Sur les tentatives de noyautage par les bureaucraties politiques et syndicales des Assemblées Générales étudiantes. Ici l’exemple de Nanterre.

Le mardi 15 mars, s’est tenue une Assemblée Générale à Nanterre contre la loi « travail ».

Celle-ci a réuni jusqu’à 300 étudiant-e-s, surtout de sciences humaines et sociales, accompagné-e-s d’une vingtaine de postier-ère-s du 92 en luttes et quelques salarié-e-s de l’université.

La tribune a été tenue par une militante de l’UNEF, une autre du NPA (aussi à l’UNEF), un militant autonome (organisé avec d’autres militant-e-s autonomes au sein du Collectif de Luttes Indépendants, regroupant des étudiant-e-s, des salarié-e-s et des chômeur-se-s), et une militante non-organisée.

Dès le départ, avant que les interventions ne commencent, la géographie de la salle se met en place : tous les militant-e-s, autonomes compris-e-s, sont sur tout le bas de l’amphithéâtre, les autres étudiant-e-s derrière, en hauteur, au plus loin de la tribune.

Pendant plus d’une heure, toutes les chappelles politiques et syndicales ont pris plusieurs fois la parole : NPA, JC, PG, PCF, UNEF, Solidaires Étudiant-e-s,… pour ne pas débattre de la loi actuellement, mais pour marteler leur idéologie politique respective et très souvent en répétant ce que les militant-e-s de leur propre organisation avaient pu dire auparavant, parfois avec des militant-e-s de la même organisation qui sont intervenu-e-s trois fois les un-e-s à la suite des autres.

Ce délai a clairement gavé beaucoup d’étudiant-e-s : 50 étudiant-e-s ont quitté la salle, lassé par ces discours et ne pas parler de propositions concrètes pour développer la lutte en cours. Beaucoup d’autres suivront, au compte-gouttes.

Après presque deux heures d’AG, près de la moitié de la salle était partie, les votes pour le barrage filtrant, les revendications des 32 heures et d’un revenu étudiant sont approuvés par une large majorité (nous avons nous-même voté pour la plupart) mais sans réelles explications ni réels débats. Les mandatements aux coordinations de la région parisienne et nationale de ce jeudi 17 et de ce samedi 19 mars ont été faits à la va-vite : la plupart des militant-e-s se sont littéralement jeté-e-s à la tribune pour s’y proposé-e-s, une présentation plus que succinctes a été faites des aspirant-e-s mandaté-e-s.

Au final : ce sont neuf mandaté-e-s qui ont été voté-e-s (alors que la limite est de 5), après que la tribune l’ait justifié que l’on était 500 étudiant-e-s (chiffre plus qu’exagéré). Parmi ces neufs mandaté-e-s, un seul étudiant n’est pas organisé, alors que c’était le cas de l’immense majorité des membres ayant participé à l’Assemblée Générale ! Certaines

organisations, comme le NPA, l’UNEF et Solidaires Étudiant-e-s, sont même allées jusqu’à faire mandaté-e-s plusieurs membres de leurs organisations pour la délégation !

De plus, ce nombre important de mandaté-e-s, presque du double de la limite maximale proposée par l’AG de Saint-Denis, va contribuer à écraser le peu de mandaté-e-s venu-e-s des autres régions, manque de moyens financiers pour le déplacement oblige. Cela fut pour nous beaucoup d’incompréhension, c’était pour la quasi-totalité d’entre-nous notre première Assemblée Générale, et nous n’avons vu qu’un seul étudiant non-organisé prendre la parole, sur des dizaines d’interventions.

Du fait de ce temps important perdu, beaucoup de choses très importantes pour une lutte démocratique et auto-organisée n’ont pas pu être faites correctement, voire pas du tout :

– De faire une explication et un vote clairs sur les modalités de prises de paroles lors de l’AG ;

– Des comptes-rendu des réunions du comités de mobilisation et de ses commissions ;

– Expliquer l’importance de s’investir dans ce comité et ce qu’il est ;

– Expliquer la trésorerie en train de se mettre en place alors qu’une caisse de mobilisation et de grève à tourner pendant l’AG ;

– Expliquer l’intérêt de voter des revendications comme les 32 heures et d’un revenu étudiant ;

– Expliquer l’intérêt des coordinations régionales et nationales ;

– Une présentation et un débat sur les étudiant-e-s se proposant au mandatement pour les coordinations des AG des facs en luttes régionale et nationale.

– Nous oublions certainement d’autres choses !

Nous sommes opposé-e-s à la loi « travail », nous avons manifesté contre et nous voulons son retrait. Pourtant, notre mouvement ne pourra se développer si nous continuons dans ce conflit de chapelles syndicales et politiques et si un noyautage de coordinations est tentée, et nous ne laisserons pas ce mouvement s’épuiser car ce sont nos conditions de travail et de vie actuelles et futurs qui sont en jeu !

Il nous a semblé important que les mandaté-e-s de la coordination nationale de ce weekend soient au courant de ce qui a pu se passer à Nanterre, en sachant que de tels agissements sont forts possibles ailleurs par des militant-e-s organisé-e-s.

Des étudiant-e-s, organisé-e-s ou non, militant-e-s ou non de Nanterre, tous et toutes pour le retrait de la loi « travail »