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Après une longue période d’institutionnalisation et de perte de sens parfois de l’agriculture bio, l’association Nature et Progrès, pionnière dans le domaine en France connaît aujourd’hui un renouveau et une refonte de sa démocratie interne.

Fondée en 1964, l’association Nature et Progrès rassemble les personnes qui produisent et celles qui consomment afin de promouvoir une alimentation bio associative et solidaire. Les premiers cahiers des charges sont rédigés en 1972 et la mention « Nature et Progrès » fait son apparition.

En 1986, l’État établit ces mêmes cahiers des charges comme référentiels pour l’agriculture biologique française. S’ensuit une période d’institutionnalisation de l’agriculture biologique qui sort d’une gestion associative pour faire appel à des organismes certificateurs, structures tierces, souvent privées, pour le contrôle des pratiques de productions. L’institutionnalisation mène aussi à renoncer à des éléments clefs des cahiers des charges et à l’idée que l’agriculture biologique défend un projet de société basé sur le triptyque « santé – environnement – social ».

Mais Nature et Progrès subsiste et bénéficie aujourd’hui d’un nouvel essor, puisque plus de 1 000 mentions lui sont accordées chaque année. Elle promeut un modèle de certification horizontal, les « systèmes participatifs de garantie ». Des équipes constituées de membres professionnel·les ou non effectuent des enquêtes sur les modes de productions. Celles-ci sont rapportées au sein d’une commission locale qui émet un avis favorable ou défavorable. La fédération valide l’octroi des mentions. Les enquêtes s’appuient sur une charte qui veille à l’implication des structures sous mention tant sur le plan social qu’environnemental.

vers plus d’horizontalité

L’association entretient des liens forts avec d’autres structures sociales et écologiques du milieu agricole. Elle fait partie du réseau Inpact (Initiatives Pour une Agriculture Citoyenne et Territoriale) qui promeut un modèle agricole soutenable et les circuits courts. Elle est également signataire de l’appel des Soulèvements de la Terre qui vise à empêcher l’artificialisation des sols et à combattre le système agro-industriel.

Ces dernières années, Nature et Progrès a entamé un virage vers « plus d’horizontalité ». Les groupes locaux sont au cœur du processus de décision dont la structure est revisitée. Le bulletin mensuel de janvier 2022 destiné aux adhérents et adhérentes écrit ainsi « N&P est aujourd’hui un mouvement pionnier par la forme et l’organisation collective. Nous vivons une forme d’expérimentation et cela correspond à un véritable changement social. ».

Mais le changement est difficile. Ces modifications profondes sont parfois mal vécues par les militants et militantes historiques, pour qui le système de la représentation est une garantie d’un fonctionnement démocratique. La croissance de l’association et du nombre de salarié·es n’ont pas été anticipés, Nature et Progrès n’assumant pas les devoirs d’une structure employeuse ce qui a mené a des situations difficiles à vivre pour les salarié·es.

En outre Nature et Progrès garde un héritage ancré dans l’histoire de l’agriculture biologique et certaines de ces dérives : influence de la biodynamie, porosité avec certaines pseudo-sciences. Elle gagnerait à être renforcée par des personnes guidées par l’envie de développer « l’impulsion horizontale » et notre autonomie dans le choix des méthodes de production alimentaire.

Eric (UCL Livradois)




Source: Unioncommunistelibertaire.org