Comment ignorer les coupes sombres pratiquées par ce gouvernement dans les budgets alloués au logement social ? Est-ce une incidence ou une sorte d’« avance sur recette », toujours-est-il que des bailleurs sociaux ont compris le message et pratiquent allègrement la politique du pire à l’égard de locataires issus des couches les plus pauvres de la population, et donc supposés captifs et peu revendicateurs. Des immeubles en relatif abandon quand d’autres servent de vitrines avant-garde, la répartition inégale des moyens ne se ressentirait-elle pas ici, comme ailleurs en Macronie, d’un parti pris discriminatoires ?

À Rennes, ce bailleur fabrique du logement social depuis 1921, c’est un des plus anciens dans la place. D’abord sous le nom d’Habitat 35, et depuis 2014 sous celui de Néotoa. Une nouvelle enseigne censée notifier une évolution de l’entreprise, le directeur général, Bruno Caccia, justifiant alors cette « métamorphose » : « Nous voulions véritablement être perçus pour ce que nous sommes et ainsi supprimer une barrière psychologique qui n’a pas lieu d’être afin de toucher une population plus large. »

Le fait est que, cinq ans plus tard, les habitants d’un immeuble du sud rennais éprouvent ce que peut être une barrière psychologique, comme si les belles intentions affichées n’avaient servi, comme le plus souvent, qu’à recouvrir leurs contraires. Une barrière qui depuis des semaines s’avère infranchissable.

Que les ascenseurs de cet immeuble présentent depuis de nombreux mois un taux de pannes tout à fait hors-norme, c’est un fait que les usagers n’ont bien sûr pas été les derniers à constater. Survenant volontiers en début de week-end et ainsi assurées de tenir jusqu’à la semaine suivante, ces pannes seraient dernièrement dues à une canicule inopportune, une trop haute température déclenchant le système de mise en sécurité de la machinerie. Les engins n’ont pourtant pas attendu l’été pour mener opiniâtrement leur grève. Si bien que, régulièrement, des personnes se retrouvent bloquées dans la cage étroite qui a le don de s’arrêter soudain entre deux étages, sans plus bouger, ne créant même plus la surprise. La sonnette d’alarme doit retentir un bon moment avant que quelqu’un veuille bien décrocher. Le technicien ascensoriste de service est seul pour un vaste secteur, autant dire que s’il opère à Fougères (une petite heure de route jusqu’à Rennes) au moment de l’appel, il faudra de la patience à la personne prisonnière. Des femmes enceintes, personnes fragiles ont traversé de la sorte des heures de stress, avec une sensation d’étouffement derrière une porte métallique toujours close. Après sa journée de travail, à courir les degrés des immeubles négligés par les bailleurs, le bougre de service chez Thyssenkrupp Ascenseurs sera d’astreinte toute la nuit suivante, il devra répondre aux appels en détresse, et les faire suivre aux pompiers en cas d’impossibilité ; avant de reprendre son service le lendemain à 8 heures ! Durant les périodes de panne, jusqu’à huit jours d’affilée la semaine dernière, les personnes âgées, handicapées habitant l’immeuble sont condamnées à rester chez elles. Impossible d’inviter des amis, sauf s’ils sont sportifs et grimpent sans rechigner les neuf étages de cette barre construite dans les années 50.

Les nombreuses réclamations, protestations recueillies par l’un des bureaux de Néotoa situé non loin de l’immeuble défectueux, sont restées sans effets. Beaucoup de fausse ou feinte compréhension émise, quand il ne s’agit pas de grognements, jamais de réactions efficaces. Certains plaignants se sont entendu répondre que s’ils n’étaient pas contents, ils n’avaient qu’à déménager ! Las, des locataires ont adressé un courrier pétitionnaire au directeur général, toujours Bruno Caccia. Un mois après, en dépit de la première des valeurs clés revendiquée par Néotoa : La Proximité (les trois autres étant le Bien-être, le Développement durable et l’Innovation), la réponse du patron ou de son service se fait toujours attendre.

Pour beaucoup des usagers, ce qui domine dans cette affaire, outre la négligence coupable, c’est un implacable mépris. À l’évidence, les priorités sont ailleurs, cet immeuble-ci, possiblement situé dans un périmètre qui pourrait être concerné par un projet d’urbanisme à venir (?), n’intéresse pas les responsables de l’organisme qui le gère. Les travaux indispensables deviendraient, de ce fait, de moins en moins indispensables… La population bigarrée, pauvre et sans pouvoir regroupée dans une telle résidence a-t-elle des droits à faire valoir ? Bien évidemment oui, répondront les bonnes âmes. Cependant, on demande à vérifier. Car il apparaît bien que non.

Des cas tels que celui-ci sont légion dans l’hexagone. Une véritable discrimination frappe les habitants abandonnés de ces immeubles sans intérêt en termes d’image pour le gestionnaire ou le politique. Il est facile d’abuser de populations précaires, souvent peu informées, aux prises avec de multiples soucis quotidiens ; les bailleurs sociaux, comme d’autres, ne s’en privent pas.

Souvent donnée en exemple pour sa politique d’habitat social, notamment pour l’équité qui prévaut dans l’attribution des logements, la ville de Rennes est aussi celle où règne, parmi d’autres, Néotoa, administrant 19 000 logements. Le silence de plomb qui protège des critiques ce bailleur social pourrait bien se fendiller d’abord, avant de faire place à la colère la plus légitime. Pour peu que les gens méprisés, ulcérés de se faire balader, ignorer, abuser, relèvent enfin la tête et trouvent le moyen de se faire entendre.

Des locataires


Article publié le 10 Août 2019 sur Rennes-info.org