y lit que l’Etat serait une structure frileuse. Oui, vous avez bien lu, une structure frileuse. Ce qui laisse entendre que si l’Etat Ă©tait moins frileux, et donc Ă©tait davantage autoritaire et rĂ©pressif, tout irait fort probablement mieux dans le meilleur des mondes capitalistes marchands.

Non content de se plaindre de la frilositĂ© de la structure Ă©tatique (l’ennemie principale des anarchistes, c’est toujours utile de le rappeler), le collectif enchaĂźne en regrettant l’absence d’une “cellule de veille chargĂ©e de toute la surveillance de la sphĂšre numĂ©rique” contre les dĂ©rives sectaires. Rien que ça. Une cellule de surveillance supplĂ©mentaire donc, policiĂšre en d’autres termes, a priori payĂ©e par des impĂŽts, comme si les individus Ă©pris d’anarchie n’étaient dĂ©jĂ  que trop fliquĂ©s de toutes parts. Que ce soit par la famille, par la justice, par le travail et bien Ă©videmment par l’école (nous y reviendrons).

(Digression.) Rappelons vite fait que l’impĂŽt est l’institutionnalisation d’un racket organisĂ© au profit de la bourgeoisie d’abord, donc trĂšs inĂ©galement rĂ©parti. L’impĂŽt n’est pas la mutualitĂ©, et il est quasi certain que si L’Extracteur avait entendu parler de cette derniĂšre, il aurait fait en sorte, en bon citoyenniste qu’il est, de prĂ©coniser le racket Ă©tatique plutĂŽt que la solidaritĂ© mutuelle et volontaire, non imposĂ©e par la loi. Si vous voulez en apprendre d’avantage sur cette entreprise de spoliation aussi lĂ©gale que planĂ©taire, voir en ligne les articles Ă©crits par des anarchistes contre l’impĂŽt. (Fin de la digression.)

Plus loin dans le texte L’Extracteur avance la croyance fallacieuse selon laquelle, dans une organisation sociale oĂč “tout est politique”, les luttes ne devraient pas ĂȘtre instrumentalisĂ©es. Il n’est pourtant pas nĂ©cessaire d’avoir bac+1312 en Sciences Po pour savoir qu’une lutte est un moyen pour aller d’une situation sociale A vers une situation sociale B. Qu’elle est Ă  la fois activitĂ© et Ă  la fois instrument de personnes en luttes qui l’instrumentalisent. Et qu’une des tactiques de cette organisation de l’assassinat systĂ©mique qu’est l’État est la rĂ©cupĂ©ration des luttes, et qu’elle paie des tonnes d’intellectuels dits organiques pour effectuer cette tĂąche orduriĂšre. Participer Ă  ces luttes, ĂȘtre prĂ©sent sur des piquets de grĂšves, avoir manifestĂ© dans la rue, etc., suffit amplement pour Ă©veiller le sentiment de mĂ©fiance lĂ©gitime Ă  l’égard de la plupart des journalistes, et pour savoir de quelles “instrumentalisations” les politiques chauffent leurs villas et autres apparts de luxe grĂące Ă  ses vautours de l’information.

Ensuite nous lisons que : “C’est un rĂ©el plaisir de voir enfin des groupuscules, des pratiques ou des individus sur lesquels nous alertons avec d’autres depuis des annĂ©es, dĂ©masquĂ©s en bonne et due forme dans ce rapport.” À quoi nous rĂ©pondons sans rire qu’il n’est jamais plaisant de voir un organisme ministĂ©riel reconnaĂźtre les fruits de nos activitĂ©s. D’une part parce que nous n’avons pas besoin de figure d’autoritĂ© pour jauger de la qualitĂ© de nos produits, et l’État ou le gouvernement incarne cette figure de la maniĂšre la plus puissante et autoritariste qui soit. D’autre part parce que cette structure armĂ©e qui lĂ©gitime ces fruits rĂ©cupĂšre tout ce qu’elle touche afin de servir ses propres strates d’intĂ©rĂȘts. Par cette appropriation l’État et ses hauts fonctionnaires se lĂ©gitiment Ă  nouveau aux yeux de leurs fidĂšles et reconduisent leur domination. Mais on doute fort que le collectif d’extracteurs de charlatans et de fakemed, collectif en proie au lobbying policier, comprenne quoi que ce soit Ă  cette derniĂšre quand il annone par ailleurs que la libertĂ©, l’autonomie et l’indĂ©pendance pourraient exister sous domination ministĂ©rielle. La rĂ©flexion de L’Extracteur relĂšve ici du mauvais sketch orwellien et illustre une fois de plus sa propre indigence en matiĂšre de politique, ou d’anti-politique si l’on a des affinitĂ©s avec l’anarchisme post-gauchiste.

Le collectif laisse aussi entendre qu’il faudrait s’émouvoir du dĂ©sengagement progressif de l’Etat. N’étant ni statolĂątres, ni fĂ©tichistes du service public de la surveillance et de ses consĂ©quences rĂ©pressives-carcĂ©rales comme la majoritĂ© des militant·e·s de droite et de gauche, nous sommes Ă©videmment opposé·e·s Ă  son opinion. Nous hĂ©sitions Ă  ajouter un “hĂ©las !” aprĂšs “militant·e·s de droite et de gauche” mais nous savons que gauche institutionnelle, Etat, police et chĂątiment pĂ©nitentiaire font souvent trĂšs bons mariages.

L’Extracteur se larmoie ensuite sur “la montĂ©e en flĂšche de l’extrĂȘme droite, l’entrisme des groupes sectaires jusqu’au sommet de l’État, et l’avĂšnement de nouveaux pĂ©rils tels que les QAnon.” Cela montre qu’il confond encore les causes et les consĂ©quences des gouvernements centralisĂ©s. Ce dont L’Extracteur alerte se fait grĂące Ă  l’assentiment stratĂ©gique de l’État, Ă  ses subventions, ainsi qu’à ses pouvoirs mĂ©diatiques et Ă©ducatifs. C’est de la structure Ă©tatique moderne que dĂ©coulent ses “pĂ©rils” et la solution pour les empĂȘcher d’avancer n’est pas d’en appeler Ă  plus d’État mais d’éliminer cette structure, d’éliminer toutes ses interventions et ingĂ©rences. Vu le fĂ©tichisme de l’Etat que rĂ©pand L’Extracteur, (car Ă©tant visiblement encore sous l’emprise de sa propagande), on en viendrait presque Ă  se demander s’il ne nourrit pas en scred le fantasme d’un Etat totalitaire qui ferait barrage Ă  ces dangers, ce qui ne s’est jamais produit dans l’Histoire. Bien au contraire. Si nous Ă©tions taquin·e·s, nous aurions pu ajouter : aprĂšs les Ă©co-fascistes, les antisectes-fascistes ?

“L’hĂŽpital, l’école, la justice” tant aimĂ©es par L’Extracteur sont aussi des institutions hiĂ©rarchiques et donc imposant leurs violences pour se reproduirent. L’hĂŽpital “sauve des vies” mais ce que le collectif se cache bien de rappeler c’est qu’il en bousille et en tue aussi Ă©normĂ©ment. (cf. entre autres les chiffres des si mal-nommĂ©es parce que euphĂ©misĂ©es et minimisĂ©es “erreurs mĂ©dicales” s’élevant Ă  plusieurs dizaines de milliers chaque annĂ©e en fRance ; ainsi que les combats des fĂ©ministes et des personnes transgenres contre lesdites violences mĂ©dicales). Quant Ă  l’école, du moins l’éducation nationale, elle humilie, forme et entraĂźne Ă  la compĂ©tition, Ă  faire la guerre, Ă  se soumettre Ă  l’autoritĂ© professorale, familiale, patronale, religieuse, policiĂšre, militaire, bref encore aux autoritĂ©s Ă©tatiques. Et si tant est qu’on puisse imaginer une justice Ă©thique, (ce que nous ne croyons pas, mĂȘme quand elle serait “transformative” — “La justice est une guerriĂšre sans Ă©tat d’ñme” Ă©crivait un sage libertaire), nous n’avons aucunement confiance en l’institution judiciaire de classe fRançaise, ni d’aucune autre fantomatique “nation”. Contrairement Ă  certains “dĂ©bunkers”, interstellaires ou non, disciples de prĂ©sumĂ©s violeurs ou non, nous refusons de rĂ©pandre l’illusion d’une “bonne justice neutre et objective” et encore moins de la vendre, car cette fantasmĂ©e justice n’existe tout simplement pas. Comme nous refusons de remercier les acteur·ice·s qui se sacrifient pour elle, ou pour un mythique “bien commun/public”, ou pour l’État et in fine pour les classes qui le gouvernent et qui en sont fiers. On leur crache anarchiquement dessus comme on crache sur l’hĂŽpital et l’école dont les fondations sont l’économie capitaliste marchande, le classisme, le sexisme, la transphobie, le racisme, le validisme, l’aphrodisme
 contre lesquels on lutte, on sabote.

Alors les droitards, centristes et gauchistes anti-sectes, on vous entend venir Ă  des kilomĂštres avec vos cris d’orfraie parfumĂ©s aux odeurs rances de SOS Sauvons Les Meubles ! On est Ă©videmment contre les sectes et contre toutes les religions qui ont “rĂ©ussi”. On est des bouffeurs de curĂ©s, d’imam, de pasteurs, de rabbins, de tout autre “gourou“ (c’est la derniĂšre fois qu’on emploie ce terme colonial “gourou“, promis, c’était pour vous rappeler que chez vous l’anticolonialisme c’est pas gagnĂ©). Nous sommes des athĂ©egristes hardcore. Mais lutter contre ces institutions et leurs reprĂ©sentants (de commerce) en nous faisant comme vous les complices des autoritĂ©s bourgeoises/gouvernementales, des ministĂšres imposant la Raison d’État, vous pouvez franchement tous·tes vous gratter jusqu’au sang. On mĂ©prise vos idĂ©es, vos actes de larbin·e·s de l’impĂ©rialisme du lĂ©viathan fRançais, de tous les Etats oĂč que vous soyez.

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ADDENDUM en vue d’une brochure sur la MIVILUDES et autres assos contre les dĂ©rives sectaires rĂ©publicaines, sur le mouvement sceptique/zĂ©tĂ©tique francophone et ses liens avec la fachosphĂšre.

Le prĂ©sident actuel de la MIVILUDES n’est autre que le prĂ©fet Christian Gravel dont le palmarĂšs politicien n’est enviable que pour les aspirants au pouvoir. Il est un proche d’Emmanuel Valls. Sans commentaire.

La MIVILUDES a longtemps Ă©tĂ© prĂ©sidĂ©e par Georges Fennec de l’UMPLR. Inutile de faire un dessin sur cette nĂ©buleuse politicienne bien droitarde et donc trĂšs conservatrice.

Il n’est pas anodin que les assos historiques contre les dĂ©rives sectaires sont le plus souvent des groupuscules de personnes attachĂ©es Ă  l’institution familiale (de prĂ©fĂ©rence patriarcale, hĂ©tĂ©ro, cis, “blanche”…), institution qui reste grosso merdo une institution autoritaire. Les blases de l’ADFI, de l’UNDAFI et leurs semblables de l’UNAF devraient suffire pour sentir les lisiers de propagande conservatrice et Vieille fRance que leurs allié·e·s dĂ©gustent.

L’origine religieuse des combats contre les organisations sectaires n’est pas non plus nĂ©gligeable. Des combats de curĂ©s, ou plus exactement de clergĂ©s. (La famille Ă©tant la valeur centrale de toutes les religions monothĂ©istes occidentales…). Lorsque certains Etats se sont “sĂ©cularisĂ©s”, comme disent des historiens et des sociologues Ă  la vue courte, ces combats ont Ă©tĂ© rĂ©animĂ©s aprĂšs la deuxiĂšme guerre mondiale au XXe siĂšcle, pendant ladite Guerre Froide, oĂč l’organisation familiale traditionnelle Ă©tait relativement contestĂ©e dans certains milieux activistes et mĂ©dias de gauche. Aux Etats-Unis, cette lutte contre les sectes s’est dĂ©roulĂ©e en parallĂšle de l’anticommunisme et du maccarthysme moribond, et ce de façon souvent trĂšs violente : Ă  coups de sĂ©questrations et de thĂ©rapies de “dĂ©programmation” (deprogramming) qui n’ont rien Ă  envier auxdites thĂ©rapies de conversion actuelles contre l’homosexualitĂ© et la transidentitĂ©. Bien qu’interdites dans certaines zones gĂ©ographiques, rien ne permet Ă  ce jour d’affirmer que ces mĂ©thodes brutales contre les personnes sous emprise d’une secte ont complĂštement disparu. Fut un temps oĂč certaines des assos familialistes mentionnĂ©es ci-dessus et leurs homologues hors de fRance dĂ©fendaient ces pratiques tortionnaires portant au minimum atteinte Ă  l’intĂ©gritĂ© physique des individus.

N’oublions pas qu’une gĂ©nĂ©ration d’amateur·ice·s et de passionné·e·s de musiques metal et gothique a aussi Ă©tĂ© la cible de ses assos, de leurs balances, des medias mainstream co-crĂ©ateurs et complices de la panique morale “antisatanique”, et des services de police harceleurs.

Enfin, des coopĂ©ratives agricoles libertaires figurent toujours dans les bases de donnĂ©es de certains collectifs contre les dĂ©rives sectaires, notamment en fRance. Il suffit d’avoir crĂ©Ă© une Ă©cole sortant des modĂšles scolaires imposĂ©s par l’Etat, Ă  la pĂ©dagogie alternative ou non, pour ĂȘtre aussitĂŽt jugĂ© comme suspect ou dĂ©viant, Ă  inscrire Ă  l’index des “individus/groupes sous emprise”, Ă  fliquer et si besoin attaquer en justice car ne cadrant pas avec les lois de la RĂ©publique, ou de la Monarchie en fonction des Etats.

À force de voir des sectes partout, ou presque, les petites lĂ©gions d’indics pro-Ă©tatiques se ramassent eux-mĂȘmes dans le conspirationnisme. Leur “scepticisme”, leur “esprit critique” ne sont que des vitrines. Un des piĂšges des modes de pensĂ©e qu’iels disent honnir Ă©tant le fameux “Ils sont partout”, une formule lues des dizaines de fois dans leurs sphĂšres, oĂč l’antipsychanalyse primaire peut ĂȘtre rĂ©alisĂ©e en compagnie de psychologue subodorant l’extrĂȘme droite ; oĂč l’anticonspirationnisme peut se faire avec une historienne vĂ©hiculant des amalgames douteux entre insurrectionnalisme et complotisme (Les insurrectionnalistes anarchistes vivants de la planĂšte apprĂ©cieront…).

À propos de ces “intellectuel·le·s sceptiques” ayant le vent en poupe, et de leurs alliances nĂ©ofascistes, mais aussi de leurs poucaves, nous nous ferons un plaisir de revenir plus longuement et armé·e·s de nos phrases assassines et de nos morves d’enragé·e·s. Tremblez.




Source: Labogue.info