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Les raisons invoquĂ©es ne manquent pas : la Maison du Peuple est un squat et ne rĂ©pond pas, qui plus est, aux normes de sĂ©curitĂ© qui lui permettraient d’ĂȘtre un lieu d’hĂ©bergement pĂ©renne. Peu importe que la Maison du Peuple ait su accueillir en toute sĂ©curitĂ© des personnes sans domicile fixe au moment du confinement : elle doit fermer ! Soutenue par diffĂ©rentes associations de toutes confessions, les porteurs de bail se sont retrouvĂ©s dans l’obligation de se dĂ©solidariser face au silence des pouvoirs publiques. Les travaux qui auraient permis de rĂ©habiliter les lieux n’ont pas Ă©tĂ© entrepris malgrĂ© les demandes rĂ©pĂ©tĂ©es.

Il faut dire que la Maison du Peuple fait dĂ©sordre : on y rĂ©side sans formulaire et sans devoir rĂ©pondre Ă  de quelconques exigences, en dehors des rĂšgles de politesse et de cohabitation Ă©lĂ©mentaires. On s’y rĂ©unit sans ĂȘtre inscrit dans un registre associatif officiel. On y expose ses productions sans avoir Ă©tĂ© validĂ© par un comitĂ©.
La Maison du Peuple est la mauvaise herbe qui pousse au milieu des beaux jardins bien entretenus de la Ville de Nantes. Mais cette mauvaise herbe a un charme : celui d’ĂȘtre vivante. La solidaritĂ© n’y est pas planifiĂ©e : elle est sincĂšre. On y est respectĂ© dans sa singularitĂ©. Car la Maison du Peuple ne prĂ©tend pas ĂȘtre un partenaire de l’État qui gĂ©rerait la misĂšre sociale : elle n’impose pas ses codes et sa hiĂ©rarchie Ă  ceux qui se trouvent exclus du systĂšme. Elle ne s’occupe pas de faire la charitĂ© car son souci est celui de la dignitĂ©. Aussi n’y trouvera-t-on pas des portraits de migrants au regard Ă©teint, remerciant humblement les humanitaires qui ont daignĂ© les secourir. On n’y trouvera qu’un art dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©, de la contestation, de la marginalitĂ©. En bref, de la vie, des gens. Et c’est peut-ĂȘtre bien cela qui dĂ©range.

La rĂ©cente loi anti-squat est un symptĂŽme inquiĂ©tant pour l’avenir de ces lieux de vie. Dans la rĂ©gion des Pays de la Loire, nous constatons avec stupeur la violente rĂ©action du pouvoir d’Etat. Les dĂ©mantĂšlements s’enchainent Ă  vitesse Ă©claire. Rien que cette semaine, l’Ambassade Ă  Nantes, La Commune Ă  RezĂ©, et le Village du Peuple Ă  Donges ont Ă©tĂ© dĂ©logĂ©s sur ordre de la prĂ©fecture. La Maison du Peuple est dans le viseur.

L’inquiĂ©tude est vive, et ce d’autant plus qu’il semblerait que les municipalitĂ©s ne soient pas averties, laissant entendre une action unilatĂ©rale de la part des pouvoirs d’Etat. Alors mĂȘme que l’hiver approche, que la crise sanitaire a de nouveau Ă©tĂ© dĂ©clarĂ©e, comment ne pas craindre un dĂ©sastre supplĂ©mentaire dans un contexte de crise Ă©conomique oĂč les plus fragilisĂ©s se verraient dĂ©pourvus d’une solidaritĂ© vitale ?

Dans un tel contexte de crise sociale, nous nous interrogeons sĂ©rieusement sur notre avenir. Notre main reste tendue, la discussion ouverte. Hier encore, les associations porteuses de bail du collĂšge du Bon-Conseil – Les Eaux Vives, le Secours Catholique et Une Famille un Toit – posaient la question Ă  la mairie de Nantes. La municipalitĂ© saurait-elle porter le bail ? Assurera-t-elle le contrat d’électricitĂ© ? Veut-elle d’une Maison du Peuple au sein de sa collectivitĂ© ?

Dans un rĂ©cent article du Monde datĂ© du Jeudi 8 Octobre 2020, Johanna Rolland rĂ©pĂ©tait son engagement de campagne, dans la promotion d’un dialogue citoyen renforcĂ©. Elle confiait sa volontĂ© d’inventer un nouveau modĂšle de vie pour la ville, Ă  travers des formes d’engagement innovant, pour que Nantes demeure modĂšle Ă  l’échelle europĂ©enne. Avec ses Ă©quipes et en collaboration avec ses partenaires, saura-t-elle utiliser son droit de prĂ©emption pour la pĂ©rennitĂ© de ce lieu de vie ? Pourrons-nous ensemble imaginer les formes de cet « irrĂ©alisable » qu’elle appelle de ses vƓux ?

Les circonstances l’exigent. La Maison du Peuple rĂ©pond prĂ©sent et sans dĂ©tours au sĂ©rieux de l’époque. Dans son encyclique du 3 Octobre – Fratelli Tutti – le Pape François rappelait la misĂšre contemporaine Ă  laquelle nous sommes les tĂ©moins. Comme lui, nous sommes portĂ©s par « La conviction concernant la destination commune des biens de la terre doit s’appliquer aujourd’hui Ă©galement aux pays, Ă  leurs territoires et Ă  leurs ressources.

En considĂ©rant tout cela non seulement du point de vue de la lĂ©gitimitĂ© de la propriĂ©tĂ© privĂ©e et des droits des citoyens d’une nation dĂ©terminĂ©e, mais aussi Ă  partir du principe premier de la destination commune des biens, nous pouvons alors affirmer que chaque pays est Ă©galement celui de l’étranger, Ă©tant donnĂ© que les ressources d’un territoire ne doivent pas ĂȘtre niĂ©es Ă  une personne dans le besoin provenant d’ailleurs. »

Nous demandons aux sympathisants, collectifs et associations de se tenir prĂšs dĂšs le 16 octobre afin d’empĂȘcher une expulsion cruelle de femmes, enfants, hommes, familles, de tous Ăąges et origines Ă  quelques jours seulement de la trĂȘve hivernale et sans considĂ©ration pour leurs existences.

Le collectif d’occupation

SOUTIEN
– Alternatiba Nantes
– Attac 44
– Avec
– Cimade
– Collectif refus de la MisĂšre
– Collectif soutien migrants Nantes
– Collectif des hĂ©bergeurs solidaires de Nantes et alentours
– Collectif SolidaritĂ©s Indrais
– CPLC (Citoyens pour le climat) Nantes
– CSF
– DAL
– DLC (DĂ©tournement libre de consommables)
– DMDC
– EELV Nantes
– Extinction rĂ©bellion Nantes
– Fakir
– France Insoumise 44
– Gasprom
– GIGNV
– GREF
– Greenpeace Nantes
– Groupe Nantais pour une – CoopĂ©rative IntĂ©grale
– Hom’less
– l’Autre Cantine
– l’Autre Classe
– La BASE Nantes
– LDH
– Les bienveilleurs 44
– Le Logis Saint Jean
– L’Intersyndicale 44 (CGT-CFDT-FSU-UNSA – SOLIDAIRES)
– MCM (Maison des citoyens du monde)
– MRAP
– Nantes en commun
– RAP (RĂ©sistance Ă  l’agression publicitaire) Nantes
– RESF 44
– RĂ©veil jaune
– Romeurope
– SJMMIE
– Youth for climate


Article publié le 17 Oct 2020 sur Nantes.indymedia.org